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ANALYSE MUSICALE



TRAJECTOIRE : LE JAZZ, UNE MUSIQUE SOCIALE ET CULTURELLE

Depuis déjà quelques années, la musique de jazz est devenue une ressource culturelle essentielle au même titre que la musique classique. Si dans son ensemble, la musique jazz conserve toujours ses fans de la première heure, les nouveaux venus proviennent d'horizons divers, sociaux et culturels. Un constat s'impose : régulièrement, le public de jazz français se déplace de moins en moins pour assister à des concerts. Sans soif d'une réelle curiosité, partir à la découverte de nouveaux talents comme de nouveaux courants devient plus difficile. La rencontre avec le public, qui rend la musique de jazz si vivante, est pour le musicien de jazz le moteur indispensable à son désir d'aller plus loin en partageant l'instant magique, le moment inoubliable. Mais les places de concert et de cabaret sont souvent trop chères et dissuadent les initiatives d'un bon nombre de passionnés. Seules les grandes vedettes du style sont aptes à drainer une foule conséquente dans les grands festivals de jazz. Pour ne pas mourir, le jazz doit se diversifier. C'est ainsi que naissent un peu partout en France, de petits festivals de trois à quatre jours dont les places à prix réduits attirent les spectateurs. Ces festivals misent sur l'originalité et la singularité. Ainsi, même si les têtes d'affiche sont absentes, ils ne perdent pas de leur crédibilité et parviennent même à fidéliser un public.


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Il existe également l'amoureux de jazz qui achète régulièrement des CD, se tient au courant des nouveautés et de l'actualité dans la presse spécialisée. Les éditions de CD à prix réduits (souvent sous forme de collection) sont devenues le support incontournable pour aller à la découverte d'un monde jazz toujours en perpétuelle évolution. Certaines ventes de CD jazz dépassent de loin celles de la musique classique, même quand des efforts financiers sont faits pour lancer une collection réunissant les grands classiques ou suite à une parution d'un interprète d'exception.

Ces efforts, qui soulignent la volonté de placer la musique classique dans une position culturelle dominatrice, sont rarement employés au profit du jazz. Certes, la musique classique se démocratise. Elle est devenue plus « sociale », mais également mathématique, voire abstraite parce que pleinement intellectuelle. Elle semble avoir oublié une évidence : qu'en tout homme vit un être naturel fait de chair et de sang. La musique de jazz a le pouvoir de redonner à cette vibrante part de nous-même, une dose d'enthousiasme indispensable. La connaissance, mais surtout l'expressivité naturelle, trouvent à travers le jazz un support idéal. L'important pour nous n'est-il pas d'unifier nos courants contradictoires pour parvenir à un équilibre harmonieux ? Le jazz, musique spontanée et encore jeune, est l'une de ces voies.


QUAND LE JAZZ CHERCHE SA VOIE

Les "Armstrong" ou "Ellington" sont régulièrement réédités au fil des années. Enregistrés dans les premières décennies du 20e siècle pour quelques sous, leurs enregistrements représentent au fil des années un investissement rentable. Mais les "Armstrong" ou "Ellington" se comptent sur le bout des doigts ! Un musicien de jazz américain réputé et populaire peut espérer en 10 ans vendre un nombre de disques approchant le demi-million d'exemplaires. Un chiffre bien éloigné des leaders du box-office qui courent après les disques d'or et de platine !

Si après un siècle d'existence, le jazz était reconnu pour ce qu'il est, et ses créateurs appréciés à leur juste valeur, les chiffres de vente des CD et la fréquentation des concerts seraient bien plus conséquents. Autre constat désarmant : en mettant en parallèle les efforts dépensés pour faire connaître le jazz et la musique contemporaine, on constate que le succès va, d'une manière proportionnellement inverse, là où le moins d'argent est engagé, c'est à dire au jazz.

C'est la musique qui doit être gagnante et non pas des personnalités positionnées en tête des box-offices. Le manque de véritables créateurs n'explique pas tout. Plus de la moitié des personnalités en place dans les milieux artistiques le sont pour leur fidélité à une discipline précise et non en raison de leur propre talent. Ce constat existe dans tous les courants musicaux : jazz, classique, rock et même en variété qui, sous un nom laissant entrevoir une diversité de styles, produit des artistes calibrés et uniformes.

Quand l'artiste a de la renommée, il n'a pas de temps à perdre. Promotions, tournées, enregistrements ne lui laissent guère le loisir de méditer ou de réfléchir sur sa profession ou son art. Cela est abandonné, par la force des choses, à des personnages dans souvent la seule opportunité est de prendre quelques royalties au passage et de conduire sur des rails bien préparés, l'image qui sera imposé au public.


