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HISTOIRE DE LA MUSIQUE : LES PIANISTES DE JAZZ



DUKE ELLINGTON : « THE DUKE » OU L'HISTOIRE D'UN GEANT DU JAZZ

Inventeur des grands orchestres, son oeuvre ressemble étrangement à celle d’un constructeur de cathédrales. Toute sa vie Duke Ellington reste fidèle à la tradition musicale de la musique négro-américaine : le blues et le swing. A la recherche perpétuelle d’une esthétique musicale parfaite, c’est en racontant l’histoire de son peuple à tous les autres peuples du monde qu’il est entré dans la légende. Plus connu comme chef d’orchestre et compositeur que comme pianiste, Duke Ellington a pourtant développé un phrasé, un touché très reconnaissable, un style pianistique inimitable… Il est certainement la plus grande figure musicale qu’ait connu les Etats-Unis.


LES DATES IMPORTANTES DE LA VIE DE DUKE ELLINGTON


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  • 1899 – Duke Ellington est né à Washington le 29 avril 1899. Il est issu de la petite bourgeoisie. Il fera des études d’art décoratif avant d’apprendre la musique avec Henry Grant.
  • 1924 – De 1924 à 1939, il joue durant cette période un style jungle, très inspiré de la musique africaine. Duke lance alors la mode qui privilégie la danse acrobatique et qui se mêle aux mélodies des intonations latino-américaines de Cuba et Porto Rico. Ses mélodies sont subtiles et exotiques. Durant toute cette période, le Kentuky Club et le Cotton Club vivront au rythme jungle.
  • 1939 – L’arrivée du pianiste-arrangeur Billy Strayhorn, âge de 25 ans, permet au groupe des fidèles amis de Duke d’évoluer. La formule est rajeunie. Le jungle devient plus souple et l’utilisation de riffs se développe.
  • 1945 – Duke passe de l’exotisme à l’impressionnisme. A travers quelques suites orchestrales savoureuses, la mélodie devient vaporeuse et langoureuse.
  • 1955 – Dans la longue période 1955 à 1974, il représente, réorchestre son répertoire et finalise une suite de musiques sacrées qu’il joue dans les églises et les temples. C’est durant cette période qu’il recherche la synthèse de son œuvre et où il fait de nouvelles rencontres qui le conduiront aux portes de ses propres racines.
  • 1974 – Il meurt à New York le 24 mai 1974. Un grand maître du jazz classique vient de s’éteindre.

DUKE ELLINGTON, LA LÉGENDE


Plus que n’importe quel autre musicien de jazz classique, Duke Ellington aura créé son propre univers. Musicien très fécond, avec à la clé plus de deux milles morceaux, il n’eut de cesse d’approfondir son discours et de le faire évoluer à travers de nombreuses rencontres. Chercheur invétéré dont la générosité musicale peut se passer de la justification de bon goût, Ellington a non seulement monté un orchestre exceptionnel, mais il a aussi démontré ses facultés pianistiques à de nombreuses occasions. Cependant, du fait même qu’il a développé l’image d’un musicien « orchestre » (il disait : « Mon instrument, ce n’est pas le piano, c’est l’orchestre tout entier. ») les critiques, mais aussi le public ont minoré ses interventions pianistiques – ce qui est regrettable -, pour ne voir en lui, presque exclusivement, sa facette de compositeur et de chef d’orchestre.

Les louanges le concernant ne manquent pas… En premier lieu, son exceptionnel sens de l’initiative. Son audace lui a permis de susciter le talent de nombreux solistes. Certains musiciens comme Barney Bigard ou Rex Stewart, en dehors de l’orchestre, n’ont jamais été capables de se maintenir au niveau de la forme où le Duke les avaient si bien acclimaté et poussé.


DUKE ELLINGTON - SATIN DOLL


LES MOMENTS CLÉS

Duke Ellington, de son vrai nom Edward Kennedy « Duke » Ellington, ne grandit pas dans une famille de musiciens. Son père est un petit artisan établi à Washington. A six ans, sans raison particulière, un camarade d’école l’appela par jeu le « duke ». Ce nom lui restera et deviendra même son surnom d’artiste : « The Duke »

La musique, il l’a découvre à l’âge de sept ans à travers le piano. En 1915, alors qu’il n’a que 16 ans et qu’il obtient une bourse pour suivre des cours dans une école de dessin industriel de Brooklyn, sans que l’on en connaisse exactement les raisons, il y renonce pour se consacrer à la musique. En entendant de vraiment gagner sa vie artistiquement, il devient barman. Sa première composition Soda Fountain Jerker rendra hommage à cette profession qu'il exercera un temps. Nous sommes en 1916 et Ellington poursuit conjointement à son travail alimentaire des études d’harmonie...

