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ÉVEIL MUSICAL : LE LIED DE SCHUBERT ET SCHUMANN

Si vous chantez « La Truite » de Schubert, vous savez ce qu’est un lied. Vous connaissez peut-être « les Berceaux » de Fauré, ou la musique de Duparc sur un poème de Baudelaire « L’invitation au voyage » ; dans ce cas il s’agit de mélodies. Lied et mélodie sont deux genres proches mais pourtant nettement différenciés qui connurent au 19e siècle une véritable résurrection.


QU’EST-CE QU’UN LIED ?

Le mot est allemand (son pluriel est lieder). Il ne peut se traduire car il ne possède pas d’équivalent dans la langue française. De fait, on ne peut utiliser que des termes donnant une idée approximative du genre.


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Le lied n’est pas une chanson. Il est plus grave, plus profond que la chanson, même quand il paraît léger ou amusant. Le lied met l’accent aussi bien sur la poésie que sur la mélodie. Ce n’est pas non plus une romance, car il ne laisse pas poindre le sentimentalisme. Il a une noblesse qu’ignore la romance.

Dans un lied, la musique doit faire ressortir la valeur expressive du poème. Cette pièce musicale est souvent le fruit de la rencontre d’un grand musicien et d’un grand poète (ex : Goethe et Schubert). C’est l’âme allemande qui transparaît en retrouvant l’esprit des anciens chants populaires, des vieilles légendes alors méprisées. Le peuple les chante naturellement, les écoute avec ferveur, les cultive comme son patrimoine.


LE RÔLE DE L’ACCOMPAGNEMENT

Il est conçu pour le piano, l’instrument intime par excellence qui, mieux que l’orchestre, participe étroitement à l’expression recherchée par le chanteur. Il ne se borne pas à soutenir celui-ci, c’est-à-dire à l’aider rythmiquement et mélodiquement, il participe à la création de l’atmosphère, il suggère, il plante un décor, il prépare ou prolonge une émotion. A l’audition, on ne le dissocie pas de la mélodie. Poème, mélodie, accompagnement forme un tout, et ce tout est le lied.


LE LEAD SELON SCHUBERT

Schubert est le musicien du lied. Il avait le don de la mélodie spontanée, saisie au vol et définitive. Cette spontanéité de l’inspiration laisse toujours à l’audition l’impression d’être en présence d’une œuvre improvisée, née sans effort, et qui respire la joie radieuse de la création.

Le lied, par ses dimensions courtes, convenait admirablement à cette inspiration intarissable : Schubert en composait jusqu’à dix dans la même journée. « Quand j’ai terminé un lied, disait-il, j’en recommence un autre. » Pour faire corps avec sa musique, Schubert ne cherchait pas le bon poème étant donné que tout poème déclenchant l’inspiration était bon. C’est ainsi que d’excellents poèmes de Goethe, Schiller, Heine en côtoient d’autres très médiocres parfois, mais d’amis auxquels Schubert voulait faire plaisir.

Dans les lieder de Schubert, la musique ne s’arrête pas aux détail du texte. Elle rêve librement au-dessus des mots. C’est pourquoi une même musique se répète parfois pour des strophes différentes. Le compositeur fait pénétrer le lied dans le domaine du fantastique et du merveilleux. Les deux lieder que vous allez entendre dans cette leçon montrent deux sortes d’accompagnement : l’accompagnement descriptif (La Truite), l’accompagnement d’atmosphère (En chantant sur l’eau).


SCHUMANN, L’AUTRE VISAGE DU LIED

Si Schubert incarne le lied par excellence, il ne faudrait pas oublier Schumann, un compositeur plus méticuleux et d’une expression tout intérieure. Le lied de Schumann ne retrouve pas l’atmosphère du lied Schubertien ; la description et le décor en sont absents, l’expression de l’âme domine. Le piano devient un partenaire qui traduit l’émotion au même titre que la voix, avec laquelle il dialogue et qu’il prolonge parfois lorsque les mots ne suffisent plus ; c’est ainsi qu’une page entière de piano termine parfois un lied (Amours du Poète).