JAZZ EN AVANT-GARDE

Le monde du spectacle est en crise et sert souvent de baromètre aux économistes en recherche de statistiques pour alimenter leur discours. Le monde artistique est souvent le premier secteur économique à être touché quand l'économie de la société va mal. Le déséquilibre entre les grandes villes produisant des spectacles se concurrençant les uns les autres et la province profonde où le désert culturel règne souvent en maître est heureusement sauvé par l'arrivée de l'Internet. Cependant, l'Internet ne résout pas tout, car même s'il favorise la culture musicale dans de nombreux foyers, il a tendance à uniformiser celle-ci. Quant aux chaînes télévisées nationales, elles restent depuis longtemps un support confidentiel, n'hésitant pas à négliger la culture jazz et classique au profit d'une culture populaire souvent indigeste.

Sans les efforts d'un bon nombre de passionnés, la musique de jazz ne pourrait tenir sa position culturelle actuelle à travers le monde. Qu'elle soit classique, contemporaine, populaire, structurée ou abstraite, la musique jazz est souvent au diapason des événements culturels (et parfois technologiques). En avance sur son temps, elle suscite et attire la curiosité de ceux qui se défendent d'y être sensible.

Sans se placer dans un ghetto permanent, le jazz par sa position à cheval entre musique populaire et intellectuelle, par sa dilution dans des courants musicaux parallèles (latin, rock, soul…), rassemble certes un public nombreux mais sans apporter une identité clairement définie, si ce n'est sa place dominatrice dans son domaine de prédilection : l'improvisation.

Pourtant, en y regardant de plus près, tous les courants du jazz s'emboîtent entre-eux. Il existe même une certaine continuité entre le jazz d'hier et d'aujourd'hui. Cependant, si chaque école procède d'une autre, cela entraîne des différences de styles que les amateurs de jazz comme les spécialistes s'empressent de critiquer lors de tout changement majeur ou mineur.

La littérature jazz comme les articles de presse ne dédaignent pas la critique et répandent régulièrement les louanges et les condamnations. Le jazz est mort diront certains, alors que le jazz continue à se répandre un peu partout. L'arsenal des mots et des phrases se bousculent aux portes de la passion : on complimente ou l'on désavoue rapidement. La musique jazz est une musique extrêmement portée sur la critique et elle ne peut y échapper. Les comparatifs si nuisibles sont légions et les musiciens en sont souvent les responsables. La désinvolture avec laquelle ils se critiquent parfois entre eux n'a rien d'exceptionnel. Le jazz vit en eux et autour d'eux surtout quand il s'agit de se perfectionner pour atteindre les sommets de cet art empreint de liberté.

Quand sa forme devient radicale ou quand elle n'est pas devenue populaire ou récupérée commercialement (comme la bossa-nova dans les années 1960), la musique jazz reste une matière artistique unique. Quand le désordre s'immisce ou qu'un nouveau langage pointe son nez, les éléments salutaires à une bonne intégration culturelle "bien polie" finissent toujours par triompher. Le jazz a tellement changé de visage en n'hésitant pas à puiser dans les musiques dites commerciales ou traditionnelles, qu'il a fini par perdre de sa robuste pureté qui permettait à tout un chacun de l'identifier. Néanmoins, le jazz reste toujours une musique active, vivante, directe et tournée vers l'avenir. En définitive, la musique jazz ne fait que suivre l'évolution de la société, mais qui peut lui reprocher cela ?

Si le musicien classique rêve de sa liberté et le rockeur envie sa technique, le jazzman se garde bien de tout commentaire flatteur à son égard. Il garde le cap, car pour lui, c'est l'essentiel. Certes, il ne boude pas son plaisir quand surgissent des idées, mais contrairement au musicien classique dont le centre d'intérêt principal est le déchiffrage et l'interprétation de partitions, le jazzman jouit d'un art qui se vit dans l'instant : l'exécution devient l'œuvre dans sa forme aboutie. D'ailleurs, où en serait le jazz, si par le plus grand des hasards, la technologie naissante de l'enregistrement n'avait pas suivi et ainsi sauvé de l'oubli des musiciens, souvent autodidactes, et reconnus aujourd'hui incontournables ?

Le disque a été un support essentiel pour suivre et comprendre les différents mécanismes qui ont élaboré le jazz que nous connaissons aujourd'hui. De génération en génération, l'écoute de disques a suscité la passion, la vocation et l'inspiration chez de nombreux musiciens autodidactes ou pas. Une chose est sûre, le disque a sauvé le jazz. Il lui a donné un sens, une justification et une histoire dans un domaine où les notes ne s'écrivent pas.

  par ELIAN JOUGLA (01/2010)



À CONSULTER

LES STANDARDS DU JAZZ
LES RACINES DE LA MUSIQUE JAZZ

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