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L’ETUDE PIANISTIQUE, UNE HISTOIRE TECHNIQUE DU PIANO

L’étude pianistique est souvent rattachée au vocabulaire et à la pratique du piano dit « classique ». Généralement, c’est une pièce musicale à vocation didactique. Son but est de permettre d’explorer les différentes facettes techniques de l’interprétation sur l'instrument.


L’ETUDE D’UNE TECHNIQUE INSTRUMENTALE


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Les études pour clavier coïncident surtout au moment de l’apparition du clavecin. Les compositeurs Purcell, Telemann (Le parfait maître de musique), Scarlatti, Bach (Les inventions, Le clavier bien tempéré) mais aussi les clavecinistes français Couperin (L’art de toucher le clavecin) et Jean-Philippe Rameau (Pièces pour clavecin avec une méthode) vont asseoir les contours techniques des instruments à clavier.

Historiquement parlant, le piano découle du piano forte qui était le premier instrument à marteaux sensible à l’attaque. Or, bien avant d’avoir sous la main un clavier dynamique, c’est-à-dire sensible au toucher, peu d’ouvrages spécialisés traitaient du sujet. L’orgue, alors insensible à l’attaque, a toujours joué sur ses registres pour contourner la platitude de l’expression de ses notes. Avec l’arrivée du clavier dynamique, c'est toute l’approche et la vision de la technique au clavier qui va être remise en question.

Un premier cheminement solide sur la question technique est abordée avec le compositeur Muzio Clementi dans son Gradus ad Parnassum (1817/1826). L’auteur souhaitait qu'à travers les trois volumes qui le composent soient abordés les principaux procédés propres à la technique pianistique. Clementi y exposa les différents modèles des formes classiques alors en vigueur : canons, préludes et fugues, rondo, suite, sonates.

Contrairement à Clementi, Le clavier bien tempéré (1722/1750) de Jean-Sébastien Bach - qui fait référence aujourd’hui -, suit une voix plus empirique en proposant dans deux livres un ensemble de préludes et fugues écrit en majeur et mineur dans les 12 demi-tons de la gamme chromatique ; soit 24 préludes et fugues pour chacun des deux livres.

A travers cette lecture, Bach esquisse de façon pédagogique la difficulté technique du clavier en suivant finalement son architecture. Nous étions là au cœur même de ce qu’est une étude par son côté scolaire mais aussi instructif. Le premier tome débute par la tonalité de do majeur, puis suit celle de do mineur. Ensuite, nous passons au demi-ton supérieur, do# majeur et ainsi de suite, jusqu'à atteindre l’autre extrémité de la gamme chromatique, c’est-à-dire la tonalité de si.


LA REVOLUTION DES ROMANTIQUES

Au siècle des romantiques seront écrites de nombreuses œuvres mettant en valeur les expressions sonores liées à la polyphonie. C’est l’époque des héroïques Hummel, Liszt, Chopin, mais aussi de Czerny, Reicha ou Moscheles, autres compositeurs surtout connus pour leurs travaux pédagogiques. Tous ces compositeurs avaient un point en commun ; celui d’être des réformateurs de la musique et de ses formes (contrepoint, fugue…).

Czerny et Reicha feront des Etudes pour piano leur cercueil, tellement leur préoccupation première était centrée sur la façon d’aborder techniquement l’instrument. Il fut un temps où pratiquement, tous les élèves – dont j’ai fait parti – ont travaillé des études de Czerny ou de Reicha (pour peu que l’on ait eu un enseignement du piano classique).

Avec le violoniste Paganini, la musique devient acrobatie, ce qui encourage les pianistes à se surpasser. Ainsi, ses 24 Caprices inspireront de multiples transcriptions, adaptations et variations pour piano (Deux séries d’Etudes de Schumann op. 3 et op. 10, les Variations de Brahms et les Six Etudes d’après Paganini de Liszt).

Chopin écrira lui aussi des Etudes (op.10, op. 25) plus trois Etudes dites posthumes. Certaines sont très difficiles à exécuter, notamment : l’Etude n° 1 en do majeur, l’Etude n° 2 en la mineur, l’Etude n°4 en do dièse mineur ou encore l'Etude n°12 en do mineur dite « La révolutionnaire », et qui donne déjà une idée de son contenu : la fougue d’une tempête sonore.

Thème de l’Etude n° 3 en mi majeur

Etude n°3 de Chopin

Cette Etude est l’illustration même du romantisme à l’état pur. Surnommée Tristesse par l’éditeur, Chopin l’offre à son pays martyrisé. C’est une sorte de Romance qui fait apparaître les difficultés du jeu polyphonique conjointement à une mélodie qui doit être jouée legato.

