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Portail sur la musique et les claviers modernes : piano, synthétiseur et orgue.


HISTOIRE DE LA MUSIQUE ET DES INSTRUMENTS



LE WURLITZER, LE PIANO ÉLECTRIQUE PRÉCURSEUR

Déjà évoqué à plusieurs reprises dans le site, le « Wurlitzer » est le premier piano électromécanique à faire date dans l’histoire des instruments de musique. Apparu au cœur des années 50, le petit clavier allait créer une petite révolution dans les habitudes des pianistes amateurs comme professionnels…


LE WURLITZER, EN REMONTANT LE TEMPS…

C’est en remontant dans le temps que l’on saisit toute l’importance du piano électrique Wurlitzer…

« Ce léger piano électrique a des lames de métal en guise de cordes » disait alors une des nombreuses publicités de l’époque. Il est exact que ce clavier-là était un précurseur pour bien des raisons… Aux États-Unis, pays très réceptif et ouvert en ce qui concerne le domaine des inventions, il n’existait pas encore au début des années 50 de clavier léger et transportable, doté d’une amplification et susceptible de se rapprocher de la mécanique du piano acoustique.


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Une photo publicitaire ventant la portabilité du Wurlitzer

Déjà, en comparaison de l’imposant orgue Hammond et ses 200 Kg bien tassés, les 34 Kg du piano électrique Wurlitzer était un poids plume ! (le modèle 200 qui sortira à la fin des années 60 ne pèsera plus que 25 kg).

Dès sa mise en circulation, le petit clavier se révèle aux yeux des pianistes comme l’instrument idéal pour la scène en se transportant comme une grosse valise (voir photo) ; ceci grâce à ses quatre pieds en bois qui se dévissent en quelques secondes. N’oublions pas qu’en 1954 – année officielle de son lancement - l’électronique miniaturisée n’est pas encore présente, ce qui procure au Wurlitzer une avancée technologique considérable dans le domaine des instruments électriques.


CONCEPT ET FONCTIONNEMENT DU « WURLITZER »

Le concept du piano électrique Wurlitzer est dû à Benjamin Miessner, un ingénieur détenteur d’environ 200 brevets dans des variantes se rapportant au son et à la musique. Citons le rhythmicon (1931), première boîte à rythmes électroniques, l’Orgaton, un orgue électrique (1934) et même un violon et violoncelle électriques (1937) !

L’inventeur estimait que le petit piano était en mesure de dépasser le modèle acoustique par la richesse et la pureté de sa sonorité, tout en étant moins coûteux. En réalité, sans se lancer dans des comparaisons hasardeuses, outre son poids et son ergonomie, la grande nouveauté apportée par le Wurlitzer réside dans son principe de restitution sonore.

Benjamin Miessner présentant son piano électromécanique Wurlitzer

Se basant sur le piano acoustique, Miessner a l’idée de remplacer les cordes par des lames d’acier qui entrent en vibration par l’action mécanique des marteaux. Puis, comme sur un piano traditionnel, chaque lamelle possède un étouffoir en feutre qui vient arrêter la vibration dès que la touche est relâchée. Une pédale forte actionnée par un câble souple (modèle Bowden) accompagne le piano électrique et sert à éloigner les étouffoirs. Notons que sur les premiers modèles, la pédale était attachée sur le côté de l'instrument et ne sera finalement connectée directement sous l'instrument qu’à la fin des années 50.

Au moment de la vibration de la lame, celle-ci actionne par couplage électrostatique un préamplificateur de type à modulation de fréquence (Miessner était un grand spécialiste dans le domaine des ondes et de la radio). Ensuite un amplificateur de puissance (à tubes) et un haut-parleur incorporé complètent la partie technique du Wurlitzer ; l’inventeur précisant que les « pick-up » électrostatiques sont interconnectés de manière à donner un chevauchement du son d’une lame à l’autre. Dit autrement, l’oscillation émise est transformée en tension électrique puis préamplifiée, ce qui induit un courant dans un système de détection électrostatique utilisant une tension continue.

