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LA DISSONANCE EN MUSIQUE, DU CLASSIQUE JUSQU'AU JAZZ

LA DISSONANCE, QU'EST-CE QUE C'EST ?

Dissonance (du latin dissonantia, signifiant désaccorder) est le contraire de consonance (du latin consonare, signifiant accorder). Jusqu’à-là tout semble clair. On est en face de deux mondes qui s’opposent. Etre en accord ou en désaccord, telle pourrait être la définition imagée que l’on pourrait transmettre à un musicien candide. Pourtant, ces deux mots, témoins central de la révolution musicale du 19e et 20e siècle, ont été définis et utilisés différemment au cours du temps…

Normalement, nous devrions trouver dans la théorie une explication rationnelle : la dissonance est un groupement d’au moins 2 tons de même résonance, dans lesquels une tension tend à une résolution dans une consonance. Hum ! Cette seule explication physico-mathématique seule ne suffit pas.

Par exemple, elle ne permet pas d’expliquer pourquoi on conçoit la tierce mineure ascendante sol/sib comme une consonance…


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Et la seconde augmentée descendante la#/sol comme une dissonance, bien qu’elles soient semblables en ce qui concerne leur sonorité.

De ce constat, on a créé le concept d’interprétation de la consonance. Dès lors, les musiciens se sont longtemps demandés quels intervalles ou accords pourraient être considérés comme dissonants. S’il a toujours été reconnu que l’octave, la quinte et l’unisson ne le sont pas véritablement, en revanche, la tierce a été parfois considérée comme dissonante et la quarte placée dans les deux camps.

Bref, ces constatations ne nous aident pas à y voir plus clair ! Serions-nous alors en face d’un problème reposant sur une bonne part de subjectivité ?

La suite se corse…

On a notamment distingué la dissonance aiguë, la douce et l’ininterrompue. Durant le siècle dernier, l’image sonore du concept consonant et dissonant s’est souvent déplacée. Jusqu’ici, le terme “discordance” venait parfois en remplacement de “dissonance”, alors que l’harmonie était entendue comme une euphonie (qui désigne une combinaison sonore agréable et harmonieuse).

Ensuite, la dissonance a été considérée comme une fausse note. Pour les musiciens, il semblait utile de faire dominer le sens négatif de la dissonance sur le sens positif de la consonance (ici l’image de ‘dissonantia’ opposé à ‘consonare’ prend tout son sens). Toutes ces questions, finalement sans réponses avérées, trouvent avec le compositeur Richard Wagner leur premier séisme musical.



LA DISSONANCE MUSICALE À L’ESSAI

Richard Wagner est l’un des premiers compositeurs à vouloir remettre en cause le système consonant. Il signe avec son œuvre Tristan et Isolde une volonté farouche de ne pas résoudre ses dissonances en consonances, laissant ainsi en suspens les oreilles des auditeurs sur des conclusions sonores inhabituelles.

Dès lors, d’autres compositeurs vont se rallier à la même cause : provoquer la rupture avec le système consonant. La coutume tend alors, de plus en plus, à ne pas terminer les pièces de musique par une tierce ‘claire’ mais à ajouter un intervalle dissonant. Les compositeurs classiques vont finir par user et abuser de ce procédé, pas seulement dans la conclusion, mais également au cours du morceau, dans le développement des harmonies. Un pas décisif venait d’être franchi.

Tout s’est ensuite accéléré, comme si la musique devait s’inscrire dans la révolution scientifique et technologique du 20e siècle. Le retour en arrière semblait définitivement compromis… d’autant plus que le jazz venait de naître et confortait cette nouvelle approche du concept dissonant.

NB : pour en savoir plus, consultez les leçons illustrant les causes de la désagrégation du système tonal : La fin de l'harmonie consonante.

LA DISSONANCE DANS LE JAZZ

Le jazz en devenant une musique populaire a contribué grandement à faire accepter certaines couleurs sonores autrefois interdites. L’intervalle de septième majeure (ex : do/si) est certainement le plus digne représentant de la dissonance permissive jazz. Dans de nombreux standards, les accords habillés de septième majeure sont très répandus. Il faut savoir que dans cette musique, l’abus de dissonances n’est pas considéré comme un excès de mauvais goût, mais au contraire comme le reflet d’une appartenance stylisée. Sans elles, le jazz perdrait ce qui fait sa couleur particulière. Que ce soit à travers le mode blues et même le mode majeur, la musique reine de l’improvisation a largement exploité toutes les possibilités de dissonances qui se sont présentées à elle.

