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Portail sur la musique et les claviers modernes : piano, synthétiseur et orgue.

LES QUESTIONS DU CANDIDE



LES DISPOSITIONS POUR JOUER DU PIANO : TAILLE DES MAINS, OREILLE ET TESTS

Quels sont les principaux obstacles qui peuvent entraver l'étude du piano ? La taille des mains, l'oreille ? La question est difficile et délicate car, sur le fond, c’est au musicien de s’adapter à l’instrument et non le contraire. Aucun instrument ou presque ne permet d’échapper à cette vérité. Il est important d'avoir cela à l'esprit et d'en prendre conscience à chaque instant de son apprentissage...


QUAND LE PROFESSEUR DONNE SON AVIS...

Comme «  tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes », il n'échappera à personne que pour arriver à un bon niveau technique, une somme de travail conséquent doit être pratiquée en amont. La cause est entendue. Pourtant, chaque année, l'étude du piano entraîne dans son sillage de nombreux abandons, de nombreux renoncements à poursuivre. De mauvaises positions, de mauvais échauffements, voire pire, de mauvais conseils peuvent en être la cause.

De ce constat malheureusement mis sous silence pour apaiser les consciences, et dont les meilleurs représentants se font rarement l’écho – lors d’interviews, il faut bien scruter entre les lignes pour découvrir un grand musicien faire l’éloge de ses premiers pas dans la musique durant son enfance –, peuvent naître tout un tas de symptômes : stress, nervosité, fatigue, manque de concentration, doute, mais aussi, plus classiquement... des difficultés passagères ou épisodiques, des désaccords avec ses objectifs (qu'il faut préalablement bien cerner) ou encore des symptômes physiques plus ou moins graves - qui ne surviennent d’ailleurs pas tout de suite. C’est un peu comme si l’étude d’un instrument entraînait automatiquement des mécanismes de souffrance physique et psychique.


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Cet héritage, lourd à porter pour qui souhaite dédramatiser l’étude de la musique, met au pilori tout enseignant consciencieux vis-à-vis de sa tâche. La difficulté de communication, la précipitation, la course à l’élitisme, les fausses/bonnes raisons qui poussent à enseigner, peuvent à mon sens condamner la plupart des ambitions pédagogiques. Et en admettant comme naturel la réussite d’une minorité sous le couvert de dispositions naturelles, de talent ou de génie, on cautionne, on justifie, sans l’ombre d’un doute, un grand nombre d’échecs tout aussi naturel. Peu importe alors la somme de travail déjà accomplie, les appréhensions qui naissent et les remises en questions qui assaillent le pauvre élève au bout de quelques mois ou pire après quelques années de discipline !

Pour l'enseignant, la question est d’autant plus cornélienne quand il est face à un jeune enfant, quand son développement morphologique - hormis quelques aspects physiques significatifs (handicap moteur, défectuosité physique…) - n’est pas encore terminé. Face aux parents, il doit pourtant s’engager rapidement et donner un avis sur la suite à donner. Généralement, le professeur prend position en fonction de ses expériences personnelles et professionnelles, tant pédagogiques qu'artistiques, mais aussi en fonction de ses erreurs passées.

D'autre part, il est difficile pour un enseignant d’évaluer de façon juste le profil d'un jeune élève sans l'avoir préalablement évaluer durant une longue période (plusieurs mois). Malheureusement, face à la demande, face aussi à la pression des parents, à la direction des établissements ou tout simplement pour des raisons économiques, l’enseignant juge à la volée en plaçant très ou trop souvent au centre de ses priorités seulement les capacités directement liées à la technique de l’instrument, sans autre regard ou presque sur les autres particularités et signes qui peuvent contrarier ou freiner l’épanouissement de l'élève dans l'apprentissage de la musique.


UNE QUESTION D’OREILLE

Dans les pays de l'Est et dans certaines écoles ou conservatoires, la sélection des élèves s’effectue en testant prioritairement leurs aptitudes auditives. Cette capacité est certes importante, mais je ferais remarquer que si l’oreille est le guide du musicien, elle ne fera pas nécessairement de lui un artiste accompli. A contrario, il ne faudrait pas sous-estimer son importance quand on étudie un instrument à hauteur déterminée comme le piano, c’est-à-dire déjà accordé. Avoir une oreille juste, c’est développer avec plus de discernement la perception des sons et de leur homogénéité (consulter le cours La couleur et le timbre des accords). C’est dans leurs infimes nuances – parlantes pour celui qui possède une bonne oreille et totalement obscures ou hermétiques pour celui qui en est dépourvu – que l’on arrive à se diriger avec plus d’assurance dans la musique. Une oreille ça s’éduque, sauf si la personne souffre de troubles auditifs rédhibitoires. Dans ce cas, le problème est bien sûr de tout autre nature.


