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ANALYSE MUSICALE



LE POURQUOI DE L'UTILISATION DES EFFETS EN STUDIO

Étroitement liés à la prise de son, les pédales et autres "boîtes à effets" sont de temps en temps utilisés pour personnaliser le son d'instruments électriques qui sont généralement dénués d’expression naturelle, ou si peu, qu’il devient nécessaire de les utiliser...


L’ARRIVÉE DES EFFETS DANS LA PRISE DE SON

Au début des années 60, l’arrivé des premiers effets électroniques dans les studios d'enregistrement va produire une petite révolution. Apparus à la suite de recherches effectuées par des techniciens avides d'enrichir la palette sonore des instruments éléctriques, les effets vont rapidement se diversifier en fonction de la demande des musiciens : effet de phase, distorsion du signal, retard, correction de fréquences, compression du signal, etc.



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Chacun d’eux est censé induire une caractéristique sonore dont le résultat a pour conséquence de créer « une ambiance sonore particulière » que l’on ne retrouve pas à l’état naturel avec les instruments acoustiques. Dans les studios, mais aussi lors de leur utilisation sur scène, l’apparition des effets a eu pour conséquence de marquer profondément la « couleur sonore » des instruments électriques (mais aussi de certaines musiques), en les émancipant de leur homologue acoustique. Qui aujourd’hui ferait un rapprochement entre le jeu développé par un guitariste jouant de la guitare électrique et acoustique ? Les effets ont permis de développer des types de jeu spécifiques et, parmi les instruments, la guitare électrique est sans aucun doute le plus engagé sur ce terrain-là.

© pixabay.com

Toutefois, au-delà de la distorsion ou du phasing utilisé par un guitariste, les premiers effets à être employés dans les studios seront la réverbération à ressort et la chambre d’écho. De nos jours, l'utilisation d'une « réverb » est désormais entrée dans les mœurs au point de ne plus être assimilé à un effet tellement son utilisation est devenue courante. En fait, toute boîte offrant des « sonorités nouvelles » et qui entre dans l’univers des sons avec éclat, perd de son originalité dès que son usage devient courant. La distorsion qui fera pourtant grand bruit, au sens propre comme au sens figuré lors de son apparition, ne surprend plus personne aujourd’hui quand un guitariste l’utilise. On constate donc que la notion d’effet novateur reste un sujet de discussion éphémère et qu’il est toujours lié à tout ce qui est provisoirement nouveau.

Aidés par les progrès constants dus à l’électronique, certains "trucages sonores" embaument si bien le son qu’ils sont également perçus comme indispensable à l’amélioration du traitement sonore des instruments acoustiques et non plus seulement électriques. De ce jour-là, les boîtes à effets perdaient leur fonction originale consistant seulement à dénaturer le signal entrant. Ainsi, un piano acoustique enregistré en studio et qui passe à travers la « cuisine des effets » n’en ressort pas indemne. Croyez-vous vraiment que le piano de Keith Jarrett sonne dans la réalité comme vous l’entendez sur votre chaîne ? Certainement pas ! Pour faire simple, sachez qu'au départ de tout signal enregistré, le microphone capture et colore, la console « corrige » et les effets embellissent ou restaure.

Par chance, nos oreilles s’habituent et finissent par accepter le « cadre sonore » qu'imposent les studios. Finalement, notre critique envers le "beau son", qu’on le veuille ou pas, est très subjective, pour ne pas dire limitée si l'on se rapporte au "filtrage naturel" des tympans de chacun !


LES AVANTAGES À UTILISER DES EFFETS

En studio, la correction sonore des instruments apporte un embellissement indéniable, un gain estimable que toute oreille éduquée remarque tout de suite. Fort heureusement, la multitude d’effets oblige le preneur de son ou le musicien à modérer son enthousiasme pour éviter une surdose qui devient dès lors néfaste. Quelques règles d’utilisation sont toujours nécessaires avant de se lancer.

Un ingénieur du son compétent doit savoir choisir le ou les bons effets et apprendre à les doser pour obtenir une « couleur » satisfaisante. Un effet peut avoir pour « mission » de relever la dynamique, d’épaissir le son de l’instrument, voire de le salir ou de le dénaturer grossièrement si nécessaire. Cependant, il faut toujours garder à l’esprit qu’utiliser ou pas un effet reste du domaine de la subjectivité. Il n’existe pas de règle. Cela reste avant tout une affaire de goût et d’orientation musicale.

Utiliser tel ou tel effet durant le mixage (ou l'enregistrement) joue donc un rôle partial en venant s’additionner au son naturel de l'instrument avec cette idée qu'il va le valoriser. Il est bien évident que dans des conditions « live » sur scène (ou en prise directe avec plusieurs musiciens dans un studio), la façon d’utiliser les effets suit une autre procédure. Dans ce cas, il faut déterminer le son désiré sans passer par les étapes séparées « enregistrement/mixage ». Le son et le dosage des effets doivent être correct au moment où les musiciens commencent à jouer. Dès lors, on comprend que « la balance » qui précède tout concert, et qui consiste à pré-mixer le son sur la scène grâce est de la plus grande importance pour les musiciens et les chanteurs.


