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Portail sur la musique et les claviers modernes : piano, synthétiseur et orgue.

HISTOIRE DE LA MUSIQUE ET DES INSTRUMENTS



LA MÉLODIE FRANCAISE, SON ÉVOLUTION EN MUSIQUE CLASSIQUE


TROUBADOURS ET CHANT POLYPHONIQUE

La mélodie est un élément indissociable de la musique. Sans remonter aux origines de la musique, on trouve ses premières traces au 12e siècle chez quelques troubadours de langue d’oc. L’importance de la mélodie se justifiera alors par les poèmes qui vont l’accompagner...


TROUBADOURS ET CHANT POLYPHONIQUE

Au 12e siècle, l’accompagnement musical n’est pas encore écrit, et c’est à travers l’improvisation ou assimilé comme tel que la mélodie prend place, pendant et en dehors de l’accompagnement le plus souvent sous forme de strophe. Les plus célèbres de ces troubadours se nomment Blondel de Nesle, Adam de la Halle Thibaut de Champagne ou encore Monjot d’Arras.

Clément Janequin

À partir du 14e, la polyphonie se codifie et devient de plus en plus élaborée. Elle prend place dans les églises et s’enrichit savamment au contact de Janequin, Passereau ou de Sermezy.

Au 15e siècle, l’art polyphonique vocal atteint son apogée. L’arrivé du luth comme instrument d’accompagnement va asservir la mélodie de façon idéale et transformer son image en concordance avec les premières « partitions » imprimées. La musique évocatrice des chants polyphoniques va se transformer en chansons intimistes, jusqu’à transcrire leurs évocations à travers la peinture. De cette époque naîtront les Airs de Cour. La mélodie gagne en popularité avec leur caractère galant. La guitare et le clavecin s’invitent alors dans les spectacles d’Henri IV et de Louis XIII.


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Au 18e siècle, alors que l’air de cour tend à disparaître, c’est la "Brunette" qui fait son apparition. Constituées de courtes pièces vocales, les "Brunettes" seront généralement accompagnées du clavecin, très à la mode, mais aussi de la guitare, encore sous-estimée. Par la suite la "Brunette" évoluera pour devenir soit une romance ou un vaudeville.

D’une nature toute différente que la romance, le vaudeville est avant tout une chanson légère, populaire qui sera qualifié parfois d’air à boire. Elle prendra des aspects bien différents, tantôt satirique, tantôt politique ou grivoise tout en conservant l’identité de leurs auteurs anonymes. La romance, qui s’adressait à un public plutôt bourgeois et aristocratique, se voulait plus élitiste. Elle jouait sur l’épanchement des sentiments dans les salons où se réunissait la haute société.

D’HECTOR BERLIOZ À CHARLES GOUNOD

Le vaudeville comme la romance étaient considérés comme des œuvres souvent insignifiantes, tout juste bonne à passer le temps de façon agréable. Cependant quelques mélodies sont devenues célèbres et ont traversé les époques ; la plus symbolique étant Plaisir d’Amour.

Le mot mélodie, qui est jusqu’à là encore absent du vocabulaire des compositeurs, est peut-être trop réducteur, trop convenu ou populaire pour qu’une œuvre ambitieuse puisse l’utiliser. Pourtant, c’est bien en France que le mot mélodie va prendre du poids avec Hector Berlioz qui ouvrira le « bal » en composant Mélodies irlandaises en 1829 sur des textes de Thomas Moore. Mais attention, la mélodie tel que nous l’entendons – pure et conductrice de bout en bout – est parfois « noyée » sous un flot de chœurs (Chanson à boire, Chant sacré). Cependant Berlioz accédera aux véritables écritures de la mélodie avec Les nuits d’été, constituées de six véritables mélodies charpentées aux tonalités forts différentes, allant de la Villanelle légère et juvénile à L’Absence plus dramatique. Berlioz écrira d’autres mélodies comme Le jeune pâtre Breton ou La mort d’Ophélie.

