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ANALYSE MUSICALE : LA MUSIQUE DE FILMS



PHILIPPE SARDE, LE COMPOSITEUR CAMÉLÉON

Philippe Sarde est né pratiquement dans la musique, puisque sa mère a été chanteuse à l'Opéra pendant 25 ans. La musique devient très vite son langage, mais son problème est de lui donner un support. Or, dès l'âge de 8 ans, il tente des essais de sonorisation de films muets en 8mm et plus les années passent et plus il sent qu'il ne peut s'exprimer musicalement qu'à travers le cinéma.


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Vers 1968, Philippe Sarde ne compose que de malheureuses pièces de musique vouées à l'échec entre deux ou trois illustrations musicales de court métrage. Le producteur de l'un de ces courts métrages le remarque et suggère à Claude Sautet de s'adresser à lui pour la musique du film Les choses de la vie. Alors, Philippe Sarde se met à parcourir quelques lignes d'une revue de cinéma au sujet de ce film et il lui vient l'idée d'un vague sujet musical qu'il écrit aussitôt. Quand Claude Sautet arrive, il se risque à lui interpréter quelques accords du thème qu'il a composé. Claude Sautet est tout de suite intéressé et a le sentiment que le climat du film est exprimé dans ces quelques notes.

On attache souvent de l'importance à la musique quand elle est écrite sous forme de rengaine, en la considérant comme un support commercial, support commercial qui n'a rien avoir avec la maîtrise technique du cinéma. Le principal souci depuis que Philippe Sarde fait ce métier est de redonner à la musique de film son vrai rôle ; non pas pour devenir un support pour les éditeurs et les producteurs de variétés, mais un complément solidaire du film, au même titre que les décors.

Philippe Sarde : « Devenir compositeur pour le cinéma exige avant tout d'avoir envie de faire du cinéma et pour cela, de le connaître de fond en comble. Une musique même très belle ne doit pas être un ornement inutile. Parfois la musique est écrite avant le tournage. Elle permet de créer un climat sur le plateau. C'est ce qui s'est passé avec "Le train" de Granier-Deferre et pour "Le juge et l'assassin" de Bertrand Tavernier que j'ai connu par Claude Sautet, dont il fut jadis l'attaché de presse. Il a développé en moi un côté cinéphile qui sommeillait. Par la suite j'ai collaboré avec lui pour "L'horloger de Saint-Paul". Bertrand Tavernier tout comme Claude Sautet connaît très bien la musique et plus un metteur en scène la connaît, plus celle-ci sera intelligente. »

Pour Le juge et l'assassin, Philippe Sarde compose la musique en fonction de la personnalité de Tavernier. Pour comprendre plus sûrement les points importants de l'œuvre future, ils discutent ensemble des emplacements de la musique et ils imaginent les idées neuves que la musique va apporter au film et non pas le nombre de violons qui va être utilisé pour la réalisation de la bande son. Il est nécessaire de posséder un langage cinématographique, des références à d'autres films et une culture profonde pour comprendre cet univers.

Philippe Sarde : « S'il s'agit de donner à telle séquence une atmosphère spéciale, nous utilisons alors un langage de dramaturge comme si chaque composante musicale était un acteur. »

Comme un caméléon, il cherche la couleur appropriée au sujet et c'est ainsi que Philippe Sarde s'est ouvert à toutes les formes musicales : jazz, classique, pop, etc. A la différence de certains musiciens qui, en studio, "fabriquent" leur musique, il écrit la sienne pour la faire interpréter par un orchestre. Il utilise rarement le synthétiseur (à la mode dans le cinéma des années 1970/80), seulement en complément d'orchestration.

Philippe Sarde : « Les musiciens sont pour moi comme des acteurs qui interprètent les idées, qui jusque-là, n'avaient eu de vie que dans ma tête. »

Pour le film Le locataire de Polanski, son travail dure trois mois, ce qui est énorme. L'innovation réside dans le fait que Polanski est l'acteur principal de son film. La verrière sur laquelle il se jette à la fin du film doit être suggérée tout au long du film. Philippe Sarde doit capter sur le plateau, à partir du jeu de comédien de Polanski, les idées maîtresses. Il utilise pour cela un instrument qui s'appelle le glass harmonica (Mozart a composé trois menuets pour cet instrument). C'est un instrument dans lequel quarante-deux verres à cognac sont accordés suivant la quantité d'eau qu'ils contiennent. Il n'existe à l'époque qu'un seul interprète qu'il fait venir d'Allemagne : Bruno Hoffmann. Le locataire est une des musiques les plus enrichissantes de sa carrière.