DU BON USAGE DES EFFETS

En studio, si un effet peut être utilisé au moment où s’opère l’enregistrement, il est plus courant de l'employer bien après, au moment du mixage, puisque à ce moment-là il est toujours possible de le corriger ou de l’enlever.

Sur une console, tout effet doit être traité individuellement. C'est simple : autant d’effets et autant de voix auxiliaires occupées en sortie. Au moment de mélanger les signaux, grâce à une « barre » de mélange, le preneur de son doit être vigilant à ce que sa console dispose d’un nombre de voies suffisant pour à la fois enregistrer/mixer chaque instrument et doser chaque effet sur les tranches inoccupées.

Parmi les effets répandus dans les studios, on trouve l’harmoniseur. Existant depuis l’apparition des effets digitaux, il est souvent utilisé dans le traitement de la voix, mais pas seulement. À l’usage, un léger désaccord est suffisant pour personnaliser le son d'un instrument. Cette valorisation de l’effet sur le son de l’instrument est typique du délai qui a pour fonction de retarder le signal, et dont le bon dosage produit une couleur qui peut devenir remarquable une fois associée au son original. Le résultat que l’on obtient permet de moduler sur la profondeur du son.

Entre le délai et l’harmoniseur, nous pourrions glisser le flanger qui est similaire au délai dans son principe de base. Le signal injecté subit une déformation réglable en vitesse et amplitude. Son impact sur le son est tout de suite reconnaissable par le grain acide qu’il délivre. Le phasing, la compression, l’égaliseur pourraient aussi allonger la liste des effets couramment utilisés en studio comme sur scène. Tous ces "trucages sonores" ont fait leur preuve et sont utilisés couramment.

© pixabay.com - Un montage personnel de plusieurs pédales à effet

L’autre manière de créer des effets novateurs est de combiner/superposer plusieurs modules. Bien évidemment, la maîtrise du résultat est plus difficile à obtenir. Cela demande surtout une parfaite connaissance de chaque effet et de son impact sur le son. À titre d’exemple, il est possible d’adjoindre un phasing à un délai ou d’introduire une dose d’écho dans un flanger. Cette sorte de « cuisine sonore » expérimentale, qui était à la mode dans les années 70, coïncidait avec l’apparition en masse des synthétiseurs qui à cette époque, faut-il le rappeler, étaient encore dépourvus d’effets internes.

Même en remontant dans le temps, à la grande époque des Beatles, la course à produire des effets originaux enflammait les studios. Pour cela, l’ingénieur du son n’hésitait pas à détourner l’appareillage de sa destination première, comme le découpage des bandes magnétiques. Toute cette recherche aléatoire ne sera pas sans conséquences sur les musiciens et les producteurs d’alors. L’introduction du « tiroir-caisse » de la chanson Money des Pink Floyd, passant en boucle, préfigure par exemple l’intérêt des musiciens pour l’échantillonnage qui n’est pourtant encore qu’au stade de l’étude.

En fait, l’ingénieur du son s’arrange toujours pour aller plus loin. Sa mission ne consiste pas seulement à enregistrer « bêtement » des chanteurs et des musiciens, même si aujourd’hui ce sont les musiciens qui ont pris la relève en collaborant avec les marques. Cette complicité, qui vise avant tout à élaborer des produits novateurs, provoque de nouvelles façons de travailler le son des instruments, et même de composer.

Depuis déjà un certain nombre d’années, lors des séances d’enregistrement, les musiciens arrivent avec leur propre « bricolage » sonore. Avant-hier c’était le guitariste, hier le claviériste, et aujourd’hui ce sont tous les musiciens et les « DJs » qui jonglent avec les effets. C’est même devenu une routine. Dans un studio, il n’est pas rare de voir arriver un bassiste accompagné de son harmoniseur, un claviériste avec son rack d’effets programmés ou encore un guitariste avec son ampli, parce que cet ampli-là délivre un certain son et que c’est ce son-là qu’il veux !

Mais attention ! Un effet doit se justifier. Il ne doit jamais être là pour supplanter une idée ou un manque d’idée. N’oublions pas que des instruments comme le piano ou la guitare sèche se suffisent à eux-mêmes… Et c’est heureux qu’il en soit encore ainsi aujourd’hui, surtout depuis que l’échantillonnage est venu tout chambouler dans le domaine créatif.

Pour comprendre les choses, il faut toujours partir de la base, du pourquoi. La naissance des effets, comme précisé dans le « chapô » de cette page, visait au départ les instruments électriques qui ne produisaient pas d’ambiance sonore acoustique propre ; le bût de tout effet était alors de leur « donner une âme ». Mais de nos jours cette course aux effets, si répandue, ne correspond plus vraiment au gadget surajouté d’autrefois. Les effets sont devenus des outils de création qui, tout en étant loin d’être futile ou secondaire dans les productions actuelles, ne peuvent être ignorés de la musique pensée, écrite et interprétée.

par ELIAN JOUGLA (Piano Web - 01/2021)

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