Les poèmes chez Schumann témoignent du choix d’un lettré qui connaît parfaitement la littérature allemande et anglaise, qui élimine d’emblée les poètes mineurs pour ne retenir que des noms illustres. Chez lui, le poème mûrit longuement avant de devenir musique.

Schumann vient en complément de Schubert. Les deux compositeurs ont donné au lied deux visages qui se complètent et font de ce genre un des plus attachants de la production musicale romantique : le rêve de Schubert prépare la méditation de Schumann, comme ce dernier prolonge la mélancolique nostalgie du monde merveilleux où vivait Schubert.

Après Schumann, le lied s’engagera dans des voies de plus en plus intellectuelles où la spontanéité disparaîtra peu à peu : Brahms, Hugo Wolf et Richard Strauss. En France des compositeurs s’inspireront du lied : Henri Duparc (Le Manoir de Rosemonde), Gabriel Fauré (Le Secret), Emmanuel Chabrier (Ballade des gros dindons, La pastorale des cochons roses), mais aussi Claude Debussy (Il pleure dans mon cœur, Les chevaux de bois sur des poèmes de Verlaine)


EN CHANTANT SUR L’EAU

Dans une première strophe, le poète évoque la barque glissant sur les eaux. Le thème se réfère au proverbe : "On ne peut pas arrêter le passage du temps, comme on ne peut pas arrêter l'écoulement de la rivière"  : « Hélas ! Le temps me fuit sur les vagues qui se balancent. Demain je fuirai comme le temps, hier et aujourd'hui. Comment, sur des ailes rayonnantes, pourrai-je fuir le temps changeant ? » (3e strophe)


EN CHANTANT SUR L’EAU (AUF DEM WASSER ZU SINGEN)
Christa Ludwig (mezzo-soprano)


On ne peut imaginer mélodie plus spontanée. D’autre part, une fois l’atmosphère musicale créée, la mélodie ne tient pas compte des nuances poétiques des trois strophes.


LA TRUITE (DIE FORELLE)

Ce lied se présente comme une chanson à couplets.

1er couplet : Dans un ruisseau limpide, la truite va, bondit, vive comme un trait d’argent.

2e couplet : Un pêcheur la voit. Aussi longtemps que l’eau restera claire la truite ira joyeuse et insouciante.

3e couplet : Le pêcheur trouble l’eau, jette sa ligne, et au fil perfide prend la truite. Plaignons son triste sort !


LA TRUITE (DIE FORELLE)
Marina Zoege von Manteuffel (soprano)


À PROPOS DE FRANZ SCHUBERT

Franz Schubert est mort quelques mois après Beethoven, en 1828, à Vienne. Fils d’instituteur (il le sera durant 3 ans), élevé dans la modestie et l’amour du travail, il mena plus tard une vie de bohème et d’étudiant au milieu de ses amis, mangeant chez l’un, dormant chez l’autre, composant sans cesse.

Schubert ne fut pas un musicien de salons ; il fut celui d’amis prenant plaisir à se retrouver. Ami du peuple, d’une terre natale qu’il aimait parcourir et qu’il ne quitta pas pour ainsi dire jamais, il faisait chanter les paysans. La Truite, Le Tilleul sont de véritables chansons populaires, comparables à la Claire fontaine.

Schubert a trouvé dans le lied le genre convenant le mieux à son inspiration intarissable et la forme favorisant une improvisation de tous les instants dans un monde merveilleux où s’épanouissent les rêves des hommes simples et sains.

Schubert laissa une production considérable : 634 lieder, 9 symphonies, 15 quatuors à cordes, 17 opéras, 7 messes, des chœurs, des motets, de nombreuses pièces pour piano et pour musique de chambre.

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