LA TAILLE DES MAINS

La première des «  choses » que tout enseignant regardera (parfois comme une fixation) c’est l’objet qui viendra au contact de l’instrument, c’est-à-dire les mains. Existe-t-il une main de pianiste idéale ? Non, certainement pas, bien que nombre d'enseignants prévilégient encore des mains aux doigts longs et effilés. La question revient souvent, et si elle nous ramène à la phrase écrite en introduction : « ... au musicien de s’adapter à l’instrument et non le contraire. », c'est souvent la partition qui, la première, pose problème...

S’adapter à des écarts atteignant le dixième quand on a des mains petites ou moyennes est impossible sauf à briser l’intervalle au lieu de le plaquer. Tout le monde n’a pas les mains de Liszt (pour faire simple et imagé), étant donné que ce compositeur proposait dans ses œuvres des intervalles parfois supérieurs à cet écart déjà imposant (plus de 20 centimètres).

Il n’existe aucun moyen pour changer cela. L’empan (1) de nos mains est ce qu’il est, et il faut vivre avec ! A moins d’adapter les œuvres en modifiant leurs écritures et en faisant crier aux puristes : «  C’est un scandale ! », une partie du répertoire classique échappera à de nombreux pianistes. Pour ce qui est des « musiques vivantes », comme la permissivité avec les écritures est généralement plus tolérante, il sera toujours possible de l’adapter à la morphologie de ses mains (sachant qu'un accord de Do majeur, joué do, mi, sol, aura toujours une plus grande profondeur sonore quand il sera renversé en do, sol, mi).

Pour une main d'adulte, je conseille souvent comme «  étalon » : l’intervalle de huitième ou octave (en plaçant la main au dessus des touches et non sur le bord de celles-ci). C’est un minimum, car il ne faut pas oublier qu'à l'intérieur de cet espace peuvent s'intercaler d'autres notes.

A la taille de la main vient s'ajouter sa robustesse et sa souplesse naturelle, sans oublier la constitution des doigts. Ces derniers doivent être suffisamment fins pour qu'ils puissent s’engager entre les touches noires. Un auriculaire assez long sera toujours préférable, comme pour le violon. Il est à noter que des articulations hyperlaxes (trop souples) peuvent engendrer des problèmes lors d’exécution de traits rapides (par exemple un staccato en octave avec un poignet trop souple).

Dans le domaine de la technique pure, il existe des exercices d’extension qui ont pour but de favoriser l'écartement des doigts entre eux, mais ceux-ci déforment les mains petites ou moyenne (le pouce notamment) au moment de la croissance.

Globalement, dans le jeu courant, si les grandes mains à la paume bien ouverte ont quelques avantages, dans un jeu de notes serrées, une main moyenne s’en sortira toujours mieux.

1 – Distance comprise entre l’extrémité du pouce et l’auriculaire quand les doigts sont écartés à leur maximum.


LES TESTS D’APTITUDES

Dans la mesure où ceux-ci peuvent être conduits dans de bonnes conditions (sur plusieurs semaines), ils peuvent avoir un certain crédit. Mais, pour aller dans ce sens, il faut y mettre la forme et obtenir le consentement de l’élève. Ces tests que je pratique à titre personnel ont pour but de cerner les aptitudes de chacun dans le domaine musical. Outre l’oreille, il est possible d’évaluer la concentration, la mémoire, le rythme, la lecture et la créativité. Ainsi, au bout de quelques semaines, j’obtiens une grille de lecture qui m’informe sur les capacités naturelles de l’élève et sur la conduite à suivre.

Un enseignant qui se respecte a pour devoir de ne pas laisser une personne dans l’illusion qu’elle sera un bon musicien surtout si son corps et ses réactivités naturelles ne sont pas adaptés à l’instrument. Pour cela, il faut du temps, de la patience et un travail d’observation au quotidien. Toutefois, face à une mauvaise position qui revient au galop, le professeur de piano ne peut pas y faire grand chose, car c’est à l’élève de travailler consciemment chez lui. Rabâcher à longueur de cours : « Tiens-toi droit ! » ou « Remonte ton poignet ! » : n’est pas la solution, car elle entraîne à moyen terme une paralysie dans le rapport avec la musique (et avec l’enseignant).

Le grand défaut de l’enseignement musical est de ne pas s’attacher suffisamment aux « périphériques », c’est-à-dire à la relaxation, à la prise de conscience, à la maîtrise de la posture ; tout un ensemble de données qui permet d’avoir un jeu plus détendu tout en développant la musicalité. Dès lors, le rapport avec l’instrument change, le stimulus s’accroît et le jeu s’exprime avec plus de joie et de résultat. Il ne faut jamais perdre de vue que l’essentiel repose sur la motivation et que celle-ci doit être intelligemment entretenue par le professeur. Lire Vous, la musique et le professeur.

  par ELIAN JOUGLA