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DOSSIERS DIVERS



FACTEUR D'ORGUE, UN MÉTIER AUX MULTIPLES FACETTES

Sous les voûtes sacrées où il œuvre des heures durant à une température qui rend le moindre courant d’air désagréable, le facteur d’orgue est à la tâche. La lente restauration de l'instrument a débuté voilà quelques semaines, rythmée par les rentrées d’argent et par un désir de perfection qui ne le quitte pas...


LE FACTEUR D’ORGUE

Le facteur d’orgue a ses idées sur la place de l'art et de l'artiste. C'est un être attentif et observateur qui scrute le moindre détail, la moindre imperfection. Le facteur d'orgue doit souvent faire preuve d'imagination pour résoudre les problèmes de restauration qu'il rencontre : puissance sonore, réverbération, humidité... Dans bien des cas, la solution ne se trouve pas dans les manuels mais ailleurs, là où l'expérience de terrain apporte sa vérité.


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Son travail alterne entre tradition et modernité. Quand il travaille dans son atelier, il martèle à la batte les plaques d’étain et de plomb ou assemble les souples mégisseries d’agneau sur les soupapes en cèdre rouge. Outre le travail délicat du métal et du bois, les études d'aujourd'hui le conduisent à se former dans le domaine de l'électrotechnique et de la numérisation des registres ; un parcours obligatoire pour répondre à toutes les demandes et exigences actuelles, sans oublier les connaissances musicales et acoustiques qui doivent être d'un niveau d'excellence.

Si l'atelier est généralement consacré à la restauration et à la construction des pièces dans le lieu même où l'orgue a pris place, le facteur devient parfois un harmoniste chargé de corriger l'instrument en fonction de l'acoustique du lieu.


LE JOUR ATTENDU

Le jour tant attendu arrive enfin. Au fond d’une nef romane, accroché en surplomb, le monument de plusieurs tonnes est enfin restauré au bout de plusieurs semaines d'efforts. Celui-ci doit absolument sonner d'une façon magnifique. Les bourdons, chamades, trompettes et larigots doivent répondre parfaitement aux multiples jeux et à leur combinaison, avec souvent à la clé le sourire du travail bien accompli.

Pour arriver au résultat escompté, le facteur d'orgue aura préalablement dû jongler avec quelques impératifs économiques ; un équilibre financier parfois difficile qui ne peut se résoudre qu’en connaissant parfaitement l'instrument et les techniques qui seront nécessaires à l'aboutissement du projet, comme nous l’explique Michaël Walther, facteur d’orgues et formateur CNFA.


LA FACTURE DE L’ORGUE

Michaël Walther : "Je crois que les musiciens savent qu’on est musicien à des degrés divers. Dans la facture d’orgues se posent de nombreux problèmes acoustiques, notamment ceux relatifs aux différences entre une salle vide et une salle pleine, en l’occurrence souvent une église. Sachant que pour l’orgue la problématique est marquée, car on ne peut agir a posteriori : une fois l’instrument en place, il n’est plus possible de le bouger ! En revanche, arranger la salle dès le départ en faisant en sorte de disposer des coussins sur les bancs, permet de pallier la grosse différence de réverbération. Dans le même ordre d’idée, un autre problème peut apparaître lorsque la paroisse ou la cathédrale est en cours de restauration : la modification du crépi change l’acoustique des lieux."

"Un autre aspect est à souligner, à savoir l’habitude prise par l’organiste d’entendre un instrument dans un état donné. Lorsqu’une restauration est accomplie, ensuite rien ne va plus !"

Parce que l’orgue ne sonne plus ?

"En fait, la poussière des tuyaux a été enlevée et il sonne mieux... Le problème se situe là. Veut-on que l’orgue sonne comme avant ou pas ? Pour nous, c’est le problème acoustique. En facture d’orgue, aucun standard n’existe au niveau du clavier. Une relative liberté d’action permet de mettre un clavier large ou étroit. Pour le piano, les choses sont réglementées. Alors, a été instaurée une sorte de code « éthique », qui consiste à reproduire la même division que pour le piano. Toutefois chacun est libre d’agir comme il en a envie. Au niveau des pédales, la même liberté existe. Elles sont disposées en fonction de l’instrument, de l’idée qu’on s’en fait."

