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ANALYSE MUSICALE : LA MUSIQUE DE FILMS



FRANCOIS DE ROUBAIX

Tous comme Maurice Jaubert, François de Roubaix est un compositeur qui a eu une carrière très courte. Aujourd'hui, ses musiques font référence dans l'art de la composition pour l'image. En dix ans de carrière (de 1965 à 1975), ses compositions se sont illustrées aussi bien dans les films d'aventures (Le rapace, Les caïds…) que de tragédies (Le vieux fusil, La guerre d'Algérie…) ou de comédies (L'homme orchestre, Boulevard du rhum…). De Roubaix a travaillé également pour la télévision en réalisant notamment les illustrations sonores de Chapi Chapo, une série d'animation constituée de 60 épisodes (1974) et Les secrets de la mer Rouge (1967), relatant les aventures du romancier Henry de Monfreid.


FRANCOIS DE ROUBAIX, UN MUSICIEN AUTODIDACTE


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Alors qu'il découvre le jazz à l'adolescence, François de Roubaix apprend à connaître le cinéma grâce à son père, Paul de Roubaix. Spécialisé dans la réalisation et la production de films institutionnels (Les Films du Centaure), il initie son fils aux différents métiers attenant à cet art. Il devient accessoiriste, puis assistant photographe, ingénieur du son et assistant monteur. C'est dans ces circonstances qu'il rencontre le metteur en scène Robert Enrico avec qui il collabore. Le film L'or de la Durance couronne leur première collaboration en 1959... D'autres films suivront, dont Les aventuriers et Le vieux fusil dernière musique de films composée par François de Roubaix et qui scelle leur amitié pour l'éternité.

N'étant pas nourri d'une culture, ni d'un apprentissage académique comme Georges Delerue ou Maurice Jarre, François de Roubaix se forme sur le tas et parvient petit à petit à trouver son style en composant des musiques publicitaires et des musiques pour des court-métrages. Musicien absolument autodidacte, sa connaissance du jazz et de son harmonie sont venues parfois à son secours quand il trouvait que l'habillage sonore n'était pas assez charpenté. Ainsi, quand on écoute la musique du film L'homme orchestre, de Serge Korber (1970), alors que la musique pop de circonstance est bien présente, de Roubaix n'hésite pas à puiser dans sa connaissance jazzistique pour construire l'orchestration. L'homme aimait également imaginer des mélodies plus folkloriques, faisant "couleur locale", comme dans le film Le Rapace, de José Giovanni (1968), en s'inspirant des musiques mexicaines et chiliennes. Toutefois, à l'écoute, l'ensemble de son œuvre laisse un sentiment de classicisme, de musique propre et appliquée, naviguant entre le pari osé de l'électronique et la sagesse de l'acoustique.

Contrairement à Vangelis, François De Roubaix enregistrait rarement sa musique de A à Z en solitaire (le film La scoumoune en est à ma connaissance l'exception). Il aimait être entouré de ses amis et avait constitué une équipe de fidèles collaborateurs dont l'ingénieur du son Jean-Pierre Pellissier qui l'assistait à l'extérieur, notamment lors des séances d'enregistrement en studio pour les pupitres de l'orchestre (cordes, cuivres, etc.) et la section rythmique.


FRANCOIS DE ROUBAIX, LA RECHERCHE SONORE AVANT TOUT

François de Roubaix était un musicien multi-instrumentiste. Il jouait du piano, de la guitare et du trombone, mais également du synthétiseur (qui en était à ses balbutiements) et des instruments qu'il découvrait lors de ses voyages (il en avait toute une collection). Si sa technique instrumentale était suffisante pour servir ses idées, il avait également l'envie de les contrôler de façon plus autonome en s'aidant des moyens que la technologie pouvait lui offrir. L'idée de transformer son appartement en un véritable studio d'enregistrement 8 pistes pris corps en 1972 (à cette époque, un tel équipement représentait le haut de gamme). Pour lui, ce studio "improvisé" allait devenir son laboratoire de recherche, imaginant, ça et là, les trouvailles sonores qui viendraient en complément des idées maîtresses.

