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Portail sur la musique et les claviers modernes : piano, synthétiseur et orgue.

PÉDAGOGIE



JOUER AVEC AISANCE FACE AU PIANO

Le défaut commun à beaucoup de musiciens débutants est le manque d'aisance, qui confine parfois à de la paralysie. Il suffit à une personne adulte ou à un enfant de se mettre au piano pour que ceux-ci perdent la totalité de leurs moyens ou presque. Les articulations deviennent incapables d'exprimer un sentiment musical et la leçon de piano devient pour eux une abomination et ne croyez pas que j'exagère !


LE MANQUE D'AISANCE

Une personne adulte capable de conduire son véhicule avec une certaine décontraction ou un enfant apte à jouer avec son ballon d'une façon libre se transforme soudain en statue de pierre quand il s'agit d'affronter le redoutable instrument. Je dois, le plus souvent, trouver le bon mot ou la phrase qui met à l'aise.

Les conséquences d'un manque d'aisance peuvent être terribles pour la personne qui le vit, surtout lorsque ce comportement se reproduit de façon systématique à chaque cours. L'élève s'enfonce alors dans une incertitude de plus en plus pesante.


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Ce qui peut l'extirper de ce chaos intérieur sont les progrès qu'il accomplit sur l'instrument. C'est une chance, pour lui, de se faire confiance… par la preuve. Or, les résultats sont extrêmement liés avec la qualité du travail qu'il accomplit.

En premier lieu, l'observation et la perception que l'élève a de lui lorsqu'il travaille son morceau ou ses exercices sont de la plus haute importance. Il est toujours important de pratiquer son instrument à des moments ou l'on est le plus apte à se concentrer sur soi-même, tout en se sentant libre intérieurement. L'instrument ne doit pas se travailler sous une contrainte quelconque, sinon la décontraction, et par voie de conséquence, l'aisance, ne trouvera pas sa place.

Avez-vous remarqué lorsque l'on regarde un pianiste aguerri, le sentiment de facilité qui se dégage en regardant la mobilité de ses doigts ou de ses mains ? Cela paraît facile, n'est-ce pas ? Les phrases musicales se déroulent et s'imbriquent naturellement les unes aux autres, les déplacements des mains sont précis et le pianiste impressionne par une sorte de décontraction naturelle. Rien ne laisse transparaître une quelconque impossibilité, pour lui, de poursuivre l'exécution de son morceau. Si nous transportons cette observation sur un autre terrain que la musique, celui du sport par exemple, qu'observons-nous ?


SPORT ET MUSIQUE… MÊME COMBAT !

Quand un élève est en manque de réussite, qu'il doute de ses capacités, qu'il manque de confiance en lui, je n'hésite pas à évoquer le sport, qui représente pour beaucoup de gens le symbole du courage et de la volonté individuelle.

On retrouve dans le sport beaucoup d'analogie avec la musique, sur le plan mental comme sur le plan physique. L'endurance, la persévérance, la maîtrise de soi, la concentration sont quelques-unes des qualités mentales que le sportif doit posséder. Sur le plan physique, l'énergie, la force, la souplesse et la détente sont les atouts que le sportif, par un entraînement régulier, doit consolider. N'oublions pas la gestuelle qui, même si elle ne contribue pas directement à un résultat, apporte à certains sports une élégance rare.

Le sportif, s'il est en mesure d'observer ses réelles aptitudes au moment de l'effort, s'il n'est pas dans une sorte d'ambition qui le pousse à aller au-delà de ses capacités physiques, a toutes les chances d'exercer son activité favorite avec une certaine décontraction. L'énergie qui est alors produite n'est pas tendue, elle reste fluide et sous contrôle.

Quand le mouvement sportif est correctement exécuté, il y a osmose entre l'action et son résultat. Cela se produit dans la plupart des sports et quel que soit le niveau du sportif. Seule la puissance, la rapidité, l'endurance ou la précision font la différence d'un individu à un autre.

Prenons l'exemple du tir à l'arc, sport qui demande concentration et maîtrise technique. Tout le rituel du mouvement a été répété des centaines, des milliers de fois par l'archer. Calmement, celui-ci tend la corde jusqu'à sentir la tension idéale. Il maîtrise sa stabilité, le bras tendu, ferme mais pas raide, jusqu'au moment où tous les éléments se conjuguent pour que, en lâchant la flèche, celle-ci atteigne son but.

Auparavant, l'archer aura lancé des centaines de flèches qui seront parties, ici et là, sans atteindre le centre de la cible. Sans se décourager, il aura recommencé son geste en essayant de l'améliorer jusqu'à atteindre une sorte de perfection gestuelle qui concilie la volonté au résultat.

