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DÉCHIFFRER UNE PARTITION : MAINS SÉPARÉES OU MAINS ENSEMBLE ?


LE COURRIER DES INTERNAUTES



M. Coudri

Bonjour,

Je suis un autodidacte qui me suis remis au piano à plus de 50 ans (j'en ai 56) et il y a toujours une question que je me pose et à laquelle des «  pro » me répondent toujours de façon très floue ! Faut-il toujours travailler séparément chaque main et attendre de bien maîtriser le morceau avant de travailler les deux mains ensemble ? Bien cordialement M. Coudri.


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Que des enseignants ou des « pro », comme vous les appelez, ne vous répondent pas de façon précise, c’est que votre question est plus délicate qu’elle ne le laisse supposer. En effet, le jeu à deux mains réclame en même temps une coordination et une indépendance. Coordination, car lors d’un déchiffrage de partition, le jeu de chaque main est complémentaire l’un de l’autre pour former un tout plus ou moins complexe à dix doigts ; et indépendance, car le rythme de la main gauche et de la main droite (voire de chaque doigt) sont continuellement différents.

Une fois exposée ces bases qui poursuivent n'importe quel pianiste, quel que soit son niveau et sa pratique, le choix du travail « mains séparées » ou «  mains ensemble » repose sur plusieurs critères qui doivent être étudiés au cas par cas ; c’est-à-dire en fonction de son degré de pratique et de la partition qui se présente à soi.

Les principaux critères relatifs au déchiffrage d’une partition sont les suivants :

  • 1 – Le niveau de pratique en déchiffrage : lecture de notes (sol et fa), figures rythmiques, indépendance main droite/main gauche.
  • 2 – Le niveau technique du pratiquant : expérience, souplesse des doigts, morphologie…
  • 3 – Le niveau de difficulté de la partition (ou d’un passage de celle-ci).
  • 4 – La personnalité du pratiquant : concentration, mémoire, anticipation, rapidité… bref : tout ce qui touche de prés ou de loin à la gymnastique cérébrale.

LE NIVEAU DE CONNAISSANCE

Puisque vous êtes un musicien autodidacte et que vous avez déjà pratiqué par le passé, vous savez que le niveau de connaissance - sous-entendant une dose plus ou moins importante de pratique personnelle -, est tout de suite inféodé à la difficulté technique de la partition à déchiffrer.

Si, généralement, on conseille tout d’abord à un débutant de « décoder » une partition les mains séparées, c’est qu'en principe l’expérience et la technique ne sont pas au rendez-vous (ou l'un des deux facteurs). Alors oui, pour répondre frontalement à votre question, le déchiffrage « mains ensemble » ne s'improvise pas, surtout tant que l'on ne maîtrise pas les différents aspects techniques de la partition. Quand un enseignant fait l’erreur de forcer un pianiste débutant dans un déchiffrage direct à deux mains, il peut provoquer chez lui une peur panique qui lui fera vivre la lecture de partition comme quelque chose de redoutable ou d’insurmontable. Voilà à coup sûr une bonne façon de le dégoûter de la lecture de notes ! De même, au stade des erreurs, quand on pratique le piano tout seul sans l’appui ou les conseils d’un professeur, on estime parfois assez mal la difficulté technique d’une partition. On est plus souvent guidé par le désir de jouer celle qui fait envie plutôt que d’avoir une démarche plus progressive et attentive.


LE DÉCHIFFRAGE « MAINS SÉPARÉES », « MAINS ENSEMBLE »

En soi, le déchiffrage « mains ensemble » offre d’énormes avantages, mais à condition de savoir coordonner de façon équilibrée l’expérience personnelle à la difficulté de la partition : on peut, en quelques minutes, obtenir un résultat sonore globalement satisfaisant de la partition. Il est possible de survoler les principales difficultés d’une partition au bout de la troisième ou quatrième lecture pour un pianiste aguerri. Bien sûr, plus l’œuvre sera conséquente en durée comme en difficulté, plus elle demandera du temps et de l’attention pour être conduite à bon terme. Il arrive parfois qu’un simple déchiffrage « superficiel » apporte, sans rodage particulier, beaucoup de satisfaction. Tout dépend du degré d’estimation que l’on a de la partition et de l’aspect artistique de son interprétation ; tout le monde ne désirant pas devenir un pianiste concertiste de haute volée !