"Pour nous, le point très important est de savoir écouter le musicien. À une certaine période le facteur d’orgues savait « tout faire ». Cette époque est révolue. Au CNFA, je travaille pour que nos futurs apprentis n’aient plus cette image. Désormais, la facture d’orgue s’entoure de musiciens, profite de leurs conseils afin de résoudre les problèmes de division de claviers."

"En ce qui concerne l’oreille que l’on forme, cela révèle un grand malaise, celui des difficultés dans l’apprentissage des enfants à la musique et dans l’éducation de l’oreille. Dans l’orgue, tout passe maintenant par l’électronique, face à des haut-parleurs. En tant qu’individu, « j’ai » une perception de la chose. Le son que « je » viens de faire ne se mélange pas de la même manière que celui d’un autre facteur, mais il me plaît. Le problème est donc d’éduquer, tout en recherchant une perception du « juste milieu » (qui ne s’obtiendra jamais...). La richesse des instruments tient peut-être à la variété des configurations. Il n’existe pas d’orgues à tout jouer. En revanche, la formation de nos oreilles de tous les jours est primordiale. Il faut savoir cultiver cette différence."


L'ORGUE ÉLECTRONIQUE

L’orgue électronique – le nom est impropre, et la facture d’orgue se bat pour une autre dénomination – possède aujourd’hui une qualité sonore de plus en plus proche de l’orgue à tuyau. L’orgue électronique a mieux intégré la quintessence du son. Auparavant, la technique consistait en un échantillonnage sur quelques notes puis, logarithmiquement, de renvoyer le résultat sur clavier. Cela ne fonctionne pas de cette manière. La voie humaine n’est pas parfaite en tant que caractéristique propre de l’espèce humaine et de l’oreille humaine. L’oreille se forme.

De ce point de vue, l’orgue électronique est « trop parfait », et donc ennuyeux à l’écoute. La solution adoptée maintenant est d’échantillonner chaque note. Le problème se reporte sur la restitution du son car l’oreille avertie sait détecter la différence entre un haut-parleur ou une colonne d’air mise en vibration. Ce type d’instruments trouve toujours sa place aux salons de Francfort et à Musicora. Les nouveaux modèles additionnent les tuyaux couplés avec des haut-parleurs. Au début, cette démarche était associée à l’aspect visuel, les tuyaux étaient en aluminium sans biseau. Aujourd’hui, leur fonction est celle d’un résonateur.

Les progrès de qualité de ces instruments ne sont pas envisageables en facture traditionnelle à cause du coût. Toute la question est de savoir à quel public on s’adresse. S’il s’agit du grand public, ces instruments peuvent constituer une solution pour vendre une première approche de l’orgue et pour rappeler la finalité première d’une entreprise !


Reportage sur le Centre de Formation de la Facture d'Orgues d'Eschau (Alsace)

(source : Chambre de Métiers d'Alsace - 2014)


En facture d’orgue proprement dite, la moyenne nationale des effectifs d’une entreprise est de 3,6 personnes. La facture d’orgues est donc quelque chose d’ultra-polyvalent. Michaël Walther : "Notre métier est très vieux (trois siècles avant J.-C.). Nous sommes incapables d’avoir des ateliers modernes, numériques, car financièrement il est impossible d’assumer de telles charges, ni la même puissance, ni la même réactivité que d’autres secteurs peuvent atteindre."

"Cela est très délicat. La répartition des coûts se fait entre 80 % de main d’œuvre – dont 15 % d’étude – et 20 % de matière. En fait, quand un instrument est vendu, la marge bénéficiaire est quasiment nulle, voire négative sur les instruments neufs. Il y a plus à perdre en vente d’instruments neufs qu’en entretien, en accord, et en dépoussiérage d’instruments déjà existants. Ces activités plus « lucratives » permettent à une entreprise de vivre. En résumé, nous avons les mêmes problèmes que les autres secteurs de la facture instrumentale, mais avec une importante inertie d’adaptation."

(source Musique & Technique)

ADRESSE UTILE : Centre National de Formation d'Apprentis Facteurs d'Orgues


  par PATRICK MARTIAL