François de Roubaix n'hésitait pas à utiliser des objets insolites pour créer un univers musical bien à lui. Il a été en quelques sortes un précurseur, un bidouilleur de la recherche sonore avant même que naisse la conception du home-studio. D'ailleurs, les rappeurs, souvent à l'affût de la facilité, n'ont pas attendu longtemps pour puiser dans son œuvre musicale. Ce ne sont pas des musiciens comme Carl Craig, Robbie Williams ou Stephen Simmonds qui me contrediront.

Utilisant les synthétiseurs avec parcimonie, sa quête sonore était basée avant tout sur la diversification instrumentale, mêlant instruments acoustiques, instruments électroniques et bruitages sonores. Alors qu'à l'époque les orchestrations étaient encore enclavées dans l'utilisation exclusive des sonorités acoustiques et de l'écriture stylisée (musique de chambre, symphonique et quelquefois jazz), François de Roubaix, par son approche autodidacte, s'est frayé un chemin bien à lui, hors des sentiers battus. Les dernières musiques qu'il a composées fourmillaient de petits détails qui, mis bout à bout, construisaient une architecture sonore souvent singulière. Ici, le cliquetis d'un instrument, là le bruit d'un orgue noyé dans de la réverbération.

Presque toute la panoplie des instruments acoustiques a été utilisée par le compositeur, du plus convenu au plus insolite, suscitant de film en film l'étonnement ou la surprise par le résultat sonore créé. Chez François de Roubaix, jamais le mauvais goût ou la note de trop ne sont venus s'installer au détour d'une phrase ou d'un enchaînement d'accords. Le compositeur était doté comme Francis Lai d'un grand sens de la mélodie qu'il utilisait à merveille quand l'occasion lui était donné. Les secrets de la mer Rouge, Le vieux fusil, La scoumoune et Les aventuriers sont les exemples les plus frappants de son pouvoir de séduction mélodique.


FRANCOIS DE ROUBAIX… UNE TROP COURTE CARRIÈRE

Ses compositions ont illustré à merveille le cinéma français des années 60/70. Pas celui d'un cinéma d'art et essai, mais au contraire celui d'un cinéma populaire servi par les grandes vedettes de l'époque, de Jean-Paul Belmondo à Alain Delon en passant par Lino Ventura. Si ses musiques étaient dotées d'une richesse mélodique évidente, ses harmonies s'habillaient parfois d'une profonde mélancolie. La musique du film Le samouraï (de Jean-Pierre Melville - 1967 - avec Alain Delon), par sa retenue, illustre parfaitement cette dimension en fusionnant avec la densité dramatique du récit. Appuyée par l'utilisation d'une image en noir et blanc, les lents déplacements de la caméra et les longs silences chers à Melville sont soudainement rompus par le bruissement des cordes et l'écho d'un orgue venu du lointain. C'est celà aussi, la musique de François de Roubaix... Une musique capable de servir l'image avec un minimum de moyens.

La plupart des grands metteurs en scène français de toute une génération ont fait appel à lui : Robert Enrico, José Giovanni, Jean-Pierre Mocky, Yves Boisset... Si sa disparition n'avait pas été aussi soudaine (suite à un accident du à son autre passion, la plongée sous-marine), François de Roubaix serait certainement devenu un des plus grands compositeurs du cinéma français. D'ailleurs, les gens de la profession l'avaient bien compris quand ils lui décernèrent, à titre posthume, le César de la meilleure musique pour le film Le Vieux Fusil en 1976.

  par ELIAN JOUGLA



Extrait d'une interview de l'ingénieur du son Jean-Pierre Pellissier, issue du journal SOUNDTRACK (mars 1998).

A propos de son compagnon de travail François de Roubaix...

Se considérait-il comme un pionnier et dans quels domaines a-t-il été novateur selon vous ?