Duke est un jeune musicien infatigable. Tous les jours, au moindre moment de libre, il passe le plus clair de son temps sur son piano. Il joue énormément, surtout du ragtime, la musique à la mode. Il essaie, du mieux qu’il peut, de copier ceux qu’il considère comme ses premiers maîtres : Lucky Roberts, James P. Johnson…

Très vite, le jeune Ellington a des ambitions. Il devient le manager de plusieurs orchestres avant de former un premier groupe autour de Otto Hardwick (sax) et Sonny Greer (batterie). Ensemble, ils décident de se rendre à New York où, malheureusement, ce sont six mois d’échecs qui les attendent. Dans la grande métropole, il fait la connaissance de deux maîtres du piano ragtime et jazz : Fats Wallers et Willie Smith le Lion. Duke est admiratif devant le talent de ces deux musiciens aguerris à toutes les facéties musicales...

Avec le temps, la formation de Duke s’élargie avec notamment Charles Ivis (trombone) et Bubber Miley (trompette) ; mais c’est seulement près de six ans plus tard que l’orchestre trouve une première place prometteuse en étant engagé à Broadway dans un cabaret nouvellement baptisé le Kentucky Club.

Ellington enregistre son premier disque pour Pathé, Trombone blues en 1924. Il n'a alors que 25 ans… Mais l’année qui suit, c’est 25 disques que l’orchestre du Duke enregistre. La petite formation est certes constitué, mais la musique produite est encore banale. Ce n’est qu’en 1937, avec la série qui débute par les enregistrements de East Saint-Louis toodle-Oo et Birmingham breakdown qu’enfin l’orchestre d’Ellington trouve ses repères, sa marque de fabrique.

La suite de sa carrière, du moins avant-guerre, verra l’orchestre engagé au Cotton Club (il y restera 4 ans) et l’arrivée de fidèles compagnons, les dénommés : Barney Bigard à la clarinette, Johnny Hodges au saxophone et Cootie Williams à la trompette. Puis se sera le passage au Fulston Theatre aux côtés de Maurice Chevalier en 1930. Pour le grand orchestre de Duke Ellington, c’est le début d’une ascension qui se confirmera année après année, aux Etats-Unis, puis ensuite en Europe dès 1933.

L’année 1940 marque la plus grande année de toute la production ellingtonienne. Cinquante-six morceaux, presque tous des chefs-d’œuvre, seront enregistrés. C’est à cette époque qu’il engage un arrangeur pour le seconder, Billy Strayhorn. C’est aussi à cette époque que l’orchestre fait quelques apparitions dans des films.

Le premier concert au Carnegie Hall a lieu en 1943. C’est cette année-là qu’est écrite la fameuse suite Black, Brown and Beige. Ellington s’adonne à la composition à travers de nombreuses suites dont les plus célèbres seront Perfume suite, Liberian suite, Newport suite ou encore Such sweet thunder.

Il faut attendre 1948 et une tournée en Europe pour que Duke Ellington délaisse un temps son grand orchestre et prenne place derrière le piano, seulement accompagné du trompette Ray Nance et de la chanteuse Kay Davis. Cette escapade, presque en solitaire, sera de courte durée. Dès 1950, le grand orchestre repart sur les routes. A partir de 1956, Duke prendra l'habitude de participer avec son orchestre à presque tous les nouvelles éditions du festival de Newport.

Ellington qui jusqu’en 1950 avait horreur des voyages en avion, devint un globe-trotter infatigable. Les quinze dernières années de sa très longue carrière, il a emmené l’orchestre dans toutes les parties du monde, des pays de l’Est, en passant par l’Extrême-Orient, la Russie ou les pays d’Amérique latine.

L'homme vieillissant continue d'écrire de la musique de films, réorchestre habilement en jazz des thèmes classiques comme Peter Gynt ou Casse-Noisette et revient souvent en tournée en Europe. Comme par le passé, il continue de réenregistrer ses grands succès et provoque des rencontres avec quelques ténors du jazz : Louis Armstrong, Count Basie, Coleman Hawkins, Ella Fitzgerald, Dizzy Gillespie et John Coltrane. C’est souvent dans ses collaborations occasionnelles qu’il a l'occasion de montrer tout son talent et sa virtuosité pianistique.

Le compositeur infatigable Ellington affine avec les années son style, perfectionne les nuances et à l’occasion de spectacles, compose des musiques de scène (Turcaret) ou de cinéma (Paris Blues). A ce titre, il a participé à de nombreux concerts de musiques sacrées qui ont fait l’objet de plusieurs films de télévision et qui ont été enregistrés sur disque.