Philippe Sarde est l'auteur des musiques des films : Le diable probablement de Bresson, Violette et François de Rouffio, Coup de Torchon de Tavernier. Pour les films Les enfants gâtés et Est-ce bien raisonnable ?, Philippe Sarde a fait appel à des musiciens de jazz : Stan Getz, Eddy Louiss, Billy Cobham et Johnny Griffin auquel il adjoint Jean-Pierre Mas, pianiste au jeu sensible, auteur lui-même de quelques excellentes bandes sonores que je vous souhaite un jour de découvrir.

  par ELIAN JOUGLA



FILMOGRAPHIE PHILIPPE SARDE

2005 - Je m'appelle Elizabeth , de Jean-Pierre Améris
2004 - Le Parfum de la dame en noir, de Bruno Podalydès
2004 - Les Soeurs fâchées, de Alexandra Leclère
2002 - Raja, de Jacques Doillon
2002 - Les Egarés, de André Techiné
2002 - Le Mystère de la chambre jaune, de Bruno Podalydès
2001 - Entre chiens et loups, de Alexandre Arcady
2000 - Mademoiselle, de Philippe Lioret
2000 - Princesses, de Sylvie Verheyde
2000 - Là-bas, mon pays, de Alexandre Arcady
1999 - Les Savates du bon Dieu, de Jean-Claude Brisseau
1998 - Je suis vivante et je vous aime, de Roger Kahane
1998 - Alice et Martin, de André Techiné
1997 - Mad City, de Costa-Gavras
1997 - Le Bossu, de Philippe de Broca
1996 - K, de Alexandre Arcady
1996 - Lucie Aubrac, de Claude Berri
1996 - Ponette, de Jacques Doillon
1996 - Les Voleurs, de André Techiné
1995 - Nelly et Monsieur Arnaud, de Claude Sautet
1995 - Dis-moi oui, de Alexandre Arcady
1994 - Le Fils préféré, de Nicole Garcia
1994 - La Fille de d'Artagnan, de Bertrand Tavernier
1993 - Le Petit garçon, de Pierre Granier-Deferre
1993 - Ma saison préférée, de André Techiné
1992 - Taxi de nuit, de Serge Leroy
1992 - Poisson-Lune, de Bertrand van Effenterre
1992 - Le Jeune Werther, de Jacques Doillon
1992 - La Petite Apocalypse, de Costa-Gavras
1992 - Max et Jérémie, de Claire Devers
1992 - L., de Bertrand Tavernier
1992 - La Voix, de Pierre Granier-Deferre
1991 - Room service, de Georges Lautner
1991 - J'embrasse pas, de André Techiné
1991 - Balss, de Pierre Granier-Deferre
1990 - Pour Sacha, de Alexandre Arcady
1990 - La Tribu, de Yves Boisset
1990 - Le Petit criminel, de Jacques Doillon
1990 - La Baule-les-Pins, de Diane Kurys
1990 - Chambre à part, de Jacky Cukier
1990 - Faux et usage de faux, de Laurent Heynemann
1989 - La fille des collines, de Robin Davis
1989 - Music Box, de Costa-Gavras
1989 - Hiver, l'abbé Pierre, de Denis Amar
1989 - L'Invité surprise, de Georges Lautner
1988 - L'Ami retrouve, de Jerry Schatzberg
1988 - La Couleur du vent, de Pierre Granier-Deferre
1988 - La Maison de Jade, de Nadine Trintignant
1988 - L'Ours, de Jean-Jacques Annaud
1988 - Quelques jours avec moi, de Claude Sautet
1988 - Mangeclous,de Moshe Mizrahi
1988 - La Maison assassinée, de Georges Lautner
1987 - Les Innocents, de André Techiné
1987 - De guerre lasse, de Robert Enrico
1987 - Ennemis intimes, de Denis Amar
1987 - Noyade interdite, de Pierre Granier-Deferre
1986 - La Puritaine, de Jacques Doillon
1986 - Cours privé, de Pierre Granier-Deferre
1986 - Les mois d'avril sont meurtriers, de Laurent Heynemann
1986 - Every time we say goodbye, de Moshe Mizrahi
1986 - Poker, de Catherine Corsini
1986 - L'Etat de grâce, de Jacques Rouffio
1985 - Mon beau-frère a tué ma soeur, de Jacques Rouffio
1985 - L'Eté prochain, de Nadine Trintignant
1985 - Pirates, de Roman Polanski
1985 - Le Lieu du crime, de André Techiné
1985 - Harem, de Arthur Joffé
1985 - Hors-la-loi, de Robin Davis
1984 - Joyeuses Pâques, de Georges Lautner
1984 - La Garce, de Christine Pascal
1984 - Rendez-vous, de André Techiné
1984 - Le Cow-boy, de Georges Lautner
1984 - Ca n'arrive qu'à moi, de Francis Perrin
