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COMPOSER UNE MUSIQUE : MÉLODIE ET HARMONISATION


LE COURRIER DES INTERNAUTES



Sébastien Faucher

Bonjour,

Voilà, j’aimerai me mettre à composer de la musique car j’ai quelques idées qui me trottent dans la tête. Sachez que mon instrument est le piano et que j’ai lu que c’était l’instrument idéal pour faire cela. Si je vous écris, c’est que je suis confronté au problème de ne pas savoir par où commencer pour bien faire. Existe-t-il une façon de procéder qui soit plus efficace qu’une autre ? Je me doute que la question a dû déjà être posé à de nombreux compositeurs. Toutefois, merci de m’apporter votre lumière.


LA COMPOSITION, L’ART DE L’HABILLAGE

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Ce que vous évoquez à travers votre question n’est pas du ressort de l’idée mais de la structuration d’une composition ou de la mise en ordre de plusieurs idées qui seraient voisines, mais que vous auriez du mal à assembler. Ces suppositions sont souvent du ressort du compositeur qui manque d’expérience ou du musicien qui possède un certain acquit mais qui, d’une certaine façon, ne s’est pas assez penché sur la question pour trouver des solutions efficaces.

D’une façon générale, la composition est portée par la personnalité du compositeur et par son imaginaire. Composer s’est créer, mais c’est aussi savoir organiser et rassembler ses différentes idées pour en faire un tout.

Une œuvre ou composition peut être aussi bien une chanson qu’une symphonie, car il n’existe pas d’échelle de valeur rationnelle qui permettrait de classifier les compositeurs en fonction de ce qu’ils produisent. Fort heureusement, car beaucoup de personnes abandonneraient ! La valeur d’une composition est toujours subjective, surtout quand on la ramène à la seule mélodie.

Si vous avez des idées qui vous trottent dans la tête, dites-vous bien que vous avez là les fondations, que c’est le plus important, et qu’une technique ou un savoir ne vous servira pas à grand chose tant que vous ne pourrez pas y mettre des idées mélodiques et harmoniques dessus, car ce sont elles qui commandent tout le reste.

Schématiquement, il existe deux façons de composer de la musique : en partant de la mélodie ou en partant des accords. Il existe bien sûr la possibilité de réaliser un « mix » des deux approches en fonction de l’acheminement des idées qui naîtront en court de route.


UNE QUESTION D’ACCOINTANCES

Au départ, l’ambition doit être mesurée. Il faut comprendre que structurer des idées constitue une étape décisive, car c’est dans la façon d’agencer votre mélodie et vos accords dans le déroulement de l’œuvre que celle-ci semblera équilibrée ou pas. Ainsi une composition ambitieuse de 10 pages, sans structure établie, pourra partir sur les chapeaux de roue, magnifiquement, mais s’essouffler à la 3e page par manque de « maturité musicale », de connaissances ou tout simplement par manque d’idées.

À l’inverse, si l’on cherche à concevoir une chanson, nous sommes alors en face d’une musique généralement structurée avec des codes sur lesquels on peut bâtir une musique avec plus d’aisance. Ces codes peuvent, par exemple, être construit sur une alternance de couplets et de refrains, avec au début une introduction, au milieu un pont, et à la fin une conclusion. Cela peut tenir sur deux ou trois pages, voire moins, comme c’est le cas avec les chansons enfantines ou les blues.

Mais attention, ce n’est pas parce qu’une composition est courte que c’est pour autant plus facile. Il en va de la musique comme il en va des gens qui l’écrivent. À titre d’exemple, les compositeurs publicitaires. Ceux-ci doivent susciter de l‘émotion chez les auditeurs dès les premières secondes. Ce qui veut dire qu’ils doivent posséder un sens concis de la mélodie et de son habillage. À l’inverse, d’autres compositeurs ont besoin de temps pour installer leurs idées. Ils aiment se laisser porter par un climat, par leurs personnages au fil de l’écriture.

De la même façon, certains compositeurs ont parfois une idée globale de leur œuvre avant même d’y poser la moindre note. D'autres l’ont dans la tête. C’est merveilleux pour eux, car s’ils ont l'oreille absolue la technique, il ne leur reste plus qu’à réaliser la mise en forme sur le papier. Paul Dukas a composé les bases de L’Apprenti sorcier dans un café en l’écrivant sur une nappe. Pour ne décourager personne, et moi le premier, je ne vous parlerai pas de Mozart…

Il faut être honnête, la plupart des compositeurs partent d’une cellule, d’un fragment de mélodie, certainement comme vous, et ils développent le morceau sans idée préconçue du résultat. Généralement, l’erreur souvent commise est de sous-estimer ce que l’on crée, soit parce que l’on se compare à d’autres – ce qui est très souvent le cas -, soit parce que l’on doute de soi ou de ses connaissances.


COMPOSER EN PARTANT DE LA MELODIE : L’HARMONISATION

Si vos idées se résument à une mélodie (ou plusieurs), il vous reste à trouver les accords qui vont se greffer dessus pour l’habiller. Cela s’appelle l’harmonisation. Dans ce cas, sauf à travailler à l’oreille (ou au feeling, si vous préférez) – un moyen certes empirique mais qui se révèle parfois efficace -, il est possible que malgré des connaissances en harmonie vous buttiez dès les premières notes de la mélodie.