Les lamelles, plus ou moins longues en fonction de la hauteur de la note, sont solidaires d’un ‘peigne’ en métal. Chaque lame est pourvue d’une petite « goutte » de plomb qui sert à accorder la note. Pour avoir eu entre les mains l’un des premiers modèles à tubes importés en France (en bois, couleur crème), le Wurlitzer tient l’accord, bien mieux que le Fender Rhodes, fort heureusement d’ailleurs, car pour monter ou descendre la note, il aurait été nécessaire de modifier le poids du plomb ; c'est-à-dire en ponçant la « goutte » afin de monter la note ou au contraire en coulant un peu de plomb sur la lame pour obtenir l’effet inverse !


LE « WURLITZER » ET SES MODÈLES

Si la destiné de ce petit clavier est d’être devenu un instrument de scène par exellence en étant utilisé par de grands pianistes, au départ, les ambitions de Benjamin Miessner était d’en faire un instrument familial en permettant de jouer sans importuner le voisinage grâce à son entrée casque (qui coupe automatiquement le haut-parleur), comme le démontre l'image publicitaire ci-dessous.

À son contact, tout comme Ray Charles ou plus tard les Beach Boys et les Carpenters, le pianiste de jazz Oscar Peterson ne sera pas le dernier à vanter la qualité de ce piano électrique dans les années 60 : « Le Wurlitzer vous donne un ‘beat’ solide et un nouveau son pour jouer un jazz d’excellence », rajoutant : « Vous pouvez vous en servir partout où il y a une prise électrique et du plus il reste toujours accordé. » Joe Zawinul, futur claviériste de Weather Report l’adoptera également à la même époque au sein du quintette du saxophoniste Cannonball Adderley.

La commercialisation du « Wurly » a débuté en 1954 avec le EP110. Sa fabrication s’est poursuivie jusqu’en 1983 à travers d’autres modèles ; les premiers avec console et cadres intégrés, puis à travers des versions mieux adaptées à la scène et plus esthétique, avec pieds chromés et capot noir (rouge ou beige) plastifié. Le modèle le plus réussi est certainement l’avant dernier modèle, le 200A (utilisé notamment par le groupe Supertramp).

À dr. le modèle en bois des débuts et à g. le modèle 200A (source newlock.net)

Notons au passage des modèles atypiques : la version épinette avec boîtier en bois destinée à un usage domestique (1958-1962) - le modèle 720 était équipé de 145 tubes ! Plus rare encore, le 106P destiné à l’étude en classe et disposant de seulement 44 touches, sans HP ni pédale de sustain.


LE SON DU PIANO ÉLECTRIQUE WURLITZER

Bien que reposant sur un principe mécanique proche du Fender Rhodes, le son - sans traitement externe - est très différent en étant plus doux, plus rond en jouant piano, mais aussi plus sec et percutant que son concurrent en jouant forte. Contrairement au Rhodes, le Wurlitzer ne possède pas de réglage mécanique qui permet de modifier de façon globale son timbre en le rendant plus ou moins brillant. Ensuite, le sustain est nettement plus court et le son moins riche en harmoniques, ce qui entraîne pour le pianiste un type de jeu différent que sur le Rhodes. Le Wurlitzer s’accompagne d’un clavier de 64 notes (+ de 5 octaves), ce qui reste suffisant pour s’exprimer convenablement dans de nombreux styles de musique.


Deux extraits sonores distants de 20 ans et permettant d’entendre le modèle E120 (Ray Charles : intro de What did I say – 1959) et le modèle 200A avec utilisation de flanger (Supertramp : intro de Logical song - 1979)


Tout comme son rival, le piano électromécanique Wurlitzer subira le clonage dans un monde virtuel, sans toutefois parvenir à une émulation digne de l’original. D’ailleurs, ne faut-il pas garder de temps en temps une part de mystère, plutôt que de vouloir tout résoudre ou tout imiter ?

  par ELIAN JOUGLA

À CONSULTER

LES PIANOS ÉLECTRIQUE ET ÉLECTRONIQUES DES ANNÉES 60/70

LES CLAVIERS ÉLECTROMÉCANIQUES TAILLÉES POUR LA SCÈNE