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TECHNIQUE ET MAO



LE PROTOCOLE MIDI EST-IL TOUJOURS UTILE ?

Il y a 30 ans, beaucoup de musiciens prétendaient que l’arrivée de l’audio via l’échantillonnage annonçait la mort du protocole MIDI à court terme. Aujourd’hui, si son utilisation n’est plus aussi avantageuse que par le passé, le MIDI conserve toujours ses fameuses prises et quelques dispositions qui peuvent rendre encore bien des services…


LE MIDI POUR MÉMOIRE

Si le MIDI n'est pas mort avec l'arrivée du sampling, il serait bon de préciser aux retardataires de service quelques notions de base…

Le MIDI ou 'Musical Instrument Digital Interface' est une norme de transmission sur laquelle tous les fabricants d'instruments électroniques se sont mis d'accord au début des années 1980. Il succédait au standard 'CV gate', qui était alors le seul moyen d'interfacer des synthétiseurs analogiques, lesquels avaient déjà bien du mal à tenir l'accord pour que le 'CV gate' ait le développement de son successeur (pour info, sachez que l’on peut encore trouver aujourd’hui des convertisseurs MIDI/CV pour les anciens synthés). Ce protocole de transmission digital suppose une sortie dans l'instrument qui émet, et une entrée dans celui qui reçoit. Dans la pratique, le MIDI se traduit par des prises DIN à cinq broches que la plupart des claviers électroniques, boîtes à rythmes ou séquenceurs portent depuis près de 40 ans.


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© NonLinear Educating

On a beaucoup critiqué le MIDI, notamment à propos de sa vitesse. C'était surtout catastrophique pour transférer des échantillons : le MIDI est vingt fois plus lent que la durée de l'échantillon, d'où des tentatives d'un MIDI accéléré, et en dernier lieu d'un protocole passant par des prises SCSI. Un super MIDI a été créé il y a déjà longtemps par Lone Wolf, mais il est probable que votre home studio n'en n'ait pas besoin... La réponse la plus courante aux limitations du MIDI est de multiplier les prises : chaque nouvelle prise offre 16 canaux de plus et 3.000 octets par seconde de débit supplémentaire. Quels que soient les défauts du MIDI, l'industrie s'en sert depuis son avènement sans qu'aucune de ses améliorations n'ait fait date...

En revanche, le MIDI s'est étendu à des choses assez différentes que de faire jouer un Do d'un piano à un autre. La norme avait prévu de pouvoir transférer des codes de contrôle pour les molettes ou les pédales, ces codes pouvant être affectés à des vibratos, des chorus, etc. Elle avait également prévu de permettre le transfert des configurations d'un synthé à un autre, le fameux MIDI dump. Avec le dump, on peut configurer deux synthés de la même marque et du même modèle, de la même façon. On peut enregistrer le dump en l'envoyant sur un ordinateur, puis, en le lui faisant recracher, on reconfigurera le synthé exactement à l'identique. La plupart des séquenceurs vous proposent d'ailleurs d'enregistrer la configuration au départ du morceau et de la recharger au moment de le rejouer : c'est le meilleur moyen pour que la partie de piano reste du piano et la partie de guitare, une guitare !

Pour savoir qui doit jouer une note, le MIDI utilise des canaux. On est donc supposé mettre un synthé sur un canal donné, ou sur des canaux divers si c'est un clavier genre workstation : un canal pour la mélodie, un pour la basse, un pour l'accompagnement, un pour la batterie, etc. Le numéro de canal se règle sur l'instrument ; les séquenceurs MIDI sachant jongler avec ces numéros. Pour savoir quel synthé on configure, les dumps sont des messages de type "System exclusive" qui contiennent l'indicatif du constructeur et celui du modèle. Tout cela était fort beau jusqu'à ce qu'on arrive à faire des samplers avec une mémoire conséquente...

Les samplers identiques pouvaient échanger leurs échantillons avec des dumps, mais on s'est rapidement dit que c'était gâcher le métier ! Après tout, n'importe quel sampler devrait savoir utiliser n'importe quel échantillon à l'aide de quelques calculs élémentaires pour tenir compte des fréquences d'échantillonnage et de la définition qui pouvait être différente. C'est alors qu'apparut le MIDI standard sample dump qui mettait tous les échantillonneurs d'accord. Sauf que, comme on l'a vu, l'augmentation de la taille des mémoires a fini par rendre les temps de transfert ahurissants, si bien que l'on préfére aujourd'hui transférer par un réseau SCSI autrement plus rapide.


MIDI FILE ET TRANSFERT

C'est bien joli tous ces séquenceurs qui ont leurs propres formats, mais comment transférer une séquence ?. L'arrivée du MIDI file allait apporter une première réponse.

On peut toujours les brancher l'un sur l'autre et transférer en MIDI... s'ils sont sur le même bureau ! Pour envoyer une séquence de Tombouctou à Adélaïde, le plus simple était alors en ce temps-là une disquette. Vu le peu de gourmandise du MIDI, à condition d'avoir un format de fichier standard, cela ne posait pas de problèmes. Évidemment, on a généralement moins d'informations sur un MIDI file que sur un format propriétaire, mais là aussi, ce standard a été considéré comme satisfaisant pendant plus de dix ans. Par la suite, le standard a évolué : de type 0 il est passé à 1, avec des nuances pour Karaoké et éditeurs de partitions.