À ce stade, je ne peux que vous conseiller de vous rapprocher de partitions qui sont proches du style musical ou du compositeur qui vous inspire. L’analyse de l’écriture des partitions vous apportera des informations utiles, même si certains détails ne vous sont pas totalement translucides. Croyez-moi, si vous saviez le nombre de compositions qui ont été créé par pure imitation, vous seriez certainement étonné !

Déjà, en fonction de ce que vous ressentez, vous devrez déterminer quelle sera la première note sur laquelle vous poserez votre premier accord. Il est possible, par exemple, de jouer trois ou quatre notes toutes seules qui serviront de « rampe de lancement » avant de plaquer le premier accord. S’appelant l’anacrouse, cette technique est très courante dans de nombreuses musiques, de la plus simple à la plus complexe.

L’autre point important lié à l’harmonisation, c’est le rythme de la mélodie et des accords. Ceux-ci peuvent s’unir comme se rejeter. Il n’existe pas de règle à observer, si ce n’est que quand la composition épouse un style précis comme par exemple un boogie-woogie, une marche ou un reggae, il existe des points convergents dans les écritures rythmiques. C’est d’ailleurs grâce à cette synonymie que l’on reconnaît les styles musicaux ; surtout dans les musiques dites de danse.

De plus, et sans évoquer le choix des accords (majeur, mineur…) et leur degré (Do, Do #, Ré, Mi b…) qui sont des questions qui nous entraîneraient vraiment trop loin, les accords sont aussi rythmiquement cadencés. Par exemple, votre pouvez opter pour un accord par mesure, deux accords (2 blanches ou 1 blanche pointée et 1 noire, par exemple), voire allez au-delà de deux accords par mesure.

Sachez également qu’une composition très riche en accords respire très mal dès que la mélodie est composée elle-aussi de beaucoup de notes. Si cette dernière est donc très riche, il est préférable d’alléger le nombre d’accords par mesure. Mon expérience m’a toujours conduit à penser que c’était les accords qui portaient et conduisaient la mélodie et non le contraire. À l’inverse, si votre mélodie est composée d’une succession de notes longues (rondes, blanches), un enrichissement harmonique peut dans ce cas s’avérer utile.

À ces solutions de bon sens, vient se greffer le tempo qui peut selon sa vitesse (trop élever ou trop lente) déséquilibrer tout ce que vous aurez construit préalablement. Le choix du bon tempo est généralement intuitif et se fait le plus souvent au départ de la mise en place des premières idées. Toutefois, de petits ajustements sont parfois nécessaires au fur et à mesure que la composition prend vie.


COMPOSER EN PARTANT DES ACCORDS

Cette façon de procéder offre dans un premier temps plus de liberté. Vous construisez une suite d’accords (une grille) sur laquelle vous allez poser votre mélodie. Dans cette façon de procéder, il est important de préciser que le choix des notes mélodiques sera toujours plus ou moins sous la mainmise des accords choisis. Vous pouvez par exemple construire une rythmique séduisante au piano, qui « groove » bien, et au moment de chercher une mélodie de vous trouver dans un énorme embarras. Et cela arrive bien plus souvent que ce que l’on imagine !

L’accompagnement, même bien ficelé, n’est qu’un support et, logiquement, il ne doit être là que pour servir la mélodie. Cependant, avec l’arrivée des musiques plus ou moins robotiques, la dance musique et autres gâteries du même genre, la mélodie est devenue le parent pauvre de la musique. N’étant plus au premier plan comme par le passé, on perçoit dans de nombreuses compositions que celle-ci est venue se greffer après coup, comme un copier/coller maladroit.

Sur votre route, vous rencontrerez peut-être quelques musiciens ayant de nombreuses connaissances en harmonie et qui vous suggèreront des plans cousus de fil blanc, des suites d’accords types que l’on modifiera un peu pour s’approprier un brin de personnalité. Mais en faisant cela, on est très loin de l’aboutissement d’une réelle composition.

Avec un peu d’habileté, d’oreille et d’intuition, il est possible également d’habiller des accords de chansons préexistantes pour réinventer autre chose. Je ne dévoilerai aucun secret en disant cela, car cela se pratique couramment, même chez des compositeurs très connus.


EN CONCLUSION

Si vous trouvez une suite d’accords ou une rythmique accrocheuse qui vous plait au piano, ne la rejetez pas pour la simple raison que vous ne trouvez pas une mélodie qui vous convienne. Enregistrez-là, mettez-là de côté en entendant qu’un jour une éclaircie, un rayon de soleil, ne vous indiquent la voie à suivre. En composition, il faut toujours partir gagnant. De toute évidence, si l’on souhaite s’engager dans la composition et apporter un maximum de personnalité à son travail, il faut s’en remettre à ses propres valeurs et non au jugement arbitraire des autres.

À consulter : Apprendre à composer

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  par ELIAN JOUGLA

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