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COURS D'ÉVEIL MUSICAL : CARMEN GEORGES BIZET

Ni romantisme, ni faux-romantisme dans cette œuvre aujourd’hui si populaire, jouée mainte fois sur scène et dont l’adaptation cinématographique résonne en point d’orgue. Carmen, en 1875, est une œuvre de rupture avec l’emprise de l’opéra allemand et italien. Sans être révolutionnaire dans sa forme, elle produit chez l’auditeur un réel attachement autour de ses mélodies envoûtantes et souvent joyeuses. Chez Georges Bizet, l’inspiration est heureuse, servie par un métier sûr ; une véritable leçon de justesse où l’expression ne fait nullement défaut.


CARMEN : L’HISTOIRE


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Le livret, tiré par Meilhac et Halevy d’une nouvelle de Prosper Mérimée, ne présente aucune fadeur... La scène se déroule à Séville. Le brigadier Don José ne peut se défaire de l’emprise de Carmen, « La Carmencita », malgré l’amour de sa fiancée Micaëla. Il la laisse même échapper de prison (elle avait blessé dans une manifestation une cigarière de la manufacture de tabac). Il déserte pour la suivre dans un refuge de gitans.

Véritablement ensorcelé, il se bat au poignard avec Escamillo son rival, un jeune torero. Seule, la nouvelle de l’agonie de sa mère lui fait quitter Carmen. Il la retrouve un peu plus tard, alors qu’elle partage dans l’amour le triomphe d’Escamillo aux arènes.

Son désespoir fait place à la colère. Carmen, qui ne l’aime plus, attise sa jalousie. Quand elle veut rejoindre Escamillo que la foule applaudit, Don José la poignarde.


CARMEN, UN DRAME MUSICAL

L’histoire de Carmen plonge l’auditeur dans la dramaturgie d’une suite de sentiments contrastés. La musique participe au drame en animant les scènes populaires. Dans Carmen, on relève plusieurs tableaux caractéristiques de la vie espagnole du 19e siècle, comme celui des badauds sur la place de Séville qui flânent en attendant la relève de la garde, mais aussi ceux de l’ambiance d’une taverne et de l’effervescence d’une corrida.

La musique campe avec franchise les personnages : Carmen, Don José, Escamillo se dessinent dans la clarté des mélodies et des rythmes.

Le paradoxe de l’opéra Carmen est d’avoir produit un grand nombre de thèmes que l’on dirait espagnols mais dont un seul – le Thème de Habanera sur lequel Carmen chante – est emprunté au folklore. Tous les autres, Bizet les a créés, imaginant à travers un prisme sans doute déformant une Espagne qu’il n’avait jamais vue.

Le génie de Bizet est de nous porter à croire que tout semble authentique. En premier lieu l’atmosphère dans la quelle les deux compagnes de Carmen tire les cartes, l’air fameux du Toréador, les danses bohémiennes que ponctuent les castagnettes, la séguedille qui fera perdre la tête à Don José, etc.

Par la vie intérieure qu'elle lui assure, l’atmosphère donne au spectacle son unité. Quoique non wagnérien, Bizet utilise le leitmotiv. C’est ainsi que le "thème de la fatalité" qui personnifie Carmen fait présager tout au long de la pièce le tragique dénouement. Dès l’ouverture, il chante, inquiétant, aux violoncelles ; à la première apparition de Carmen il prend une allure provocante ; dans la scène des cartes, il présage le malheur ; enfin il retentit de façon dramatique lorsque Don José se livre à la foule après avoir poignardé Carmen. Il a montré Carmen tour à tour instrument et victime de la fatalité.


LES PRINCIPAUX CHANTS DE CARMEN

L’OUVERTURE

C’est un prélude orchestral étincelant où se succèdent quelques-uns des motifs essentiels de la partition :

  • a) Le chant de la « corrida », qui au quatrième acte accompagnera le défilé des cuadrillas.
  • b) L’air du toréador.
  • c) De nouveau le défilé.
  • d) Le leitmotiv de la fatalité, comme conclusion anticipée du drame.
OUVERTURE (London Symphony Orchestra - Claudio Abbado)

LA HABANERA

Se déroulant dans le premier acte de la cinquième scène, Carmen qui vient d’être annoncée à l’orchestre par son leitmotiv, repoussant les galants qui la pressent, chante avec désinvolture « L’amour est enfant de Bohême ». Le chœur intervient entre les deux couplets.

La Habanera, que l’on traduit en France par havanaise, se déploie librement sur un rythme d’une mesure à deux temps (croche-pointée/double-croche/croche/croche) avec une mimique d’un caractère lascif. C’est de cette façon que Carmen séduit Don José.

LA HABANERA (Maria Callas - 1962)

L’AIR DU TORÉADOR

L’air du Toréador se déroule dans la taverne de Lillas Pastia, lieu de rendez-vous des gitans et des contrebandiers. Entre alors Escamillo. Acclamé, il répond par l’air célèbre en exaltant les dangers de l’arène et les triomphes de l’amour. Entre les couplets, le chœur traduit l’émerveillement de l’assistance.

TORÉADOR (ext.)

SEGUEDILLE (ext. Carmen suite n°1 - Budapest Philharmonic Orchestra, János Sándor)

LA MORT DE CARMEN

Il faut suivre dans cette scène finale deux actions à la fois : d’un côté, la corrida bat son plein et marque le triomphe d’Escamillo, alors que derrière les barricades, un dialogue émouvant, incisif entre Carmen et Don José, va croissant à mesure que les acclamations montent de l’arène.

Don José a arrêté Carmen, alors qu’elle se rendait aux arènes. Le ton monte, les fanfares annoncent la victoire d’Escamillo, Don José poignarde Carmen. À l’orchestre retentit sous une forme large et dramatique le thème fatal de la Carmencita.


À PROPOS DE GEORGES BIZET

Né en 1838 dans une famille de musiciens, Georges Bizet devient Grand Prix de Rome à seulement dix-neuf ans.

Lorsqu’il essaie de se faire applaudir comme auteur d’opéra-comique avec les Pêcheurs de Perles, c’est un échec complet. Par contre, sa musique de scène pour l’Arlésienne, de Daudet, est accueillie favorablement. L’auditeur est invité au voyage. L’ambiance provençale est restituée avec le soucis du moindre détail orchestral. En 1875, c’est la consécration avec Carmen (même si la presse, sans être élogieuse, témoigne du relatif succès). Trois mois plus tard, il meurt sans avoir connu de vraies joies musicales.

Alors que Massenet, Delibes ou Carpentier ne sont pas dans leur for intérieur des compositeurs révolutionnaires, Georges Bizet, qui possède l’éclatante franchise du génie, s’impose comme un musicien authentiquement français.

Nietzsche dira de lui (à propos de Carmen) : « À entendre un pareil chef-d’œuvre, on devient soi-même chef-d-‘œuvre. Cette musique est riche, elle est précise, elle construit, organise, active, par là elle forme un contraste avec le polype en musique, avec la mélodie infinie. Avec Carmen on prend congé du Nord humide et de toutes les brumes de l’idéal wagnérien. Cette musique possède ce qui est le propre des pays chauds : la sécheresse de l’air et sa limpidité. »

Aujourd’hui, la grandeur de Bizet égale sa popularité. Connaisseurs et profanes se retrouvent dans cette musique franche et claire ; il n’y a pas de plus bel hommage.

À CONSULTER : CARMEN, UN OPÉRA POPULAIRE SUR CADENCEINFO.COM

  par PATRICK MARTIAL