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SYNCOPE, CONTRETEMPS ET ACCENTATION,
LES MOTS CLÉS DU RYTHME JAZZ

Nous avons tous, à l’état latent, le sens du rythme, mais beaucoup de personnes ne savent pas extérioriser le rythme qui vit en elles. Le plus souvent, elles s’aperçoivent du défaut d'une mise en place rythmique quand un enseignant où un musicien compétent en apporte la preuve flagrante. Prendre conscience du sens du rythme est déjà un premier pas, mais il faut aller plus loin. Le rythme doit se vivre comme une respiration naturelle...


COMPRENDRE LE RYTHME DE L’INTERIEUR

Pour exécuter naturellement un rythme, il faut arriver au stade où celui-ci n’est plus face à vous, mais en vous. Il faut donc, quel que soit le moyen utiliser (lecture ou imitation), s’en détacher que pour mieux l’absorber. Un rythme acquit est un rythme qui doit se vivre librement, sans contrainte. Il ne faut donc pas vouloir retenir dans un temps record un maximum de figures rythmiques. Le rythme n’est pas une question de performance, mais d’efficacité. C’est-à-dire qu’il doit être exécuté fidèlement, respectueusement, mais sans laisser sa « patte émotionnelle » au vestiaire.

Si les figures rythmiques s’écrivent à travers des signes aux portées mathématiques figées, voire à travers des moyens détournés comme la programmation sur séquenceur, dans la réalité elles ne prennent vie qu’au moment où les doigts se posent sur un instrument.


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Un rythme exécuté par un musicien, du plus simple au plus complexe, n’est jamais parfait, même s’il tente toujours de se rapprocher de cette « perfection robotique » qui, parfois, le hante. Fort heureusement, il n’y arrive pas ! Un même rythme joué « proprement » plusieurs fois par un même musicien fera naître d’infimes variations, des subtilités qu’une oreille même attentive aura parfois beaucoup de mal à discerner.

C’est dans cette imperfection - toute relative - que certaines valeurs essentielles à la vie musicale prennent naissance, et que nous traduisons généralement par des mots comme swing, groove ou feeling. Ces mots, connus de tous, expriment une façon de jouer la musique naturellement, librement, et de communiquer avec les sons. C’est aussi une façon de s’accaparer les rythmes et de les restituer de façon personnelle. Il n’existe dont pas un seul swing, un seul groove ou un seul feeling, mais au contraire une richesse de nuances à l'intérieur d'un même rythme.

Le rythme « vivant » n’a donc rien de statique, bien au contraire. D’ailleurs, le mot swing, porte-drapeau de la musique jazz, résume assez bien cela. C’est souvent à travers ce terme évocateur chargé d’histoire que l’on tente d’expliquer la meilleure façon d’interpréter ce qui ne peut s’écrire. Quitte à caricaturer, il serait facile d’opposer les démarches identifiables de l’école swing, propre au jazz, avec celle plus robotique de la musique électro, qui reproduit les figures rythmiques en les contrôlant par machines interposées. Mais si l’approche musicale et technique est totalement différente, dans les deux cas, les noires restent des noires et les croches, des croches. Les figures rythmiques se vivent différemment, mais demeurent toutefois identifiables pour n’importe quelle oreille exercée.


LES MOTS CLÉS DU RYTHME VIVANT

Pour vivre le rythme sereinement et avec plaisir, il faut s’attacher d’abord à la bonne exécution de quelques rythmes accentués simples.

Mais qu’est-ce qu’un rythme accentué simple ? Le rythme accentué simple est l’application d’accents exclusivement sur l’un ou plusieurs des temps forts dont est composée une mesure quelconque.

Dans cet exemple, l’accentuation marquera le premier et troisième temps, c’est-à-dire les temps forts de la mesure. Basiquement, de nombreuses musiques populaires s’appuient sur l’accentuation de certains temps au détriment des autres. Par exemple, dans la mesure à trois temps, le rythme de valse accentue le premier temps, alors que dans la marche à deux temps ce sera le premier temps.

Ces accentuations rythmiques sont souvent liées aux danses populaires. Grâce aux placements spécifiques des accentuations (souvent cycliques), les danseurs trouvent à leur écoute les repères indispensables à la bonne exécution des figures et des pas. Pratiquement toutes les danses populaires s’articulent autour de la compréhension basique des rythmes accentués simples (d'où leur importance dans l'histoire de la musique).

Aux rythmes accentués simples se greffent d’autres rythmes accentués dits « décomposés ».

Qu’est-ce que le rythme accentué décomposé ? Le rythme accentué décomposé est l’application d’accents sur une ou plusieurs fractions d’une mesure dont les temps sont tous ou en partie divisés en valeur correspondante.