Charles Gounod

Pendant très longtemps la mélodie va être suggérée par le texte. C’est ce dernier qui conduit l’esprit de la mélodie, gaie, mélancolique ou grave. La musique s’adapte tout en mettant en valeur quelques recherches d’écritures, comme le changement de mode, de tonalité ou de rythmes à l’intérieur même des courtes pièces.

D’une façon générale, la mélodie s’exprime le plus souvent sur un terrain intimiste. À ce titre Charles Gounod imposa sa vision personnelle en la déclinant de différentes façons. C’est ainsi qu’il écrivit des mélodies enfantines comme religieuses aux courbes simples et touchantes (la plus célèbre étant le célèbre Ave Maria qui prend pour accompagnement le 1er prélude du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach). Il composera pas moins de deux cents mélodies, dont les plus célèbres sont Le Soir, Venise, L’absent et Le vallon, et accompagnées de textes des grands poètes de cette époque : Lamartine, Musset... Sur un poème de Victor Hugo, sa Sérénade aura la particularité d’être construite sur une alternance mélodique et arabesque pianistique. Gounod développera également, conjointement à la mélodie, quelques recherches au niveau de l’harmonie et de ses cadences.

Cadets de Charles Gounod, les compositeurs Edouard Lalo, Camille Saint-Saëns, Georges Bizet et Jules Massenet prendront bonne note du travail accompli par Gounod ; Massenet est certainement le plus proche de ses lignes mélodiques, et peut être considéré, dans une certaine mesure, comme son héritier direct.


L’ÉCOLE FRANCAISE DU 19e ET 20e SIÈCLE

En se rapprochant de la fin du 19e siècle, la mélodie évoque la nature, la campagne, le soleil du couchant et autres tableaux évocateurs de paysages aux formes rupestres. La mélodie se transforme en Ode et le piano devient l’accompagnateur fidèle et indispensable. Fidèle au développement de son histoire encore toute jeune, le piano sous les doigts de Chopin ou Liszt est devenu un instrument technique, mais également un instrument chargé de nuances émotionnelles. Sa présence à côté de la mélodie est souhaitée plus pour prolonger l’état de grâce et ornementer le discours, qu’en se plaçant au simple rôle subalterne d’instrument d’accompagnement. Cette position s’enrichit également par un enrichissement de l’harmonie, tandis que la mélodie à couplets cède sa place à quelques évocations aux développements riches en écriture.

César Franck

Bien avant la célèbre musique impressionniste chère à Claude Debussy, César Franck, peut-être en raison de ses origines auvergnates, a su transcrire dans sa musique les soubresauts climatiques de sa région, tantôt avec force, tantôt avec délicatesse, comme en témoigne ces œuvres : La Villanelle des petits canards (1890), L’invitation au voyage (1870) et Chanson pour Jeanne (1886).

Aux côtés de Vincent d’Indy ou d’Ernest Chausson, bien d’autres compositeurs moins célèbres s’illustrèrent en plaçant la mélodie au centre de leur propos : Charles Bordes, Gabriel Pierné, élève de César Franck et auteur d’une soixantaine de mélodies, Albéric Magnard, Albert Roussel, élève dans la classe de Vincent d’Indy, écrira de nombreuses mélodies méditatives et spirituelles, Déodat de Sèverac et sa berceuse Ma poupée chérie, ou encore Henri Duparc, qui fut lui-aussi un élève de César Franck et qui écrivit sur du Baudelaire L’invitation au Voyage (1870) et La vie antérieure (1883). N’oublions pas non plus la pianiste et compositrice parisienne Cécile Chaminade qui dut pour subvenir aux besoins de sa famille composer, par contrat, douze mélodies par an. Elle mourut dans l’anonymat en 1944 après une brillante carrière de pianiste concertiste.