Avec l’apparition des accords dissonants, c’est tout un passé sonore ‘reposant’ qui disparaît. Ainsi, en harmonie, la tendance à la résolution a perdu de plus en plus de force et de rigueur, et la frontière entre les accords consonants et dissonants s’est déplacée, voire a été supprimée. Tout ce qui est consonant est devenu pâle, terne, sans saveur et sans relief, pour ne pas dire mauvais entre les mains des jazzmen.

La presque inutilité des accords consonants et l’exploitation de plus en plus outrancière des accords dissonants a donc joué un rôle important dans l’évolution de la musique jazz. La dissonance est utilisée consciemment par les jazzmen comme une forme d’agressivité sonore volontaire. C’est également un moyen supplémentaire pour créer son propre univers avec ses codes et ses langages.

Historiquement, plus on s’éloigne des racines et plus la dissonance propre à la musique jazz va faire loi. La dissonance va croître, jusqu’à devenir dans les années 60 un langage complètement atonal entre les mains des musiciens dit de “free jazz” (NB : dans la musique atonale, la consonance et la dissonance ne sont pas délibérément considérées comme des contraires. L’ancienne évaluation d’intervalle étant évitée, tous les anciens repères volent ainsi en éclat).

Pour un pianiste comme Don Pullen, le jeu d’un piano stride ou swing devient archaïque, désuet. Même si le musicien en connaît les principes techniques et le résultat sonore qui en découle, ceux-ci ne sont plus assez novateurs pour être capables de l’émouvoir ou de le surprendre. Pour de nombreux musiciens en quête d’aventures musicales, ces dissonances, en s’alliant avec l’éclatement des rythmes, sont devenues en quelque sorte les porte-drapeaux de la musique dite ‘libre’.



QUAND LA DISSONANCE NE JOUE PLUS L’ACCORD PARFAIT

Il n’a pas fallu attendre l’arrivée du free jazz ou de la musique classique contemporaine pour que des rivalités et hostilités éclatent au grand jour entre musiciens, comme entre musiciens et mélomanes. La dissonance a fait couler beaucoup d’encre, parfois à juste titre, surtout quand le musicien faisait appel à elle pour masquer un manque d’inspiration. C’est ainsi que, faute d’un langage musical pas toujours clair ou évident, de nombreux musiciens de free jazz ont été condamnés arbitrairement, subissant au passage l’assaut de railleries en tout genre. Tout comme le phénomène électrique au virage des années 70, la musique free jazz et sa liberté incompressible ne pouvait qu’attirer beaucoup de discorde et d’incompréhension.

Face à une musique dont le langage improvisé repose (presque) exclusivement sur de la dissonance et sur un éclatement de l’ossature rythmique, la plupart des mélomanes n’ont pas suivi cette rapide et terrible dissolution du monde consonant. En quelques décennies, la musique ’sage’ s’est transformée en musique de ’sauvage’ inaccessible au commun des mortels et n’a eu de cesse d’accélérer son mouvement de dissolution sonore jusqu’à son paroxysme !

Ainsi, la musique dite ‘dissonante’ a évolué bien plus vite que les bonnes mœurs musicales, sans compter l’éducation qui au lieu de suivre le mouvement a fait rapidement volte face contre les assauts répétés de tous ces compositeurs et improvisateurs ‘anti-conformistes’.

Depuis les années 70, les libertés prises avec la dissonance sont redevenues plus sages. Ce qui représentait hier le modèle d’un aboutissement de liberté musicale, mais également celui des possibilités offertes par le système tempéré, est aujourd’hui placé sous contrôle. La dissonance est utilisée à bon escient, cadrée, si l’on peut dire, dans un savant mélange de retenue et de libération.

Dans un tel cadre, quand ses frontières sont dessinées, la dissonance n’est plus un sujet tabou. Son utilisation ne fait plus peur. Au contraire, petit à petit, elle s’inscrit dans une sorte de cohésion sonore ‘acceptable’ pour n’importe quelle auditeur ou presque. C’est peut-être là, une solution à un développement plus mature de nos chères oreilles face aux combinaisons sonores d’aujourd’hui, mais également pour celles de demain.


  par ELIAN JOUGLA