Ce rythme est basé sur une écriture ternaire. Comme vous le voyez les accentuations se posent aussi bien sur les temps qu’à l’intérieur de ceux-ci. Les variantes deviennent ainsi beaucoup plus nombreuses et permettent d’échafauder différentes « sensations auditives » tout en conservant un même rythme. Pour cela, il suffit de déplacer les accentuations en différents points de la mesure, comme ci-dessous :


LA SYNCOPE

On dit souvent que le rythme jazz à besoin de la syncope pour exister. C’est vrai. Mais cela est tout aussi vrai pour d’autres musiques : boogie-woogie, reggae, béguine, rock, etc. Pour être exact, il faudrait d'ailleurs rajouter à la « syncope jazz », l’indétrônable accent qui souvent donne à celle-ci sa raison d’exister.

Théoriquement, la syncope caractérise l’émission d’un son sur un temps faible (ou sur la partie faible d’un temps) et sa prolongation sur un temps fort (ou sur la partie forte d’un temps) ; les temps forts étant, pour la mesure à 4 temps, les 1er et 3e temps.

Ci-dessous, un exemple de son frappé sur les 2e et 4e temps (temps faibles) qui se prolonge sur les 1er et 3e temps.

Ci-dessous, un exemple de syncope à l’intérieur du temps. Ici le son est frappé sur la 2e partie de chaque temps (parties faibles) et se prolonge sur la 1ère partie de chaque temps (parties fortes).

Vous devez retenir également que chaque temps se subdivise lui-même en parties faibles et parties fortes, comme l’indique l’exemple ci-dessous :

Exemple d’une mélodie utilisant plusieurs syncopes.


LE CONTRETEMPS

Dans le jazz, le contretemps est l’ami de la syncope. L’idée part du même constat : briser le rythme de façon accidentelle. Comme pour la syncope, l’accent sur certaines notes amplifie la « sensation auditive ». Sans cet allié de circonstance, de nombreux rythmes jazz tomberaient à plat.

Théoriquement, le contretemps caractérise l’émission d’un son sur un temps faible (ou une fraction de temps), mais qui, contrairement à la syncope, ne se prolonge pas sur le temps fort suivant (ou sur la partie forte d’un temps) ; le son étant arrêté par un silence.

Exemple d’une mélodie utilisant plusieurs contre-temps :


L’ACCENTUATION

Il existe trois sortes d’accentuations : la naturelle, la provoquée et la commandée.

1 - L’ACCENTUATION NATURELLE est caractérisée par l’accent apporté sur les temps forts. Par exemple, accent sur le premier et troisième temps d’une mesure à quatre temps.

2 - L’ACCENTUATION PROVOQUÉE est celle que l’on emploie particulièrement dans la musique jazz et qui est la conséquence d’une règle générale voulant que, dans un dessin mélodique, la note la plus élevée soit la plus forte.

Cette règle, très simple à mettre en place, donnera déjà une couleur « jazzy » à votre phrase musicale. C’est en partant de ce principe que sont élaborés de nombreux phrasés improvisés.

Lorsque la note la plus élevée est amenée par une série de notes ascendantes, chacune de ces notes devra fournir un volume sonore de plus en plus important.

Et lorsque la phase partira de la note élevée pour aboutir par une succession de notes descendantes sur une note basse, on utilisera la technique inverse.

Cette règle, on la retrouve dans le jazz mais aussi en musique classique, car cette façon de conduire la mélodie correspond à une interprétation naturelle du phrasé. Pour un pianiste, le crescendo ou le diminuendo s’applique aussi bien à la main droite qu’à la main gauche.

Concernant l’accompagnement à la main gauche, il arrive parfois que le 2e et 4e temps soient accentués parce que les notes tombant sur ces temps sont les plus aiguës, alors que logiquement ce sont les temps forts (1er et 3e) qui auraient dû recevoir l’accent. Généralement, dans ce cas de figure, les partitions du commerce ne retranscrivent pas les accents et se présentent ainsi :

Ce qui doit en réalité s’interpréter de cette façon là :

Cette règle s’étend également aux accords arpégés et aux octaves brisées.

3 - L’ACCENTUATION COMMANDÉ est l’accent que le compositeur a jugé opportun de mentionner sur telle ou telle note, généralement sur la partie mélodique de l‘œuvre, afin de lui apporter un caractère rythmique particulier.

Les trois sortes d’accentuations que je viens d’évoquer ne s’excluent pas et peuvent être soit interprétées à tour de rôle, soit combinés dans une même phase musicale.


CONCLUSION

Quel que soit le rythme que vous devez exécuter, il est essentiel que votre jeu soit aisé et exempt d’effort. Vous devez exclure tous les mouvements qui pourraient donner à penser aux personnes qui vous regardent (et même pour vous) que vous accomplissez un tour de force. En musique, on ne peut « tricher » qu’à court terme. Vous ne pourrez chasser vos capacités naturelles indéfiniment car celles-ci reviendront au galop dès que votre attention ou votre contrôle diminuera. C’est pour cette raison qu’il est important d’absorber le rythme sans empressement, de prendre son temps. Le fait même de déplacer des accents sur un rythme déjà acquit vous démontrera le bien fondé des commentaires apportés en introduction.

  par ELIAN JOUGLA