Surtout, ne maudissez pas la pratique du déchiffrage « mains séparées », car celle-ci possède aussi quelques points positifs. Certes, pour jouer la partition, vous devrez recourir à trois étapes distinctes et successives qui seront : le déchiffrage de la main droite, puis de la main gauche (ou inversement) et enfin les mains ensemble, qui demeure le moment le plus difficile.

En conséquence, on serait tenté de croire que le déchiffrage « mains séparées » demande plus de temps pour obtenir le même résultat que si on travaillait directement avec les «  mains ensemble ». Cette hypothèse est vraie mais avec quelques nuances. L’expérience et le niveau doivent être correctement planifiés. Généralement, ces critères conduisent toujours le pianiste à évaluer la difficulté d’une partition avec plus de discernement, parfois même sans qu’il ressente le besoin ou la nécessité de poser ses doigts sur le clavier. Alors, dans ce cas, le déchiffrage « mains ensemble » s’impose de lui-même.

Le principal avantage des « mains séparées » est de mieux examiner toutes les difficultés techniques, pratiquement note après note. Cette approche est utile pour construire avantageusement le bon doigté d’une mélodie ou d’un enchaînement d’accords quand celui-ci n’est pas indiqué. En travaillant « mains séparées », on focalise son attention différemment, notamment dans tout ce qui concerne les détails purement techniques. Outre le doigté, cela permet de travailler indépendamment l’amplitude des déplacements des mains dans certains passages, comme lors du déchiffrage d'un ragtime ou d'un boogie.

A l’inverse, le jeu « mains ensemble » est toujours soumis à une vue justement d’ensemble. Il est donc plus exigeant. C’est avant tout une question de coordination des gestes et de la pensée. Pour obtenir un grand niveau de précision et de subtilité de jeu dans l’immédiateté, il faut être en possession de cette combinaison pour obtenir quelque chose d’essentiel : L'AISANCE… Et c’est justement grâce à cette aisance que vous permettrez au plaisir de s’épanouir. C’est pourquoi, je conseille toujours de déchiffrer une partition techniquement à sa portée, qui ne réclame pas un trop grand investissement en temps et énergie. C’est une question d’équilibre entre le désir et le résultat. Le dénouement doit être toujours heureux.

Souvent, quand vient le moment d’abandonner le jeu « mains séparées », le premier conseil avisé de tout bon professeur sera généralement de vous faire observer que c’est la main gauche qui dirige la main droite (dans le cas d’un pianiste jouant en solo) ; la main gauche étant la main d’accompagnement, le support harmonique. A cela s’ajoutent les nuances de jeu (piano, forte, legato, piqué…) qu’il est difficile de prendre en compte tant que l’on joue « mains séparées ». L’adjonction de la seconde main entraîne forcément des modifications dans le jeu global. Un ajustement s’impose obligatoirement au moment où les deux mains jouent ensembles, et cela peu prendre plus ou moins du temps en fonction de ses capacités techniques et cérébrales.

Je laisse volontairement de côté le tempo, le feeling et autres « réjouissances » qui viennent se rajouter à l’édifice et qui compte, pourtant, autant que le reste, si ce n’est plus. Il y aurai tellement à dire !

En conclusion, il ne faut pas voir dans l’apprentissage du déchiffrage « mains séparées » ou « mains ensemble » un choix qui devrait s’imposer de lui-même, mécaniquement ou par décision arbitraire. Il y a dans ce domaine une bonne dose de subtilité, de finesse. Vous devez apprendre à évaluer la difficulté de la partition, à bien connaître vos limites. En fait, vous devez être en mesure de trouver le bon dosage entre difficulté et satisfaction. Vous devez retenir également que le choix de l’un ou de l’autre de ces deux moyens ne doit pas être mis en concurrence.

Alors, mains séparées ou mains ensemble ? Le sentiment qui voudrait que le déchiffrage « mains séparées » soit un procédé de débutant est une erreur, car dans le fond, au final, seul le résultat compte. N’est-il pas vrai ?

  par ELIAN JOUGLA

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