J'aurais pu, bien sûr, évoquer d'autres sports, comme le tennis, avec ses effets techniques de balle liftée ou lobée à un lieu précis du court. Combien faut-il lancer de balle pour arriver à cela ? … 1 000, 10 000 ? Et le football… sport collectif par excellence, qui apprend à tous ses pratiquants que le résultat est toujours lié à la qualité interactive des éléments de l'équipe. On retrouve toute cette importance au sein de l'orchestre où un seul musicien est capable de nuire à tous les autres s'il n'est pas en symbiose avec ce que réclame sa tâche.

Chaque sport développe une école de pensée, une aptitude physique spécifique tout comme la pratique du piano n'est pas à comparer avec celle de la guitare ou du violon. Chaque pratique instrumentale transporte avec elle son histoire et une technique liée à un travail physique bien particulier.

Quand un cycliste apprend à contrôler sa résistance et sa puissance en grimpant un col, il apprend également à contrôler sa souffrance dans un combat d'égal à égal avec lui-même. Quand un sprinter prend le départ pour un 100 mètres, il se doit de réaliser en quelques secondes ce qui prend des mois de travail intensif. Un mauvais départ, une mauvaise concentration et ce sont des mois d'entraînement qui sont perdus. Il n'y a donc pas de réelles différences entre le sport et la musique si ce n'est que la place donnée à la sensibilité, à la création, à un monde spirituel et impalpable appartient d'avantage au monde artistique qu'à celui du sport. Mais la pratique, l'entraînement et tout ce qui en découle rapprochent ces deux mondes qui sont à première vue très différents. La musique comme le sport sont donc assez semblables sur le fond.


L'AISANCE GRÂCE AU JEU COLLECTIF

Le musicien qui joue en orchestre et cela quel que soit son niveau technique est toujours soumis à une obligation de résultat, il n'a pas le choix. Que ce soit en exécutant une partition ou une improvisation, le musicien est toujours face à lui-même, avec ses forces et ses faiblesses. C'est pour cela, qu'il est de la plus haute importance, lorsqu'un élève commence à entretenir un rapport plus libre avec son instrument (je ne parle pas ici de niveau technique… c'est autre chose), qu'il aille consolider son aisance par la pratique de la musique en collectivité.


JOUER À DEUX, C'EST BIEN. À TROIS OU QUATRE, C'EST MIEUX !

Le duo nécessite au départ une bonne entente. La communication est directe alors qu'à partir d'un trio, elle commence à se diffuser. De même, le rôle tenu par les instruments varie en fonction du nombre des participants et du style choisi. C'est pour le musicien, à chaque fois, le terrain de la découverte et de l'enrichissement par l'expérience. Suivant l'instrument pratiqué, le répertoire et le mariage des sons avec les autres instruments peuvent convenir ou pas. Il faut parfois adapter la partition en conséquence.

Jouer à plusieurs demande un effort personnel, un engagement, qui dépend le plus souvent d'un désir profond de partager ses émotions avec d'autres musiciens. La pratique musicale en collectif renforce souvent l'image que l'on a de soi en tant que musicien. Au début, on n'ose pas, car l'on pense que le niveau technique que l'on possède n'est pas suffisant. On cherche le plus souvent des excuses pour pallier un manque de confiance en soi. Or, qu'il y a-t-il de plus réjouissant pour un musicien que de partager des émotions avec la musique ?

Si la musique n'était pas basée sur le partage, elle n'aurait aucun intérêt, sauf pour des intellectuels en mal d'identité. Lorsqu'un musicien a goûté aux joies de la musique en collectivité, il se dégage toujours un optimisme, un bien-être. La musique est régénératrice. Le chant, parce que plus organique, dégage toujours des ondes positives. N'importe quelle personne chantant en chorale vous le dira !


LES MESSAGES DE LA MUSIQUE

Quand les messages de la musique sont compris, ils ne servent pas l'individu à un moment de sa vie, mais pour la vie entière. Là, se situe toute la différence entre la personne qui se trouve libérée par la pratique de la musique et celle qui, en la pratiquant, en est toujours son esclave.

La technique n'a rien à y voir. La musique de blues que je propose aux élèves abordant l'improvisation en est un bon exemple. Sans utiliser aucun effet technique, en montrant un jeu très simple et compréhensible, en jouant seulement sur l'intonation et l'assemblage rythmique, j'arrive à démontrer que la musique est avant tout basée sur l'écoute et sa culture.

Certes, la technique facilite l'apprentissage de l'instrument, mais sur le fond elle n'apporte pas à l'individu des réponses concernant le pourquoi de la pratique instrumentale. C'est d'ailleurs une réflexion essentielle que tout futur musicien devrait se poser avant d'aborder la musique.

Lorsqu'on rattache la musique à une observation basée uniquement sur des valeurs techniques, on oublie ses origines et ses vraies valeurs dynamiques qui sont l'émotion, la simplicité et l'authenticité. Dans le cas contraire, c'est la course à la technique pour la technique. Celle qui enflamme une minorité de personnes, mais qui laisse de côté tous les autres à cause d'un message inaccessible pour eux.

