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SOFIANE PAMART, LE PIANISTE AMOUREUX DE MÉLODIES SOYEUSES

Chez les pianistes, il y a ceux qui interprètent le répertoire classique, ceux qui pratiquent le jazz ou encore ceux qui s’enflamment au son du rock. Et puis il y a les autres, des pianistes qui, sans renoncer totalement à leur éducation musicale, succombent à d’autres musiques. Parmi eux, Sofiane Pamart, un pianiste qui, après avoir fréquenté le milieu du rap, fait salle comble depuis qu’il a publié son premier album, Planet, en 2019…


SUR LES BANCS DU CONSERVATOIRE

© Salvatore Lana wikipedia (logo Sofiane Pamart - travail personnel 08/2017)

Au départ, tout commence sur les bancs du conservatoire avec une éducation musicale conduite à l'affût de quelques grands classiques. On peut peut-être s’étonner de cette entrée en matière quand on apprend que le jeune homme a grandi dans l'ombre de quelques rappeurs. Pour autant, quand on possède des dispositions, qu’importe le choix de la musique si on sait la traduire avec de bonnes intentions, n’est-ce pas ?

Ce sont ses parents, les premiers, qui s'aperçoivent que le petit Sofiane possède une bonne “oreille” et que, surtout, il prend du plaisir à relever les mélodies qui passent à sa portée. « Sur un jouet à douze touches, je reproduisais des mélodies que j'entendais à la télé. » dit-il. Et le voilà, à sept ans, reçu au conservatoire de Lille pour suivre un enseignement des plus classiques.

L’apprentissage de la musique est souvent une excellente façon de se révéler, et à travers le piano, Sofiane découvre un monde qui le passionne et le transforme. La maman, professeur de lettres, est une personne exigeante et Sofiane, comme d’autres élèves de son âge, doit s’appliquer à suivre les cours de musique, année après année, pour gravir les différents paliers. Puis la récompense ultime arrive : une médaille d’or de fin d'étude bien méritée.

Dans l'enfance de Sofiane, à côté des cours du conservatoire, il y a aussi la rue, celle de la banlieue lilloise, les potes également, et surtout un oncle branché hip-hop qui a toute la connaissance requise et l’attitude du parfait connaisseur de la street culture. Pour Sofiane, ce monde-là, si différent du conservatoire, l’attire : « Tous ces grands, j'avais envie de leur ressembler (...) C'est comme ça que s'est développée mon histoire d'amour avec le rap. » raconte-t-il. (1)


SOFIANE PAMART : 'PLANET'
De l'ambiant joué au piano où le coucher de soleil s'invite

UN PONT ENTRE PIANO CLASSIQUE ET MUSIQUE URBAINE

« J'ai la chance de m'épanouir au piano » dit-il. Cette réflexion provoquée, pour une grande partie, par l'éducation musicale reçue, lui a permis de développer un regard personnel sur la musique.

Après ses études de conservatoire, Sofiane ressent cet étrange sentiment de liberté retrouvée. Les salles de concerts classiques, il n'en est pas question ! Il est à un cap de son existence qui lui intime de passer à autre chose… Et cet autre chose, c’est le rap. Le pianiste s'encourage. Il doit rencontrer cet autre chemin, comme s'il avait quelque chose de personnel à raconter : « La carrière de virtuose classique ne m'intéressait pas parce que je rêvais de la vie de rappeur (...) extrême, avec des moments de grâce, de vertige. » (1)

Une fois la décision prise, la vie de Sofiane va basculer et s’accélérer. Quand il fonde le groupe Rhapsodie, il démontre son savoir-faire en imposant le piano comme l'égal des autres instruments utilisés dans le rap. Mieux encore ! Il va effacer son image conservatrice d'instrument de musique classique et l'intégrer dans les codes de la musique urbaine en l'enrichissant de diverses harmonies. Sa volonté de devenir un pianiste de rap venait d'aboutir de façon magistrale.

Même si rien n'est jamais simple, instinctivement, le désir de collaborer avec divers rappeurs est pour Sofiane une nécessité, une raison d'être. Il y aura Kery James, Maes, Scylla, Joey Starr… mais aussi quelques autres ouvertures dont les dérivations sont à rechercher du côté d'Arno, le chanteur Belge, ou du côté de la chanteuse de soul Kimberose et du slameur Grand Corps Malade.

Conforté par ces expériences, Sofiane décide de passer à une offensive plus personnelle et ambitieuse en s'attaquant à Planet (2019) ; un premier album consacré autour du piano avec 12 instrumentaux parcourant les paysages naturels ou urbains de la planète (Letter, paru au mois de février 2022, étant le second).

Chez Sofian Pamart, les résurgences musicales sont nombreuses et facilement décelables pour peu que l'on ait un minimum de culture classique et jazz : Frédéric Chopin et Erik Satie d'un côté, Bill Evans et Keith Jarrett de l'autre (tout en précisant que les compositions du pianiste sont généralement enclins à être très structurées).


