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PÉDAGOGIE



ÉTENDUE DU CLAVIER ET ENFONCEMENT DES TOUCHES DU PIANO

Après avoir abordé dans un premier temps l’assise face au piano, ce second volet développe les conséquences de l’étendue du clavier ainsi que l’impact technique lié à l’enfoncement des touches.


DE L’ÉTENDUE DU CLAVIER À LA SYMÉTRIE

Lorsqu’un enfant découvre le piano, il est aussitôt attiré par le clavier et ses nombreuses touches. Sa curiosité naturelle l’incite à taper au hasard, seulement guidé par la sonorité qui s’échappe de l’instrument. Dès lors, le clavier s’apparente à un jeu étant donné qu'il n'exige pas de connaissances particulières pour faire naître des sons. C’est là une des raisons du succès rencontré par le piano, même si – faut-il le rappeler – l'instrument n’est pas adapté à la morphologie d’un jeune enfant.


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En toute logique – s’il existe une logique dans ce domaine – l’ensemble de l’étendue du clavier et la taille des touches ont été conçues au départ pour être joué par des mains d’adulte. Assis en son centre, bras tendus, le pianiste doit être en mesure de conserver - si possible - la position de ses deux mains dans l’axe horizontal des touches quand il atteint les extrémités du clavier (voir photo plus bas).

L’explication théorique se veut simple : les bras s’écartent progressivement du buste tandis que les mains « glissent » sur l’étendue du clavier en conservant une position à l’identique, quelles que soient les touches frappées, ceci grâce à la rotation horizontale du poignet. On remarquera au passage que quand l'adulte est de petite taille, sa principale difficulté est d’atteindre l'une des extrémités du clavier sans devoir se pencher. De fait, l'assise s'en trouve déstabilisée, ce qui entraîne parfois un manque de précision dans le jeu (le regretté Michel Petrucciani, à cause de son infirmité, devait prendre parfois appui sur le montant du piano quand il cherchait à atteindre les extrémités du clavier). Fort heureusement, dans la littérature pianistique, jouer aux extrémités n'est pas la priorité des compositeurs ni des pianistes, sauf parfois lors d’un final ou lors d'une étude mettant en avant une particularité technique, ou encore quand le style implique un jeu constant dans les basses à l’image d’un boogie woogie ou d'une 'walking bass', par exemple.

Si les parties gauche et droite de notre corps sont approximativement symétriques, nous avons par contre une main dite « forte » et une main dite « faible ». Malgré des exercices étudiés (tenue, par exemple), ce déséquilibre naturel s'accentue en fonction de l'usage des mains dans la vie quotidienne. Un sacré dilemme qui s’intensifie aussi en fonction de la musique pratiquée quotidiennement. Cette normalité admise soulève aussi cette question si répandue : « Existe-t-il un avantage à être gaucher au piano ? » (Lire ICI).

En plus du problème lié aux mains, vient se rajouter le poids naturel d’enfoncement des touches qui est variable d'un clavier à l'autre. Ensuite, contrairement au piano numérique où toute la série d'un même modèle possède les mêmes caractéristiques sonores et techniques (un même échantillonnage, un même type de clavier lourd, d'amplification aussi), un piano acoustique, de part sa fabrication artisanale et les matériaux utilisés, possède très souvent ses propres caractéristiques sonores accompagnés de défauts et de qualités : des basses plus ou moins puissantes, des aigus plus ou moins brillants, etc. Ainsi, dans le cas d'un déséquilibre sonore trop important entre les graves et les aigus, le pianiste n'a d'autre choix que de réagir en rectifiant son jeu... ce qui peut être fort embarassant, voire dangereux (si le mot n'est pas trop fort) ! (1)

D'autre part, le timbre général de l'instrument peut aussi poser problème. Il faut se souvenir que les pianos d’avant-guerre (genre Playel ou Gaveau) sonnaient plus mat (ce qui convenait parfaitement à l’exécution d’œuvres classiques), alors que ceux d’aujourd’hui sont nettement plus brillants. On atteindra même des « sommets d’agressivité » avec les pianos américains Baldwin et les premiers Young Chang venues de Corée au début des années 80.

1 - De nos jours - essentiellement pour une question de coût - de nombreux pianos acoustiques vendus dans le commerce sont usinés, c’est-à-dire fabriqué à la chaîne. Cela se remarque à l’écoute, car il existe alos une certaine similarité sonore d’un modèle à l’autre d’une même série… un manque de personnalité que certains pianistes pointilleux peuvent regretter.

La main gauche positionnée à l'extrémité du clavier conserve sa position dans l'axe des touches.

