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Portail sur la musique et les claviers modernes : piano, synthétiseur et orgue.

PÉDAGOGIE



L'IMPACT DE LA SENSIBILITÉ MUSICALE SUR L'INTERPRÉTATION

« La fibre artistique », l’avez-vous ou croyez-vous l’avoir ? Nous commençons toujours par ressentir avant d‘agir. Le désir, c’est autre chose. Quand nous écoutons une musique et que celle-ci focalise notre attention, nous avons toutes les chances de manquer d’objectivité, car le jugement que nous portons sur elle est toujours filtré par de l’expérience personnelle...


L’AFFECTIF, UNE QUESTION DE DOSAGE

Les théories et techniques ne suffisent pas à cerner tous les aspects de la musique. L’aborder sur ces seuls versants conduirait, d’un point de vue pédagogique, à une impasse. On peut légitimement penser que la psychologie a une influence certaine sur l'individu et son rapport vis-à-vis de sa sensibilité à recevoir et à percevoir la musique et les sons.



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Certains enseignants imaginent que l’affectif se développe au fil des études musicales, ce qui sur le fond n’a pas grand sens, et pas d’avantage quand cela se produit au détour d’une réussite passagère. Tout ce qui touche aux émotions, au ressenti, ne peut être analysé et compris d’après des normes ou des hypothèses aussi savantes soient-elles. Ce qui est certain, c’est qu’un musicien a besoin d’une dose de sensibilité pour aboutir musicalement, et qu’il doit apprendre à la canaliser pour l’exprimer au mieux quand il joue. Cette condition est d’autant plus importante s’il ressent parfois dans son for intérieur une émotion exacerbée l’envahir au point de lui couper tous ses moyens.

D’autres musiciens ont à l'inverse un rapport plus mesuré envers leur sensibilité. Extérieurement plus nonchalant, ils sont comme détachés, donnant le sentiment d’être imperméable aux émotions, de ne point vibrer, comme si leur affect était en sommeil. Or, dans les faits, le résultat d'une interprétation atteste parfois du contraire.


OUVRIR LES PORTES

Si la sensibilité est en « sommeil », il existe pourtant des moyens. Ceux-ci passent par la diversité des musiques abordées. Il faut tout d’abord rechercher celle qui déclenchera des réactions positives sans distinction de styles. Cela permet de découvrir des associations d’instruments différents, avec des sons, des harmonies et des rythmes qui le sont tout autant. Cette recherche prise tôt, dans l’enfance, à plus de chance d’aboutir qu’à l’âge adulte, non pas que cela soit impossible à atteindre, mais plus difficile  le terrain de la découverte ne suffisant pas.

Inciter au dialogue, à exprimer ses impressions sur une musique favorise l’éclosion d’affinités musicales personnelles. La musique doit être perçue en « ligne directe », sans faire appel à un « mode d’emploi », sans aucune condition préalable. Cet éveil sensoriel à la musique est rarement abordé de cette façon dans les Conservatoires et écoles de musique quand vient le moment de partager des musiques dites « cérébrales », jugeant qu’une écoute superficielle est largement insuffisante pour les apprécier à leur juste valeur. Or, s'il est vrai que certaines musiques réclament une « oreille attentive », n’est-ce pas la mélodie, la première, qui nous relie le plus souvent à nos émotions ?

Pour qu'elle se manifeste, il est important de lui trouver une place où elle pourra s’exprimer librement. Si un élève pianiste souhaite improviser, il doit le faire, et s’il préfère jouer une musique légère, il ne doit pas se l’interdire sous prétexte que celle-ci le fera passer à côté d’expériences soit disant plus enrichissantes.

L'apprenti musicien devrait toujours travailler la musique en ayant un miroir face à lui, de façon à mieux contrôler le « dressage » que lui impose ses études musicales parfois vide de sens. La musique est aussi une question d’indépendance. En partant de là, on évite grandement de se retrouver bloquer, littéralement coupé de sa sensibilité, après des années d’études exigeantes et de travail purement mécanique. Courir vers un objectif calqué sur une voie tracée par d’autres n'est pas toujours la meilleure façon de se trouver et de s'épanouir.

Tout comme la fibre artistique décrète des aptitudes à ressentir et à vibrer, la sensibilité musicale ne doit pas être un « détail » qu’il faut ajouter au dernier moment quand vient le moment de jouer. Dans ce cas, il est souvent trop tard, et la technique n’y fera rien car la sensibilité vit dans une « dimension psychologique » qu’on ne peut inviter sur commande. C’est pour cette raison que l'affect est indispensable et qu’il doit être constamment aux côtés des progrès accomplis.

À travers ce discours, on comprend tout de suite l’ascendance négative que peut avoir le maître sur son élève quand l’expression musicale n’est pas soumise à une attention toute particulière. Même sur un instrument comme le piano où les sons sont déjà organisés, où il suffit d’appuyer sur une touche pour obtenir une note nuancée, il va de soi que l’interprète doit dépasser le simple stade du déchiffrage et de la technique pour recevoir tout le bénéfice de ce qu'est la musique.

Quand la sensibilité brille par son absence, l’œuvre travaillée et mis au point durant des heures, des jours, tant sur le plan du déchiffrage que la virtuosité, conservera cette froideur que l’on condamne parfois à juste raison. Sans cœur, toute exécution est vouée à sa perte. La perfection doit inclure l’affectif et le son se charger d’émotions. Il ne peut en être autrement.

par ELIAN JOUGLA

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