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ANALYSE MUSICALE



FRÉDÉRIC CHOPIN ET SON « ÉTUDE RÉVOLUTIONNAIRE N° 12 », ANALYSE

Au royaume des pianistes, Chopin tient une place à part, peut-être parce qu’il a consacré l’exclusivité de son génie au piano. Déjà célèbre pour avoir composé deux Concertos en 1828 et 1829, ses Études opus 10 (1829-1831) devaient annoncer une nouvelle ère pianistique…


UNE ÉTUDE DÉDIÉE À LA MAIN GAUCHE

Chaque étude proposée par Frédéric Chopin ouvre sur une donnée technique précise. Au fil de chacune d’elles, le pianiste s’attaque aux octaves, aux touches noires, aux arpèges en extension ou encore au passage du pouce et aux accords brisés. Une littérature foisonnante avec des pièges redoutables.



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Pour l’étude intitulée la « Révolutionnaire », l’instrumentiste est invité à travailler la vélocité de la main gauche qui est, faut-il le rappeler, généralement conditionnée à exercer moins de dextérité que la main droite. Cependant, celui ou celle qui s’attaque à cette étude aurait toutes les chances de m’incriminer d’avoir eu un tel propos. Chopin place en effet l’interprète dans une position où il n’a guère le temps de souffler tant la main gauche est soumise à des contraintes de dextérité en courant sur une bonne moitié du clavier.

Frédéric Chopin

Composée en septembre 1831, l’étude a pris le titre de « Révolutionnaire » pour la simple raison que sa fougueuse basse s’oppose à une succession d’accords et d’octaves violents. Proposée dans une tonalité mineure (Do mineur), l’étude est jouée dans un tempo élevé (allegro con fueco) ce qui accentue d’autant la bouillonnante révolte du compositeur.


UN THÈME SIMPLE CONSTRUIT SUR UNE GRANDE RICHESSE EXPRESSIVE

Par observation d'un jeu classique, l’étude n° 12 donne le sentiment que le rôle des deux mains a été interverti. L’étude comprend 84 mesures séparées en trois volets.

Le premier, qui en comprend 27, démarre par un accord incisif à la main droite que vient contrebalancer une descente de la main gauche (extrait n°1). C’est un signal que les musicologues traduisent comme l’expression de la fureur du compositeur quand il apprendra l’écrasement de l’insurrection varsovienne par l’armée du tsar. Ce premier volet repose sur le principe de superposition qui oppose la dextérité de la main gauche à de violents accords joués par la main droite – règle qui sera rompue qu’à trois brèves reprises.


Extrait n°1

Étude Révolutionnaire de Chopin

Le thème principal de l’étude fait son entrée à la dixième mesure. D’une « grande simplicité », il repose sur les notes de l’accord de Do mineur, avec un passage par la note et un accord de La bémol majeur. L’autre caractéristique est la subite nuance ‘piano’ qui intervient à la 13e mesure, premier répit à l’exécution frénétique de l’œuvre. Du côté de la polyrythmie, on remarque l’opposition catégorique du jeu fluide et uniforme de la main gauche en double-croches avec la cellule rythmique accidentée composée d’une succession de notes brèves et longues sur la main opposée.

Le second volet est plus court en ne comprenant qu’une douzaine de mesures scindée en deux parties ; la première évoluant avec l’appui d’une formule obstinée de la main droite en brève/très brève/longue, par-dessus les « remous » de la main gauche, tandis que la seconde permet d’entendre de puissants accords constitués de blanches et de noires (extrait n°2) posés sur un rythme régulier. Pour la main gauche, les difficultés techniques sont bien réelles et sollicitent de sa part des qualités naturelles où le danger serait de la contraindre à des efforts artificiels.


Extrait n°2

Étude Révolutionnaire de Chopin

Le troisième volet reprend le premier volet. Cependant, le traitement mélodique du thème est enrichi, tout comme la partie centrale où l’harmonie est plus dense et le rythme plus complexe (présence d’indépendance de 4 pour 3). À sa suite intervient l’épilogue avec une succession d’accords qui conduit au ton initial de Do mineur. L’étude s’achève par une coda à la mesure 73.

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ÉTUDE OP.10 N° 12 EN DO MINEUR « Étude révolutionnaire »
Elizabeth Sombart, piano

Selon le musicologue et historien Gérard Denizeau, « son caractère périlleux ne vient pas, pour l’interprète, des effets d’une fatigue bien naturelle du poignet, mais de la claire énonciation des sinuosités mélodiques et harmoniques, dans une nuance pianissimo, voire sotto voce. Violent et soudain, le trait final, fortissimo et appassionato, transfigure la cadence, close par le martèlement des quatre accords terminaux, d’un effet harmonique admirable. »

Par PATRICK MARTIAL (Piano Web - 02/2022)


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