À L’APOGÉE DE LA MÉLODIE FRANÇAISE

Le compositeur Gabriel Fauré est un perfectionniste. Son sens de la mélodie est omniprésent dans son œuvre. Un premier recueil composé entre les années 1860 et 1870 prometteur et aussitôt suivit d’un second (1880/1887) jusqu’au troisième et dernier datant des années 1889 à 1904. La musique de Fauré, plus méconnu que celle de Debussy ou de Satie, possède pourtant une personnalité, un style inimitable au caractère pertinent. Ses lignes mélodiques ont beaucoup d’élégances et savent faire preuve de maîtrise dans leurs écritures. Les allures modales du plain-chant sont souvent présentes. Le compositeur n’hésitera pas à employer des échelles autres que le majeur ou le mineur en utilisant par exemple les gammes pentatoniques chères à Debussy (comme à Satie).

Claude Debussy et Gabriel Fauré

Pour Gabriel Fauré le piano doit enrober la mélodie, la suivre parfois ou la soutenir par des accords plaqués. Le piano accompagnateur devient pittoresque ou figuratif et sert la mélodie sur un « plateau » en développant d’élégants préambules de quelques mesures. Déjà, le lointain Orient, qui n’est pourtant plus très loin (Les roses d’Ispahan), est contrebalancé pas une mélancolie envahissante (Aurore, Fleur Jetée). Vers la fin de sa vie, les lignes mélodiques changent, l’ambitus se rétrécie et l’écriture dédiée au piano s’allège. La musique devient moins lyrique et plus austère. Seules les dernières mélodies (La mer est infinie, Vaisseaux…) redonneront le lyrisme des premiers jours, imagé, rythmé et expressif.

Claude Debussy est certainement le plus célèbre de la période impressionniste. Il est l’auteur d’une soixantaine de mélodies, mais ce n’est pourtant pas cet aspect là que l’on retient généralement de son œuvre, mais plutôt sa musique symphonique, sa musique de chambre et ses œuvres pour piano.

En 1880, Mandoline sur un poème de Verlaine est la première pièce significative. Puis suivront en 1888 quelques Ariettes (C’est l’extase, Il pleure dans mon cœur, L’ombre des arbres, etc.), en 1897, les Trois chants de Bilitis ou encore en 1904 le deuxième recueil des Fêtes Galantes (Les ingénus, Le faune, Colloque sentimental).

C’est grâce en partie à toutes ces mélodies composées entre 1880 et 1915 que Debussy planifia son évolution musicale. Il saura toujours choisir avec soin les textes qui accompagneront ses mélodies. Comme pour Fauré, l’harmonie chez Debussy est très riche et originale, c’est même une condition sine qua non de son approche pianistique, au point que l’accompagnement indique la route à suivre pour que la mélodie devienne docile.

Quant à Maurice Ravel, son parcours de mélodiste tranche avec celui de Fauré et de Debussy. Son style est plus concis tout en cachant une discrète pudeur. Maurice Ravel est un grand « illustrateur sonore », et c’est dans le contexte de l’orchestre qu’il donnera à la mélodie une place méritée. Très souvent, le compositeur aura joué avec les effets pittoresques et figuratifs de ses instrumentations, celles-ci servant intelligemment les décors successifs des mélodies où la prosodie est souvent exemplaire.

Parvenue au début du 20e siècle, la mélodie indomptable est parvenue à une sorte de perfection. Si Maurice Ravel clos ce petit exposé sans prétention sur l’utilisation et la place de la mélodie dans la musique classique occidentale, et même si au cours du 20e siècle bien d’autres compositeurs ont relevé d’autres défis, il est important de ne jamais oublier que la mélodie, sa forme, son développement, a toujours été associée à son époque et que si celle d’aujourd’hui semble être à la recherche dont on ne sait quoi, personne ne sait de quoi demain elle sera faîte… C’est peut-être d’ailleurs ça le mystère de la mélodie !

  par PATRICK MARTIAL