Ces différents constats nous font comprendre tout de suite que maîtriser le toucher d'un piano acoustique est une donnée fondamentale de son apprentissage. L'instrumentiste doit se débrouiller pour faire ressortir les traits mélodiques indispensables à la bonne exécution de l’œuvre. La bien nommée « indépendance des mains » prend racine non seulement à travers la polyrythmie, mais aussi dans le différentiel de puissance accordé aux deux mains, ceci afin de compenser les faiblesses de l'instrument.

Cette préoccupation, qui est liée à l'interprètation de toute œuvre, ne se cache pas forcément dans des traits techniques complexes, à l’exemple d’un unisson joué aux deux mains à quelques octaves d’intervalle. Théoriquement la main droite doit ressortir, mais pour y parvenir, le pianiste devra contrebalancer la puissance des basses naturelles en jouant plus fort de la main droite (ou en attenuant légèrement le jeu de la main gauche). Il est certain qu'avoir un contrôle précis du jeu dynamique main droite/main gauche demande une certaine pratique et attention... qui rime avec concentration. Aussi, mieux vaut-il aborder cette difficulté le plus tôt possible ; l’oreille étant toute disposée à servir de guide « pour la bonne cause » !


L’ENFONCEMENT DES TOUCHES

Prendre le contrôle du jeu sur les touches est le seul « moyen classique » pour un pianiste de dialoguer avec son instrument. Contrairement à un grand nombre d’instruments, le piano est dépourvu d’effets capables de « triturer » sa sonorité ou de l'ajuster à sa convenance (d'où le choix - très cornélien - de choisir un piano qui donnera entière satisfaction sur la distance). La vraie magie du piano, c’est sa polyphonie totale de 88 notes. Cette simple phrase est loin d'être vide de sens, car jouer correctement du piano se résume, si l’on peut dire, à la façon d’attaquer chaque touche.

Pour produire un son, un doigt vient appuyer sur la touche (un levier), assisté par une mécanique complexe qui vient « dynamiser » l’impact du marteau sur la corde. Afin d’aider le pianiste dans sa tâche, les touches d’un piano acoustique possèdent plusieurs spécificités qui peuvent être réglées et qui se résument autour du poids naturel de la touche à son enfoncement (généralement entre 60 et 80 grammes), sa profondeur d’enfoncement (autour de 10 mm) sans oublier le jeu latéral des touches (qui se corrige avec les pointes d’enfoncement et de balancier de la touche). Ces différents réglages influent considérablement sur le jeu en donnant l’impression que le clavier est plus ou moins facile à jouer. (Consulter Le toucher, du piano acoustique au synthétiseur).

L'enfoncement d'une touche peut être réglé au mm près, voire moins.

Quand un pianiste possède une bonne technique, et qu’il est en mesure de contrôler le poids exercé par chacun de ses doigts, il n'est pas faux de dire qu'il ressent l’action mécanique de la touche. Techniquement parlant, plus il exercera de force sur le poids limite d’enfoncement de la touche et plus la tête du marteau viendra s’écraser sur la corde, ce qui conduira à obtenir un son plus agressif, plus « dur » en somme ! Cependant, je ferais remarquer que si le contrôle d’une seule note est aisé, un pianiste, même débutant, comprend vite que tout devient plus compliqué quand il s’agit de maîtriser la sonorité de plusieurs notes successives ou jouées en même temps (accords). Une bonne partie de la technique pianistique repose sur ce constat, telle une évidence !

Simple hypothèse : quand on joue une mélodie, doit-on attendre que la première touche se relève pour attaquer la suivante ? Si le pianiste agit de cette façon, il obtiendra une sonorité sèche (détachée), alors que s’il enfonce la deuxième touche avant même que la première soit totalement remontée, il obtiendra une sonorité plus liée. En pratique, un jeu détaché ou piqué est plus difficile à maîtriser qu’un jeu lié, ce dernier étant physiquement plus naturel, demandant au pianiste moins d’effort et d’attention (on y revient). On peut aussi imaginer que tout en contrôlant le relâchement sonore de la première note, l’interprète choisisse librement la façon d’attaquer la note suivante par anticipation.

Bien que le mouvement des doigts qui s’exprime sur un clavier soit de nature éminemment plus complexe que ces seules observations, dans la pratique, il ne faut pas oublier que les poignets, les avant-bras, les épaules participent également au jeu pianistique. Liszt et Chopin, les premiers, défendront l’art du piano en le libérant du rôle dominateur des doigts dans l’accession à la technique. Les deux compositeurs virtuoses accordaient aux mouvements du corps une grande importance et dont le résultat, d’après les témoins qui eurent l’occasion de les voir jouer, n’avait qu’un lointain rapport avec leurs prédécesseurs. Liszt et Chopin ne frappaient pas les touches violemment, mais au contraire venaient les caresser, faisant voler leurs mains au-dessus d’elles pour ensuite les toucher à leur guise, sans jamais les heurter.

par ELIAN JOUGLA

À suivre : Mouvements et articulations des mains et poignets au piano


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