L'intellectualisation de la musique a poussé des musiciens et des compositeurs à aller bien au-delà de ce que j'appelle la "référence culturelle", c'est à dire des compositions et par voie de conséquence des interprétations délivrant un message universel et non pas élitiste. Comme il n'existe pas de limite en musique et que sa seule limite est celle qu'en fait l'homme, rien n'empêche celui-ci de puiser dans ses ressources jusqu'à développer une technique éblouissante, sans faille. Mais ce musicien hors-norme se préoccupe-t-il, le moins du monde, du message musical qu'il délivre ? N'y a-t-il pas là, une raison pour qu'il se perde lui-même ?


L'AISANCE PAR LA PRÉPARATION INTÉRIEURE

La majorité des personnes qui vienne à la musique sont sans préparation intérieure. Ce n'est pour moi qu'un constat de plus de 30 années d'expérience pédagogique.

Qu'est-ce que la préparation intérieure ?

Une façon "intelligente" de percevoir la musique et son éducation et qui doit être accomplie avant d'aborder l'instrument lui-même. Si l'on met la "charrue avant les bœufs", c'est-à-dire si l'on se précipite sans préparation personnelle dans l'apprentissage d'un instrument, on sera rapidement confronté à des insuffisances qui obligera à faire d'incessants retours en arrière ou de revoir son rapport avec son instrument au fil de son évolution. Ceci rendra la tâche de la pratique instrumentale plus lourde. La musique, lors de son apprentissage, délivre des messages qui doivent être en adéquation avec la perception et la maturité musicale de celui qui apprend. Comme je le répète souvent, la musique en soi n'est pas difficile mais son chemin est long. Le musicien s'apparente plus à un coureur de fond qu'à un sprinter. Un démarrage en "trombe" provoque parfois des essoufflements dont on ne se remet pas !

Pour apporter cette préparation intérieure, plusieurs moyens existent :

1 - La culture musicale.

Point de départ pour toute personne s'intéressant à la musique, elle est pourtant souvent insuffisante. Déjà, pas mal de questions s'évaporent quand on possède une certaine culture. Il faut écouter beaucoup de musique et pas forcément celle qui vient naturellement à l'esprit, mais en développant de la curiosité envers des courants musicaux qui au premier abord ne vous interpellent pas.

2 - L'analyse musicale.

Elle consiste à faire connaissance avec l'histoire de la musique et ses courants, de la place et du rôle tenu par chaque instrument, qu'il soit accompagnateur ou soliste. Il ne faut pas voir la musique en privilégiant, de façon égocentrique, son instrument, ce qui est extrêmement réducteur et ne reflète pas du tout la réalité du monde musical. Chaque instrument a joué et joue un rôle dans sa relation avec les autres. Sa technique, son rôle et sa place évoluent avec le temps. Comprendre ce rapport, c'est percevoir son instrument avec un regard plus juste et plus réaliste. Des ouvrages de vulgarisation sur l'histoire de la musique existent, que ce soit en musique classique ou contemporaine.

3 - Le but à atteindre.

Les ambitions sont souvent modestes au départ ou alors démesurées par méconnaissance du sujet. Mais quand la confiance vient et que les progrès suivent, les projets parfois s'installent et le rêve également… la musique, alors, vous ouvre ses premières portes secrètes !

4 - Le style musical et ses obligations.

Travailler de la musique improvisée ou écrite ne demande pas la même approche pédagogique, ni les mêmes aptitudes. Ceci est valable aussi bien du coté de l'élève que de l'enseignant. Il existe le désir et la réalité, chacun n'allant pas forcément dans la même direction. Si la musique écrite apporte un résultat sonore cohérent après quelques mois de pratique instrumentale, il n'en est pas de même avec la musique non-écrite. Le résultat sonore d'une musique non-écrite (musique improvisée) est très aléatoire et dépend essentiellement de la personnalité de celui qui la pratique. Si elle apporte un vent de liberté au musicien, elle lui demande en retour un travail personnel plus abouti. Ce travail doit prendre en compte la culture, les idées créatives et être toujours en adéquation avec les capacités techniques de celui qui la pratique.

La "préparation intérieure" apporte un travail de réflexion entre son désir immédiat d'apprendre la musique et les lois qu'elle impose. Elle apporte très souvent à celui qui la pratique, des leçons d'humilités. En découvrant ses multiples chemins, le musicien apprend à devenir son serviteur. Il ne peut donc imposer aux autres que ce qu'il a compris, analysé pour lui-même, et pour cela, il doit dégager son esprit de toute idée préconçue. L'esprit ainsi libéré de toute enclave, de tout mécanisme de pensée réductrice, peut alors s'ouvrir aux messages universels que délivre la musique.

  par ELIAN JOUGLA