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QU'EST-CE QU'UN GRAND COMPOSITEUR ? COMMENT LE DÉFINIR ?

Mathieu

On qualifie très souvent comme grand compositeur les musiciens classiques. Personnellement je n'ai rien contre la musique classique, mais j'aurais aimé connaître votre position sur ce sujet ?



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Un grand compositeur, c'est à peu près la même chose qu'un grand écrivain ou un grand peintre : c'est un créateur dont les œuvres sont capables de survivre à l'épreuve du temps, tout en touchant un grand nombre de personnes.


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De cette définition qui semble aller dans le bon sens peut surgir une certaine confusion conduisant elle-même à quelques contradictions. Prenons un exemple… Qu'il y a t-il de commun entre les compositeurs Paul McCartney et Mozart ? Un grand amour pour la musique populaire ? Oui, certainement ! Pourtant, il nous est difficile de mettre sur un même plan ces deux compositeurs, surtout si nous observons attentivement leur époque, leurs styles, et leurs ambitions respectives.

Certes, pour Paul McCartney, il est historiquement encore un peu tôt, mais supposons un instant que certaines chansons du ‘songwriter' de Liverpool continuent de prospérer après sa disparition pendant des décennies, voire des siècles ! Paul McCartney doit-il alors être considéré comme un grand compositeur à l'égal de Mozart ? Oui ? Aux yeux des contemporains que nous sommes, il nous est difficile d'admettre une telle hypothèse…

La notion de grand compositeur serait-elle réservée seulement à la déclinaison classique ? Georges Gershwin, avec un pied dans le jazz, a-t-il composé l'opéra Porgy and Bess seulement pour rentrer dans la cour des grands ? McCartney n'a-t-il pas créé Liverpool Oratorio, une œuvre classique avec huit mouvements ? Comme eux, d'autres compositeurs de musique dite ‘légère' ont un jour tenté ce genre d'aventure, parfois pour s'affronter personnellement, parfois pour combattre certains de leurs détracteurs.

Ainsi, pour porter crédit à la notion de grand compositeur, il serait donc nécessaire de composer des œuvres imposantes, ‘sérieuses' (opéra, symphonie, concerto, etc.), pour avoir le vague espoir d'être reconnu à sa juste valeur. Exit alors la ‘chansonnette' glissante comme une savonnette, exit les chansons enfantines, qui ont pourtant traversé les siècles, et dont les auteurs, souvent des troubadours, ne sont connus que de quelques musicologues.


CONSERVATISME ET MODERNISME

Autre détail qui a son importance… De nombreux compositeurs classiques (ou pas) ont été à l'avant-garde de leur époque. Ils ont fait preuve d'audace en rejetant ou en repoussant les limites préexistantes. De là sont nées de nouvelles formes d'expressions pas toujours comprises ou acceptées par leurs semblables. Pourtant, c'est bien là que se situe le balancier entre deux façons de concevoir la créativité : celle qui existe à travers des normes reposant sur le passé, le ‘conservatisme', et celle qui s'ouvre vers l'avenir et que l'on qualifie généralement de 'modernisme'.

C'est grâce à de trop rares compositeurs audacieux que surgissent bien souvent les révolutions musicales ! Aujourd'hui, on ne remet plus en cause le modernisme de Bach, toutes les petites notes légères de Mozart, les pompeuses orchestrations de Wagner ou les couleurs discordantes de Stravinsky ! Pour autant, il ne faut pas rejeter ceux qui n'ont pas eu l'audace de faire bouger les lignes : Brahms, Strauss ou Schubert ont utilisé les formes musicales de leur temps sans éprouver le besoin de les transformer. Il n'est pas nécessaire de s'appeler Satie ou Varèse pour être un grand compositeur, même quand l'audace n'est pas la priorité des priorités !

Ces façons de concevoir humainement la créativité existent également dans toutes les autres formes de musique, dans l'histoire du jazz, du rock, etc. La détermination a franchir le rubicon est toujours personnelle. Pour chaque créateur, c'est une question de vision et de personnalité. Le ‘conservatisme' apporte la stabilité, la sécurité, tandis que le ‘modernisme' provoque et enflamme les esprits curieux.

À ce titre, le 20e siècle a bien été celui des remises en question. Un siècle provocateur où l'on a répudié les écritures établies, sans ambages. Les compositeurs Varèse et John Cage, chacun dans leur domaine, font partie de ces musiciens qui ont expérimenté et beaucoup exploré sans pour autant faire vibrer un large public. Ainsi surgit le mariage heureux ou malheureux entre musique populaire, musique provocatrice et expérimentale ; un lien invisible qui apporte au compositeur sa grandeur ou sa décadence, sa renommée ou son anonymat.


AUTRES PHRASES ASSASSINES…

Si l'on exclue ceux qui ne sont ni de grands mélodistes, ni de grands novateurs, ceux qui restent ont fort peu de chance d'être un jour célèbre et de passer à la postérité. De même, ce n'est pas parce qu'un artiste est incompris de son vivant qu'il est forcément un génie. Ce serait trop simple !

L'inverse est également vrai : un compositeur peut connaître le succès de son vivant et ses œuvres devenir rapidement obsolètes pour différentes raisons (style, mode, sonorité, orchestration, etc.). Les voies qu'empruntent l'histoire des succès musicaux (tubes) et l'histoire de la musique sont en général indépendantes.

Aujourd'hui où tout va très vite et où la stabilité et les repères volent en éclats, il est très difficile de savoir quels seront les compositeurs que l'histoire retiendra. Retiendra-t-elle la dimension sociale, économique, voire révolutionnaire de l'artiste, ou tout simplement sa popularité et son œuvre ? En musique, comme dans d'autres formes artistiques, il existe souvent de l'injustice. Ainsi, le génie de Bach a pris du temps pour être reconnu à sa juste valeur, tandis que Stravinsky a eu la chance de connaître une renommée mondiale de son vivant… Toutefois, l'époque et les circonstances n'étaient pas les mêmes !

  par ELIAN JOUGLA



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