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INFO



PIERRE-LAURENT AIMARD, INTERVIEW DU PIANISTE CONCERTISTE

Grand pianiste dans tous les répertoires, Pierre-Laurent Aimard sait aussi formidablement bien parler de la musique que des œuvres. Le pianiste lyonnais communique aussi aisément et clairement avec des élèves professionnels lors de master-classes, qu’au public d’un concert, pour présenter, expliquer, comparer les œuvres interprétées.

RENCONTRE EXCEPTIONNELLE AVEC PIERRE-LAURENT AIMARD

Dans cette interview, Pierre-Laurent Aimard explique ce goût qu’il a pour la pédagogie, mais aussi l’évolution de son répertoire et ses projets pour l’été et la saison prochaine.



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Depuis quelques années, vous êtes non seulement connu comme grand interprète de musique contemporaine, mais également de musique classique. Pourquoi vous êtes-vous tourné récemment vers la musique classique ?

Pierre-Laurent Aimard

: je me suis toujours tourné vers la musique classique, pendant mon éducation et ma vie professionnelle. Par contre j’avais des cadres dans ma vie professionnelle qui étaient des cadres de musique contemporaine, et j’ai été étiqueté pour la musique contemporaine, j’ai été cloisonné.

C’est vrai que j’ai mis un gros accent là-dessus, pour moi c’était une priorité. D’abord à cause de l’activité musicale foisonnante quand j’étais jeune. Deuxièmement, parce que je trouvais aberrant que l’écrasante majorité des interprètes ne s’occupe pratiquement pas de musique contemporaine à l’époque. Je trouvais ça incompréhensible. Donc j’ai décidé d’en faire une priorité, mais ça a toujours été dans un cadre général, et j’ai toujours pratiqué toutes sortes de musique, c’est ce qui m’intéressait.

Je ne suis pas un avant-gardiste ou un moderniste. Je suis un musicien qui vit à son époque, mais avec tout son héritage. C’est comme ça que ça m’intéresse d’être interprète. Par contre maintenant, comme j’ai plus de notoriété, ça me donne toute simplement plus le choix de faire ce que je veux, et d’équilibrer les choses. Donc je continue. Cette saison, par exemple, j’ai fait trois créations, ce qui n’est pas peu. Mais j’ai fait aussi un certain nombre d’œuvres traditionnelles, nouvelles pour moi, et puis des reprises nombreuses de contemporains et de classiques également. J’essaie d’avoir une activité équilibrée entre passé et présent, entre solo, musique de chambre, lied, etc. Simplement maintenant ça ce voit plus, et on me dit beaucoup ça, d’abord parce que je fais plus de solos – quand vous êtes dans un groupe, on nomme le groupe, pas les gens ; quand il y a un solo, le star system fait qu’on nomme toujours le soliste.

Par ailleurs, comme effectivement j’avais très peu de possibilités d’équilibrer ma vie publique auparavant, les gens pensaient que je ne faisais que du contemporain, ce qui était faux. J’étais à l’Ensemble Intercontemporain pour un tiers de mon temps, à l’époque, pendant de longues années. Et après, quand j’ai enseigné, j’ai toujours enseigné des musiques des différentes époques.

Avez-vous une préférence entre les deux styles de musiques ?

Pierre-Laurent Aimard

: j’ai des préférences qui sont des préférences d’œuvres, de compositeurs. Ca change. Ca dépend de ce qu’on cherche. Ce que peut vous apporter Ligeti n’est pas du tout ce que peut vous apporter Carter, par exemple. Ou ce que peut vous apporter Beethoven n’est pas du tout ce que peut vous apporter Mozart. Très souvent, ce qu’apporte Mozart n’est pas du tout ce qu’apporte Haydn, et du reste vous avez des interprètes pour Haydn, ou pour Mozart, rarement pour les deux. Donc ça dépend de ce que vous recherchez, et des moments dans l’existence. Mais bien sûr j’ai des préférences fortes, mais ce sont les miennes, c’est ma vie privée musicale.

Vous savez très bien parler de la musique, et pourtant c’est rare qu’un bon interprète sache faire partager son art aux élèves et au public. Quel est votre secret pour transmettre l’amour de la musique ?

- Pierre-Laurent Aimard : il n’y a pas de secret. C’est un désir, et c’est une chose que j’ai cultivée parce que je crois que c’est important. C’est un plaisir, c’est une chose qui m’est précieuse dans la vie. Je crois que j’ai la chance de faire une chose qui est très précieuse, et je trouve que c’est très beau de le faire partager. Donc on cherche les moyens pour ça. Par exemple, un des moyens, quand on est instrumentiste, c’est son instrument. Alors on travaille pour çà, il y a des tas de sortes de choses qui permettent de communiquer...

Mais je pense que le cadre que dans le grand commerce international on donne aux interprètes aujourd’hui est un cadre caduc. Je pense que dans notre époque en mutation complète qui est une époque hyper-communiquante, on peut agir de façon beaucoup plus pointue, beaucoup plus profonde et beaucoup plus intéressante. Le fait justement de remplir notre rôle d’éducateur, notamment vis-à-vis du public, est une partie importante : c’est le rôle de communiquer ce que notre artisanat nous permet de découvrir. Je trouve que c’est une responsabilité.