1983 - Fort Saganne, de Alain Corneau
1983 - Garçon !, de Claude Sautet
1983 - Une jeunesse, de Moshe Mizrahi
1983 - La Pirate, de Jacques Doillon
1983 - L'Histoire de Piera, de Marco Ferreri
1983 - Stella, de Laurent Heynemann
1983 - L'Ami de Vincent, de Pierre Granier-Deferre
1983 - Attention, une femme peut en cacher une autre, de Georges Lautner
1982 - J'ai épousé une ombre, de Robin Davis
1982 - Le Choc, de Robin Davis
1982 - L'Etoile du Nord, de Pierre Granier-Deferre
1982 - L'Honneur d'un capitaine, de Pierre Schoendoerffer
1981 - Mille milliards de dollars, de Henri Verneuil
1981 - Une étrange affaire, de Pierre Granier-Deferre
1981 - La Guerre du feu, de Jean-Jacques Annaud
1981 - Hôtel des Amériques, de André Techiné
1981 - Coup de torchon, de Bertrand Tavernier
1981 - Beau-Père, de Bertrand Blier
1981 - Le Choix des armes, de Alain Corneau
1981 - Est-ce bien raisonnable ?, de Georges Lautner
1981 - Conte de la folie ordinaire, de Marco Ferreri
1981 - Il faut tuer Birgit Haas, de Laurent Heynemann
1980 - Les Ailes de la colombe, de Benoît Jacquot
1980 - Un mauvais fils, de Claude Sautet
1980 - Loulou, de Maurice Pialat
1980 - Le Guignolo, de Georges Lautner
1980 - Pipicacadodo, de Marco Ferreri
1980 - Allons z'enfants, de Yves Boisset
1979 - Les Soeurs Brontë, de André Techiné
1979 - Tess,de Roman Polanski
1979 - Buffet froid, de Bertrand Blier
1979 - Le Manège, de Jean-Pierre Jeunet
1979 - Le Toubib, de Pierre Granier-Deferre
1978 - L'Adolescente, de Jeanne Moreau
1978 - Une histoire simple, de Claude Sautet
1978 - Ils sont fous ces sorciers, de Georges Lautner
1978 - Le Sucre, de Jacques Rouffio
1978 - Flic ou voyou, de Georges Lautner
1978 - La Clé sur la porte, de Yves Boisset
1977 - Rêve de singe, de Marco Ferreri
1977 - Un taxi mauve, de Yves Boisset
1977 - Le Juge Fayard dit le shérif, de Yves Boisset
1977 - Des enfants gâtés, de Bertrand Tavernier
1977 - Mort d'un pourri, de Georges Lautner
1976 - Mado, de Claude Sautet
1976 - La Dernière Femme, de Marco Ferreri
1976 - Le Locataire, de Roman Polanski
1976 - Barocco, de André Techiné
1976 - Comme la lune, de Joël Seria
1976 - Le Crabe tambour, de Pierre Schoendoerffer
1976 - On aura tout vu, de Georges Lautner
1975 - Le Juge et l'Assassin, de Bertrand Tavernier
1975 - Un sac de billes, de Jacques Doillon
1975 - Adieu poulet, de Pierre Granier-Deferre
1975 - Sept morts sur ordonnance, de Jacques Rouffio
1975 - Les Galettes de Pont-Aven, de Joël Seria
1975 - Souvenirs d'en France, de André Techiné
1975 - Un divorce heureux, de Henning Carlsen
1975 - La Cage, de Pierre Granier-Deferre
1974 - Pas de problème !, de Georges Lautner
1974 - Lancelot du Lac, de Robert Bresson
1974 - Vincent, François, Paul et les autres, de Claude Sautet
1974 - Les Seins de glace, de Georges Lautner
1973 - L'Horloger de Saint-Paul, de Bertrand Tavernier
1973 - Deux hommes dans la ville, de José Giovanni
1973 - La Valise, de Georges Lautner
1973 - La Grande bouffe, de Marco Ferreri
1973 - Touche pas à la femme blanche, de Marco Ferreri
1973 - Le Train, de Pierre Granier-Deferre
1973 - Charlie et ses deux nenettes, de Joël Seria
1973 - La Race des seigneurs, de Pierre Granier-Deferre
1973 - Les Corps célestes, de Gilles Carle
1973 - Le Mariage à la mode, de Michel Mardore
1972 - César et Rosalie, de Claude Sautet
1971 - La Veuve Couderc, de Pierre Granier-Deferre
1971 - Liza, de Marco Ferreri
1971 - Le Chat, de Pierre Granier-Deferre
1970 - Max et les Ferrailleurs, de Claude Sautet
1970 - Les Choses de la vie, de Claude Sautet
1970 - La Liberté en croupe, de Edouard Molinaro

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