Sa discographie – la plus considérable de toute l’histoire du jazz – s’est enrichie de plusieurs suites nouvelles : Virgin islands suite, La Plus Belle Africaine, créée pour le festival des Arts noirs de Dakar, Far east suite, Latin America suite, Togo Brava ou encore New Orleans suite, en hommage à Sidney Bechet et Louis Armstrong. Mais peut-être la plus significative, socialement parlant, dans l’œuvre du Duke est certainement My people, qu’il a dédié au peuple noir américain. Son autre grande ambition de compositeur sera d’écrire un opéra, The Bigger’s opera.


SA PLACE DANS L'HISTOIRE DU JAZZ

Si comme Ellington, certains des musiciens de l’orchestre ont vieilli et d’autres disparu, le chef d’orchestre a conservé jusqu’au bout une autorité magistrale, naturelle, et une jeunesse des sentiments. Son orchestre, malgré des transformations cruelles et des emprunts, a continué de produire une musique presque sans concession, avec plénitude et générosité.

Ellington n’était pas un pur compositeur de jazz. Il lui est arrivé très souvent de s’approprier un discours musical ambitieux, mais sans arriver à se hausser à la hauteur des plus grands compositeurs classiques, dont finalement les recherches sont très éloignées des siennes. Cependant, l’enchevêtrement contrapuntique des diverses sections dédicacées à la seule cause d’un big band de jazz mérite de retenir notre attention. La grande force de la musique de Duke Ellington est de pouvoir plaire aux amateurs de jazz, de danse comme aux « intellectuels » Une sorte de musique jazz universelle émane de l’œuvre du Duke.

Certains diront, à juste titre, que chez Ellington le piano était accessoire, qu’il était là pour annoncer le thème en introduction ou parfois pour conclure un final en douceur et que finalement c’est pratiquement par petites touches qu’il s’est faufilé à l’intérieur des différentes improvisations. A ceux qui douteraient de son talent de pianiste, je leur conseillerai d’écouter Reminiscing in tempo, la première suite qu’il composa et qu’il dédicaça à sa mère. C’est une émouvante œuvre de concert ou Ellington a l’élégance de montrer son grand talent de pianiste.

La musique du Duke est une musique du partage, c'est peut-être pour cette raison que le piano est passé au second plan. Le jazzman a toujours laissé une grande place à ses solistes favoris : Barney Bigard, Harry Carney, Paul Gonsalves, Sonny Greer, Jimmy Hamilton, Johnny Hodges, Ray Nance, Tricky Sam Nanton, Oscar Pettiford, Rex Stewart, Cootie Williams, Lester Young… Tous ces musiciens de talent, ces improvisateurs nés, ont permis à l’orchestre du Duke de cimenter son équilibre sonore, son identité. Certes, il existe un fossé entre les musiques produites dans les années 20 à celles qui vont se succéder jusqu’aux années 60. Le chercheur s’est manifesté de bien des manières avant de parvenir à synthétiser les trois styles que sont le jungle, le mood et la danse entre les années 27 à 40. Quand on a le loisir de contempler cette grande œuvre qui s’est achevée avec la mort le 24 mai 1974, plusieurs perles la dominent tour à tour, tantôt émotionnelle, tantôt audacieuse ou tantôt aventureuse, et dans certains cas avec la force de réunir les trois penchants.

Pour celui ou celle qui souhaite apprendre l’histoire du jazz, son évolution, ses techniques, ses inventions, Duke Ellington a été capable de nous apporter de nombreuses réponses. Une fois lancée au cœur de son univers musical, il est difficile de s’extraire de sa sinuosité. Là, les accords dissonants de The Mooche ; ici les passages crescendo de Saddest tale ou le caractère grandiose de Never no lament ; quand ce n’est pas l’exotisme de Caravan, le swing de It Don't Mean a Thing et la tentative polytonale de Lightin qui vous emporte. Chaque pièce musicale mériterait une étude approfondie.

LES ŒUVRES MARQUANTES (sélection)

  • Anatomy of a murder (musique de films)
  • Black, brown and beige
  • Blue Serge
  • Bojangles
  • Bravo Togo
  • C. Jam Blues
  • Caravan
  • Clementine
  • Concerto for Cootie
  • Conga brava
  • Cotton Tail
  • Dusk
  • Five o’clock drag
  • Happy go lucky local
  • Hy a Sue
  • In a mellotone
  • In a sentimental mood
  • It don’t mean a thing
  • Ko-ko
  • Latin American suite
  • Liberian suite
  • Liza
  • Main stem
  • Midriff
  • Money jungle
  • Moon indigo
  • Never no lament
  • Perdido
  • Perfume suite
  • Rockabye river
  • Rockin’ in rhythm
  • Sacred concerts
  • Sattin Doll
  • Serenade to Sweden
  • Solitude
  • Sophisticated lady
  • Swamp fire
  • Take The ‘A’ train
  • The Mood to be wooed
  • Warm valley

Pour le piano, les albums…

  • Duke Ellington and John Coltrane
  • Piano in the background
  • Piano in the fireground
  • Reminiscing in tempo (suite)

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