Donc j’ai essayé de le développer, je l’ai fait depuis toujours. J’ai commencé mon activité de pianiste à seize ans, par une tournée des Jeunesses Musicales de France, où j’ai fait trois semaines en faisant moi-même les conférences des deux programmes que je faisais. Je trouvais ça important, et je trouve que si l’on a des idées sur les interprétations, on peut très bien essayer de les communiquer de différentes façons.

Je crois que l’éducation artistique, de nos jours, fait que tous les membres du public ne vont pas forcément tout saisir dans une interprétation. Le but n’est pas de comprendre, entendons-nous bien. C’est d’éclairer certaines choses, surtout vis-à-vis de certaines œuvres pour lesquelles il n’y a pas forcément d’éducation, par exemple le contemporain.

Les deux activités, interpréter et enseigner, sont complètement complémentaires. Je le fais aussi pour les jeunes. Je trouve que dans une société qui a tellement de problèmes avec l’éducation artistique, il ne faut surtout pas capituler de ce point de vue-là, donc j’enseigne aussi. ♀Ça prend beaucoup de temps, beaucoup d’énergie... C’est regardé d’une façon bizarre. En général, les gens ne regardent que le statut social, sur cette terre. Donc si vous êtes soliste d’un côté, alors on vous regarde comme si vous êtes sur un piédestal, et si vous dites que vous êtes professeur et que vous enseignez, là les gens ne comprennent plus. Je trouve ça aberrant... Donc je trouve très important d’enseigner. On apprend beaucoup. On garde le contact avec les jeunes générations, donc j’espère que ça évite de devenir gâteux trop tôt ! J’ai une classe à Cologne où j’enseigne le piano, incluant les musiques contemporaines.

Depuis quelques années, votre carrière a connu une ascension importante. Comment gérez-vous votre carrière, comment posez-vous vos priorités ?

Pierre-Laurent Aimard

: je ne gère pas ma carrière tout seul, mais avec des professionnels. J’ai essayé de me choisir de très bons partenaires, je suis très gâté de ce point de vue-là. Et je travaille en relation avec des organisateurs de salles, surtout des directeurs artistiques. Je trouve très important d’essayer de comprendre l’intérêt des différentes maisons et l’identité des différents publics. Je travaille beaucoup sur des projets locaux, des cartes blanches, et je réfléchis à des programmations adéquates selon les lieux.

Quels sont vos projets de moyen et de long terme ?

Pierre-Laurent Aimard

: cet été je prendrai beaucoup de vacances. On m’entendra beaucoup moins que d’autres étés, parce que je trouve important de se ressourcer. Prochainement je serai à Graz, au Styriarte [du 23 juin au 30 juillet 2006, ndlr], où je suis chaque année, qui est un endroit qui m’est très important, où je travaille avec le Chamber Orchestra of Europe. On fait un programme entièrement Mozart...

Ensuite, comme j’ai fait une création de George Benjamin [Piano Figures - Ten pieces for solo piano, œuvre créée le 18 mai 2006, ndlr] à la Philharmonie du Luxembourg le mois dernier, je continuerai de transporter la pièce dans différents endroits, donc il y aura une création en Angleterre au Festival de Cheltenham en juillet, en Italie en août, et ensuite d’autres pays – mais pas en France – et je fais un programme pour présenter la pièce.

Sinon dans les grands projets, j’ai un ensemble de cartes blanches la saison prochaine : une pour le Carnegie Hall, une pour l’Orchestre Philharmonique de Berlin, une pour le Konzerthaus de Vienne et une pour le Festival de Lucerne. Il y en a d’autres aussi pour la saison d’après. Les cartes blanches sont une façon de me confier la programmation, et de travailler sur des lieux. Je trouve ça très intéressant. Ce seront des ensembles de concerts, à chaque fois différents, avec parfois un recoupement, mais rarement... Sinon je serai à la Roque d’Anthéron au mois d’août. Je jouerai aussi en Italie à Bolsano, aux Prom’s à Londres, au festival de piano de la Ruhr. Et je vais aussi à Aix-en-Provence, pour un récital et de l’enseignement à l’Académie.

Propos recueillis par Edith Karinthi (PIano Web - 2007)

À PROPOS DE PIERRE-LAURENT AIMARD

  • Né à Lyon en 1957, Pierre-Laurent Aimard a été l’élève d'Yvonne Loriod au Conservatoire de Paris. Dès l'âge de 12 ans, il vit dans l'entourage d'Olivier Messiaen, dont il est l'un des interprètes les plus recherchés.
  • Il complète sa formation auprès de Maria Curcio et de György Kurtág, avec qui sa rencontre est déterminante.
  • Choisi à 19 ans par Pierre Boulez, il est durant dix-huit ans soliste à l'Ensemble Intercontemporain, où il joue en soliste et participe à de multiples créations.
  • Aimard a crée de nombreuses œuvres pour piano, notamment de George Benjamin, Marco Stroppa ou György Ligeti (qui lui a dédié plusieurs de ses études).
  • Pédagogue hors pair, Aimard enseigne la musique de chambre au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, le piano à la Hochschule für Musik de Cologne.

VISITEZ SON SITE : PIERRE-LAURENT AIMARD