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Portail sur la musique et les claviers modernes : piano, synthétiseur et orgue.

ANALYSE MUSICALE



LA FOI DANS LE JAZZ ET L’IMPROVISATION

On a tout dit et tout entendu à propos du jazz. Pour un musicien qui ose s’y aventurer, le jazz, en dehors de ses aspects techniques, réclame d’abord une foi absolue en soi, en ses capacités à improviser, avec la certitude qu’à chaque instant l’inspiration sera là pour offrir le meilleur de soi-même. C’est cet absolu, que le public réclame à chaque concert.


L’IMPROVISATION EN QUESTION

Chaque note lâchée doit répondre à une logique. Que leurs enchaînements soient appris avec méthode ou librement ressentis, le jeu du musicien doit posséder une technique suffisamment efficace pour que, face au public, tout laisse à penser qu’improviser coule de source. Ce « jeu libre » puissant ou aérien, qui ne cherche qu’à avancer, est ce qui caractérise au mieux la musique jazz quand celle-ci est entre de bonnes mains.


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Performance, sonorité, conception, approche, imagination, définissent l’improvisation. À priori tout semble calculé et posé. Or l’improvisation n’est pas exempte de pièges dans lesquels un musicien, même de bon niveau, peut tomber… à commencer par le danger d’une forme de repli sur soi-même et l’usage de notes trop flatteuses pour l’oreille, parfois synonymes de facilité.

Une bonne improvisation pourrait très bien se définir par sa capacité d’ouverture vers l’inconnu tout en adoptant une technique adéquate. De cette synthèse, un jeu plus présent et authentique peut naître. Le fait de s’aventurer dans des directions audacieuses permet d’aller de l’avant, de s’engager encore plus loin dans l'exploration de nouveaux territoires.

Lors d’une improvisation, la relation avec l’instrument est également essentielle. L’instrument doit être le prolongement naturel du corps ou à défaut, par manque d’expériences, un outil de connaissances et d’émancipation.

Vouloir improviser ? Tout tient souvent dans le désir d’y accéder et de jouer sa propre musique.


D’UN MONDE SONORE À L’AUTRE

Le réglage technique de l’instrument, sa sonorité, améliorent la façon de vivre l’improvisation. Ce sont des paramètres déterminants qui influent directement sur le jeu et son développement. Par exemple, on n’improvise pas de la même façon avec un piano acoustique, un piano électrique ou un synthétiseur. De même avec une guitare acoustique ou électrique. Appliquer sur un même plan le même jeu ou la même approche technique se révèlerait vite catastrophique ou inefficace.

L’expérience valant toujours mieux que n’importe quel discours, le désir pour un musicien de jazz de tester un jour la version électrique de leur instrument favori est un souhait naturel. Or beaucoup abandonnent faute de remettre en question leur approche technique. Celui ou celle qui incrimine l’instrument font fausse route. La bonne explication, la bonne raison se trouve ailleurs et d’abord en eux. D’ailleurs, plus d’un demi-siècle après son apparition, la lutherie électronique continue de se développer en conquérant de nouveaux domaines. Elle n’a jamais été fondamentalement remise en question.

La jeune génération actuelle, née avec le numérique, a fait fondre comme neige au soleil cette vielle rivalité « instrument acoustique/instrument électrique ». Tout a changé et tout semble avoir été pardonné de part et d’autre. Une plus grande confiance dans la lutherie électronique, plus fiable et plus performante, a permis à de jeunes musiciens et compositeurs de concevoir l’arrivée des outils numériques comme étant des atouts supplémentaires à leur créativité.

Imaginer, par exemple, le piano comme un orchestre à lui seul est désormais d’actualité grâce aux progrès accomplis par le numérique. Ce qu’un pianiste imagine quand il joue - et qu’un piano acoustique seul ne peut réaliser – se trouve désormais à sa portée sous ses doigts et en temps réel. Les performances techniques en live sont souvent là pour en témoigner.

Ce rapport à la « créativité assistée » permet d’introduire également un autre discours sans toutefois remettre en cause les fondamentaux de l’improvisation, bien au contraire.

On pourrait qualifier le jazz de musique de transformation. En effet, les traces laissées par les plus grands bâtisseurs démontrent l’habileté dont ils ont fait preuve en réinventant la musique de leur contemporain à travers de nouveaux langages. Cette foi profonde et inébranlable accordée à l’improvisation est d’ailleurs souvent la raison unique qui légitimise leurs interventions.

De plus, le jazz n’étant pas à proprement parler un style de musique mais plutôt un concept, il a toujours permis d’accueillir en son sein de nombreuses formes musicales. D’abord celles héritées de sa propre histoire comme le blues, le swing, le bop ou le free, ensuite celles qui se sont construites à la croisée des chemins comme le jazz-funk ou le jazz-rock.


LE JAZZ D'AUJOURD’HUI

Les outils numériques sont là, omniprésent, envahissant. Là où les musiciens rêvaient d’un puissant transformateur d’idées ne visant qu’à faire rebondir leur créativité, l’univers numérique est devenu trop souvent une roue de secours venue booster une économie vacillante. Toutes les musiques y ont recours au point d’avoir radicalement modifié leur position et responsabilité sur la question. De là sont nées de nombreuses confusions concernant le but et le rôle joués par la musique au quotidien, et de l’idée que s’en font les gens. La musique jazz n’y a pas échappé, et si le mot jazz existe encore, qui peut aujourd’hui le définir réellement !

En un demi-siècle, le jazz s’est dilué à travers tellement de styles et de formes que son puissant vecteur, l’improvisation, n’est d’aucun recours si l’on souhaite le définir avec précision. Pour beaucoup de personnes, le jazz est rattaché à une vielle musique d’où s’échappent quelques noms : Duke Ellington, Louis Armstrong, Miles Davis… Le jazz sous sa forme contemporaine propose tellement de nuances et de couleurs qu’il est bien difficile de ne pas s’y perdre. Le jazz mène une vie séparée. Contrairement au blues et au rock’n’roll, le jazz a toujours vécu à travers ses humeurs. Sa force mais aussi sa faiblesse se trouvent dans les modes qui passent et trépassent.

Depuis une vingtaine d’années, au nom d’une revendication tendance, la musique jazz a depuis fait ami-ami avec les sons électro. Acid jazz, nu jazz ou pop jazz, peu importe les étiquettes, le jazz actuel fait visiblement le dos rond aux standards d’hier, comme si les songs de Cole Porter ou de Gershwin n’avaient qu’une valeur tout juste bonne à figurer au programme des écoles de musique.

Certes, la chanson existe toujours, mais elle s’insinue dans une musique contemporaine aux formes progressives. Or une simple écoute de quelques « disques tendances » permet de comprendre que les musiciens jouent sans finalement se détacher du traditionnel socle ‘mélodie/harmonie/rythme’, parce qu’ils y trouvent finalement un équilibre pouvant servir leur improvisation. Malheureusement, cet attrait pour tout ce qui touche au nouveau s’accompagne aussi d’un appauvrissement du discours spirituel. Ce jazz commercial, chez qui on ne sait qui domine l’autre, des sons ou du discours, semble vouloir ignorer la puissance du passé et les différentes réformes de langage qui se sont succédés. Refuser cela, c’est vouloir interdire la création de passerelles entre passé et présent, et accorder au jazz, dans ce qu’il a de plus authentique et d’avant-gardiste, une moindre place.

  par ELIAN JOUGLA

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