Thème de l’Etude n°4 en do dièse mineur

Etude n°4 de Chopin

Contraste saisissant avec cette Etude n° 4 influencée par Bach. Chopin cherche à développer une parfaite égalité des mains. Même quand le jeu est brillant et volubile, la main joue dans une position tantôt ramassée, tantôt écartée. La grande virtuosité n’est vraiment pas loin, même si, ici ou là, pointe un romantisme exacerbé.

D’une façon générale chaque étude aborde un point précis, et chez Chopin l’exercice consiste à aborder étude après étude l’aboutissement d’une difficulté particulière qui peut être les extensions (10e), le jeu polyphonique, la différence d’intensité sonore opposée entre les deux mains, sans oublier la vélocité qui peut faire parcourir tout le clavier à une ou deux mains. Chez Chopin les 88 notes sont nécessaires. Ce n’est pas un luxe ! Toutefois, certaines Etudes moins démonstratives posent leurs jalons dominateurs sur d'autres critères comme la sonorité ou l'indépendance des doigts (Etude n°3 en mi majeur).

En plus de leur rôle pédagogique, les œuvres de Chopin, de Schumann (Etudes symphoniques pour piano, op. 13), de Liszt (Etudes d’exécution transcendante) apportent à ces pièces musicales une dimension plus proche d’une véritable composition musicale (certaines sont interprétées en concert) que d'un exercice mécanique, insipide et froid.

Le compositeur Charles-Valentin Alkan appartient lui aussi à la tradition de la grande virtuosité pianistique (il sera initié par Paganini au violon avant qu’il ne pose ses doigts sur un clavier en ayant pour professeurs Chopin et Liszt). Alkan est un être misanthrope, ce qui le poussera à fuir les concerts et à se réfugier dans l’enseignement. Son écriture pianistique virtuose et grandiose, tournée vers la recherche, lui fera porter le surnom de « Berlioz du piano ». Si ses Études dans tous les tons majeurs, op. 35, ressemblent aux publications de l’époque, les ambitieuses Études dans tous les tons mineurs, op. 39, constituent avec ses 300 pages un Everest de la technique pianistique.


AU 20e SIECLE

Au début du 20e siècle, l’étude devient un passage obligé pour tout compositeur, si ce n’est une référence pour signer de sa plume sa propre vision pédagogique. Les sages 12 demi-tons reliés au ton majeur et mineur sont encore là pour un court instant. Scriabine et surtout les deux cahiers de Six Etudes de Debussy prolongent le genre tout en le renouvelant.

Le compositeur Austro-Hongrois Béla Bartók influencé au départ par Liszt et Brahms, ensuite par Debussy, va partager un autre monde quand Stravinsky et Schönberg bousculeront l’ordre établi. Ces premiers révolutionnaires ont un seul désir : sortir des « contraintes » du système. Stravinsky et Schönberg vont avoir une influence majeure sur la pédagogie de Bartók. Le mouvement mélodique et l’utilisation de l’harmonie vont être au cœur de sa série de livres intitulée Mikrokosmos.

Composé entre 1926 et 1939, les six livres abordent une première esquisse de la musique contemporaine. Les 153 petites pièces qui composent cet édifice voué au piano sont à difficulté croissante. Ils placent tout de suite l’élève dans un univers sonore propre à provoquer l’oreille chaste du jeune enfant. Les pièces en bi-tonalité en sont un parfait exemple. Le Mikrokosmos est excellent pour qui veut aborder le déchiffrage de partition. Les couleurs de chaque pièce sont extrêmement différentes. Bartók n’hésite pas à rendre des hommages appuyés à Bach ou à Shumann comme à la musique folklorique de son pays qu’il a si souvent abordée dans son œuvre.


LA STRUCTURE DE L’ETUDE

Il est évident que l’étude ne repose pas sur une structure précise (nombre de mesures, tonalité, harmonie, ampleur de la tessiture, etc.) Par contre, chaque étude peut s’appuyer sur une difficulté précise : un rythme, une insistance sur le travail de certains doigts, sur des intervalles, etc.

Pour faire corps avec la musique classique, elle peut prendre la forme d’un lied, d’une suite, parfois même d’une sonate ou de variations. Sa forme indépendante l’autorise à porter différents titres : prélude, fantaisie, caprice… On peut remarquer que dans beaucoup de recueil d’études, on dénombre 6, 12 ou 24 pièces, peut-être en référence au Clavier bien tempéré de J-S. Bach. Mais au fond est-ce là le principal ?

ELIAN JOUGLA   par ELIAN JOUGLA

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