Chez lui, la musique venait naturellement mais peut-être s'interrogeait-il par rapport à sa création ? Novateur, il l'a été à plusieurs égards. Tout d'abord, à travers l'inimitable "son de Roubaix", auquel je revendique une modeste part, et surtout le fait qu'il inventait d'instinct des harmonies, des superpositions rythmiques qu'un musicien sorti du conservatoire n'aurait jamais imaginées. Il fut également l'un des tous premiers à utiliser le synthétiseur en France et il avait l'art de l'intégrer aux instruments acoustiques.

Dans "Chapi-Chapo", François s'est amusé avec un tuba de plongée, créant des bruits qu'il a intégrés à sa partition. Finalement, il était assez proche des techniques de musique concrète : avec lui, tous les objets étaient bons pour produire des sonorités, des bruits inattendus, qu'il manipulait ensuite à loisir. Il adorait également utiliser des instruments inhabituels qui apportaient une touche personnelle à sa musique : guimbarde, ocarina, cithare... De ses voyages à travers le monde, il ramenait toujours des instruments traditionnels dont il apprenait à jouer, qu'il employait dans ses musiques et qu'il accrochait ensuite chez lui sur ses murs. Il possédait ainsi une étonnante collection d'instruments du monde entier provenant d'ethnies très diverses…

… Il aurait sans doute poursuivi ses recherches, en particulier au niveau des synthés, et aurait pris de la maturité dans son écriture. Le Vieux Fusil représentait selon moi le tremplin de sa carrière et c'est précisément parce qu'il avait été un peu soulagé par le bon accueil réservé à ce film qu'il est parti aux Canaries dans le but de se ressourcer un peu. Sans cette fin précoce, je suis persuadé qu'il compterait aujourd'hui parmi les grands compositeurs du cinéma.

François de Roubaix a souvent été comparé à Morricone qu'il vénérait. Lorsqu'il était amené à utiliser un instrument un peu insolite comme la guimbarde, il redoutait qu'on l'accuse de plagier les gimmicks du compositeur italien. Cependant, tous les deux étaient, malgré quelques points communs, issus de deux écoles très différentes. Compte tenu du peu de temps et de moyens dont il a disposé, François est parvenu à une qualité et à une originalité remarquables.

FILMOGRAPHIE FRANCOIS DE ROUBAIX

  • Le Vieux fusil (1975), de Robert Enrico
  • Les Suspects (1974), de Michel Wyn
  • R.A.S. (1973), de Yves Boisset
  • Les Anges (1973), de Jean Desvilles
  • Les Demi-jours (1973), de Jacques Doillon
  • Chut (1972), de Jean-Pierre Mocky
  • La Scoumoune (1972), de José Giovanni
  • Les Caïds (1972), de Robert Enrico
  • Boulevard du rhum (1971), de Robert Enrico
  • Un Peu, beaucoup, passionnément... (1971), de Robert Enrico
  • Le Saut de l'ange (1971), de Yves Boisset
  • Dernier domicile connu (1970), de José Giovanni
  • La Peau de Torpédo (1970), de Jean Delannoy
  • Un Aller simple (1970), de José Giovanni
  • La Guerre d'Algérie (1970), de Philippe Monnier
  • Les Novices (1970), de Guy Casaril
  • L'Homme orchestre (1970), de Serge Korber
  • L'Etalon (1969), de Jean-Pierre Mocky
  • Jeff (1969), de Jean Herman
  • 48 heures d'amour (1969), de Cécil Saint-Laurent
  • La Grande lessive (1968), de Jean-Pierre Mocky
  • Le Rapace (1968), de José Giovanni
  • Ho! (1968), de Robert Enrico
  • Adieu l'ami (1968), de Jean Herman
  • Les Aventuriers (1967), de Robert Enrico
  • Le Samouraï (1967), de Jean-Pierre Melville
  • Tante Zita (1967), de Robert Enrico
  • Diaboliquement votre (1967), de Julien Duvivier
  • Les Poneyttes (1967), de Joël Le Moigné
  • Les Grandes Gueules (1965), de Robert Enrico
  • Les Combinards (1964), de Jean-Claude Roy

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