UN LOOK ÉTUDIÉ

Sur scène comme dans ses clips, le pianiste de 31 ans cherche farouchement à se démarquer, et pas uniquement sur un plan musical. Son dada : son apparence vestimentaire. En cela, il épouse le comportement de quelques jeunes divas du piano classique. Le pianiste aime changer d'aspect. La mise en images se veut soignée. Le voici avec un bob en vinyle noir vissé sur sa tête ou là, avec le regard dissimulé derrière des lunettes rondes. Ce côté vestimentaire, il en est aussi question quand il chausse d'élégantes boots ou lorsqu'il cherche à faire ressortir une imposante chaîne en argent sur un sweat-shirt blanc... Ou encore quand il revêt un long kimono de soie rapporté du Japon (à voir dans le clip Love).

Ces différentes tenues trouvent certainement leur raison d’être, surtout dès qu'un artiste refuse délibérément d’être catalogué, ceci pour éviter d’entrer dans une case choisie par d’autres. Sofiane fait partie de ces être-là et il justifie le soin qu'il apporte à son apparence comme une façon de se protéger dès que son image de pianiste s'impose aux yeux des gens qui l'admirent ou qui le découvrent.

Si son apparence vestimentaire est plutôt anachronique, elle est aussi très tendance dans la culture urbaine, tout comme le luxe, celui des grandes marques qui frappent déjà à la porte. S'en amuse-t-il ou est-ce une preuve que le marketing domine tout ? Agit-il en artiste ou en homme d'affaires ?

Une partie de la réponse se trouve dans ses diverses activités puisque le jeune homme, en plus d'être pianiste, est également un entrepreneur, président d'une start-up spécialisé dans la programmation informatique, "Youpiano", et actif auprès de la société "88 Touches Production" spécialisée dans le secteur de l'enregistrement sonore et de l'édition musicale.


SOFIANE PAMART : 'CHICAGO'
Pamart flirtant avec le jazz, au festival de Montreux.

UNE TOURNÉE EN FORME DE ‘LIGHT-SHOW’

Sofiane aime le contact, et sur les réseaux sociaux, il le fait savoir. Le résultat ne se fait pas attendre et de plus en plus d’internautes finissent par adhérer à sa musique. Aux fatidiques clips promotionnels pleins de bonnes intentions, une tournée a été mise est mise en place cette année. Sofiane est heureux de jouer et il veut transmettre tout cet amour. Lors des concerts, les salles se remplissent ; un véritable mirage dans un monde musical si contrasté, capable de s'enflammer autour d'un artiste un jour pour s'éteindre le lendemain dans l'indifférence ou la lassitude.

L’artiste est très vigilant. Le piano doit être perçu comme un objet précieux. Chaque concert est admirablement servi par une mise en scène précise du jeu de lumières. Des lasers sont requis et balayent le piano de leurs couleurs pour "faire voyager intensément les gens", ce qu'apprécie tout particulièrement Sofiane.

Son succès actuel lui offre la possibilité d’enchaîner de nombreuses dates et il est certain que tôt ou tard le pianiste passera non loin de chez vous. L'artiste revendique des "spectacles qui embrassent plusieurs genres", d'où son intime conviction que ses concerts s’apparentent davantage à un show plutôt qu’à un récital comme le ferait un concertiste classique. Dans une ambiance futuriste où une voix d'aéroport s'élève, le public est invité à "partir pour une aventure émotionnelle". Sofiane Pamart joue avec la corde sensible des spectateurs et en retour ceux-ci s'enflamment et en redemandent.

Cette position artistique, qui relève d’un plaidoyer pour faire découvrir le piano autrement, contribue quelque part à fidéliser un jeune public autour d’un instrument, le piano, dont l’image reste parfois conditionnée à des idées toutes faites. À travers son instrument, Sofiane à cette intelligence de vouloir raconter des histoires qu’il parvient à communiquer au plus grand nombre. Ses titres jouent plutôt sur la retenue que sur l’expansion, c’est-à-dire en évitant de s’exprimer uniquement sur un plan démonstratif, comme le font, hélas, un grand nombre de pianistes classiques.


SOFIANE PAMART : ‘LOVE’ (de l'album 'Letter')
Un titre romantique à souhait

Face aux quelques critiques qui s’élèvent, Sofiane répond simplement que c’est son amour des mélodies qui le guide, même celles « qui ont du feu en elles, tels le tango, le flamenco », ajoutant : « Je ne veux pas que ma musique soit savante. Je veux surtout toucher les cœurs. » (1)

Au fond, que cherche Sofiane ? Si son objectif est de "moderniser" l'image du piano, il est en bonne voix, d'autant que le côté élitiste qui entoure l'instrument lors de certains concerts le démontre aisément. Son ambition démesurée se trouve dans ce qu'il nomme "the piano revolution", et qui consiste à composer une musique populaire et de qualité, à l'image de Chopin, tout en étant aussi incorrect que les rappeurs.

Le "Piano King", tel qu’il se surnomme sur Instagram, admet ce challenge : « Je veux être le numéro un mondial du piano, je me suis autoproclamé roi avant de l’être, comme tout prétendant au trône... C'est comme ça qu'on arrive aux plus grandes prouesses ». D’ailleurs, après l’intimité (toute relative) de la salle Pleyel, au mois de février dernier, Sofiane Pamart invite dès à présent ses fans à venir l’écouter à Bercy, en novembre prochain, pour un spectacle en solitaire tel qu’il les aime, dans ce lieu historique où d’autres avant lui ont laissé des traces de leur passage, Lady Gaga et les Daft Punk, pour ne citer qu’eux.

par ELIAN JOUGLA (Piano Web - 03/2022)

1. Florence Panoussian - © 2022 AFP


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