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LES PIANOS EN GARES, UN CONSTAT MITIGÉ QUI DÉCRIBILISE LA MUSIQUE

Que faut-il penser de ces pianos acoustiques installés dans les halls de gares ? Cela fait quatre années que cette initiative a été prise par la SNCF, et à en juger la carte actuelle d’implantation fournit par la Société des chemins de fer, le phénomène aurait tendance à gagner du terrain. Doit-on voir dans cette expansion une réussite du projet ?


LE "PIANO EN GARES" SE JOUE DES NOTES QU'ON LUI ATTRIBUE


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Écouter du piano quand on patiente, l’idée n’est pas mauvaise, encore faut-il que le ou la pianiste mérite de poser ses doigts sur le clavier sans faire entendre de fausses notes… ce qui n’arrive pas souvent. Initiée par Luke Jerram, un artiste anglais qui d’ailleurs s’adonne plus à la sculpture qu’au piano, on aurait pu croire à un coup médiatique éphémère, mais non, la SNCF qui en a repris l’idée a tenu bon, au point de créer un concours dont nous avions commenté le résultat ici : Le lauréat du concours "Piano en gares".

À première vue, entre le piano et la SNCF, il n’existe aucun rapport, comme il n’a jamais existé de rapport entre le métro, les musiciens qui y jouent, qui galérent, et le film « Subway » de Luc Besson ! N’étant plus depuis fort longtemps un effet d’annonce sans conséquence, le voyageur doit-il s’en amuser ou s’armer de patience comme les boutiquiers du hall qui n’ont rien demandé ?

Entendre à l’occasion un pianiste de passage qui daigne, pour le fun, interpréter quelques belles envolées musicales pourrait être une bonne idée s’il existait un minimum de conditions à cela. Or, de toute évidence, la SNCF a préféré jouer la carte du ‘libre accès’ en offrant un petit espace au piano et au ‘musicien occasionnel'. Par contre ce qui ne manque pas, ce sont les voyageurs qui braquent leur smartphone pour immortaliser la scène du pianiste ou du duo improvisé qui partage durant quelques minutes une sorte de complicité. La suite vous la connaissez… La vidéo se retrouvera sur le Net et fera peut-être le buzz jusqu’à ce qu’un nouveau candidat se présente.

Face à ces morceaux improvisés, c’est le tout venant qui prend les devant. Les voyageurs ont droit à tout, pour le meilleur comme pour le pire : ici une « Marche Turque » de Mozart massacrée où là un « Imagine » qui fera certainement regretter la disparition de John Lennon, sans oublier les tubes incontournables de la BO d’Amélie Poulain ou l'adaptation sanguinaire et répétitive d’une ligne électro !

Alors que la plupart des pianistes professionnels considèrent la musique comme une discipline qui demande respect, l’instrument en un tel lieu perd un peu de son âme et de sa superbe... Parfois, il ne peut éviter d’être pris pour un instrument de répétition. Et que dire de ceux qui l’affrontent directement en recherchant un air qui leur trotte dans la tête, mais qu'ils ne trouvent vraiment jamais ?

On peut se gausser de certaines performances ou être enthousiasmé par d’autres, mais cette relation à la musique renvoie une image faussée, la nivelant le plus souvent vers le bas. La situation ne se déroule pas dans un magasin de musique ou le moindre des débutants teste naturellement un piano, nous sommes ici dans un lieu de passage, ouvert au tout venant ; les faits ne se déroulent pas dans une salle de spectacle, dans un cadre où ceux qui aiment la musique respectent également l’artiste qui s’y produit.

Vous comprenez qu’à travers ces quelques lignes, je suis plutôt opposé à ces expériences qui, sous leurs aspects sympathiques, décrédibilise nettement le rôle positif et ascensionnel joué par la musique dans la société, sans oublier les magnifiques messages qu’elle nous renvoie. « Les pianos en gare » ne font qu'ajouter de la confusion en permettant à une forme artistique de s’y déployer sans aucun repère. Les valeurs se cassent la figure. Pourquoi pas demain de la danse ou un dessinateur de portrait ? Au demeurant, rien ne l’interdirait avec l'accord de la SNCF. Le métro parisien et ses musiciens ne sont-ils pas déjà un bon exemple à méditer ? Aujourd’hui, la contamination gagne quelques grandes surfaces. Mais où va-t-on ? Dès lors, une question se pose : "où doit s'exprimer le musicien qui fait la manche ? Dans la rue, à la terrasse d'un café ou à présent dans une gare ?". Pauvres gens et surtout pauvre musique !

  par ELIAN JOUGLA