D'autre part, et bien que des petits futés se soient rapidement servis du MIDI pour autre chose que de la musique (des commandes de lumière, en particulier), on a fini par inventer un standard pour télécommande de machines (enregistreurs, en particulier), le MMC : MIDI Machine Control. Vous avez en fait quelque chose du genre sur vos claviers, c'est la piste de batterie. Elle ne monte pas de gamme : chaque numéro de note est affecté à un instrument de percussion déterminé, parfois sérigraphié le long du clavier. Entre temps, les premières idées de code de synchronisation se sont avérées insuffisantes pour l'utilisation de séquenceurs MIDI avec la vidéo et on a vu apparaître le MIDI Time Code (MTC) qui était une transposition du code de TV/cinéma SMPTE (Society of Motion Picture Technical Engineers).


LE MIDI EN GÉNÉRAL OU LE ‘GENERAL MIDI’

Avec les instruments MIDI qui voulaient communiquer il existait un problème : la piste 2, enregistrée avec une trompette sur un synthé A, devenait un concert de klaxons sur le synthé B ! Il a donc été décidé une fois pour toutes de mettre des numéros identiques aux instruments les plus courants. On a donc défini des familles d'instruments qui garantissent qu'un piano joué par une séquence sur un synthétiseur Général MIDI donnera aussi un piano sur un autre synthé GM avec la même séquence.

On aurait pu penser que cette norme allait faire plaisir à tout le monde, mais non ! Sur ce coup, le GM n'a pas forcément créé l'unanimité, d'autant que son précurseur était le GS de chez Roland. Yamaha fera également le sien. Un des problèmes du début du MIDI venait de ce que personne n'était obligé de gérer tous les codes prévus. En passant d'un synthé à clavier dynamique, à un autre qui n'a pas cette caractéristique, on avait comme une surprise au niveau du rendu sonore. Fort heureusement, par la suite, tout le monde s’est plus ou moins mis d'accord, d'autant que si la réalisation d'une dynamique de clavier n'est pas simple, mécaniquement, les calculs de dynamique sont, eux, relativement faciles à faire. Autrement dit, on a généralement beaucoup plus de possibilités sur un instrument MIDI en le pilotant depuis un séquenceur, qu'en en jouant directement : hasards de la technique...


LE PETIT ‘MIDI’ FUTÉ

L'enregistreur MIDI est un "séquenceur intelligent". Il enregistre les notes jouées, avec tous leurs paramètres : hauteur, moment du jeu, durée, vélocité de la frappe, appui sur la touche... On enregistre aussi en pratique tout ce que vous faites subir à des curseurs, boutons ou pédales sur votre clavier : les molettes, les alpha dial, les sélections d'instruments, etc. Comme les notes ont bêtement des numéros successifs (le Do du "milieu" du clavier valant 60, le Do dièse, 61, le Ré 62, et ainsi de suite...), il est assez facile de transposer une partition en MIDI !

Par exemple, pour transposer d'une quinte, on ajoute 7 à tous les numéros de notes et pour une octave on ajoute 12. Il n'est pas beaucoup plus compliqué d'accélérer le tempo puisqu'on multiplie toutes les durées par 110%, par exemple, on passera d'un tempo de 100 à un tempo de 110. Pendant qu'on y est, puisque le MIDI a un métronome que vous pouvez régler et utiliser, si vous ne jouez pas bien en mesure, le séquenceur pourra arrondir les durées pour que vos notes tombent sur des temps ou des fractions identifiables de temps : c'est la "quantisation".

Ce n'est pas tout ! Il est assez facile de caler une mélodie sur un rythme de groove venu d'ailleurs. En ajoutant 10 à toutes les valeurs de vélocité, on rendra le jeu plus nerveux. En jouant sur les paramètres d'expression au lieu de ceux des notes, on peut moduler a posteriori les profondeurs des flangers ou les fréquences des trémolos. Chaque fois, il s'agit d'un calcul simple.

Aujourd'hui, le MIDI reste encore un instrument de recherche et de mise au point mélodique ou harmonique fort intéressant car il est très facile à utiliser et sûr. Couper/coller pour corriger une fausse note, enrichir un accompagnement, en particulier si votre séquenceur permet le punch in et punch out automatique. Dans ce cas on présélectionne le moment où on va enregistrer et le moment où on arrête, puis on lance la lecture un peu avant le premier point, on entend le morceau, au moment du punch in, on joue la correction jusqu'au punch out. Ce genre de possibilité est disponible sur toutes les versions pro des séquenceurs courants. Si votre outil d'enregistrement audio ne permet pas d'utiliser des pistes MIDI, il est généralement synchronisable avec un séquenceur MIDI dans le même ordinateur.

Le protocole MIDI n'est donc pas avare de possibilités diverses. De plus, iI n’y a pratiquement pas de limites d’expression puisque celles-ci sont toujours liées aux instruments connectés. Finalement, avec le protocole MIDI on souffle le chaud et le froid en fonction de son énergie à savoir programmer correctement !

Par J. Poncet (Piano Web - 08/2020)


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