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Portail sur la musique et les claviers modernes : piano, synthétiseur et orgue.

DOSSIERS DIVERS



DU RÉGLAGE DU PIANO À LA RELATION INTERPRÈTE/FACTEUR

Voici de larges extraits d'une conférence donnée dans le cadre de l'ITEMM en 2002. (Institut Technologique Européen des Métiers de la Musique - qui est l'un des principaux centres de formation européen pour les métiers techniques de la musique). Jean Morfin, responsable du parc Instrumental du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et Robin Lehry, accordeur-réparateur de piano, en sont les intervenants. Ils illustrent par leurs propos leur objectif principal : permettre à chacun d'acquérir les clés de compréhension nécessaires à une bonne relation entre artisan et musicien.


UNE CONFÉRENCE AUTOUR DU PIANO

Alors que les musiciens en général connaissent bien leur instrument, qu'en est-il du pianiste ?

D'après notre expérience, il a généralement un rapport assez extérieur à son instrument.
Premier contact: le pianiste s'installe face à son instrument. Que lui révèle-t-il ? Un clavier, le clavier ! Puis, derrière, un grand coffre droit, agrémenté de deux ou trois pédales, fermé de tous côtés, ne laissant rien paraître si ce n'est la sonorité de l'instrument. La note est déjà en devenir, constituée, en attente, prête à naître, déjà faite, dès lors que le clavier est sollicité. Face à sa partition, à la difficulté de l'apprentissage, de l'exécution, de l'interprétation, le pianiste n'imagine généralement pas le fonctionnement de l'instrument. A contrario, l'organiste a l'occasion de pénétrer à l'intérieur d'un orgue, le parcourt, le visite, grimpant et descendant des échelles tel un Lilliputien dans cet univers de démiurge. Il en ressort marqué à jamais par l'extraordinaire complexité de la machinerie mise à son service.


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Le pianiste, lui, du moins celui qui a la curiosité de soulever le dessus du piano droit, aperçoit quelques cordes, quelques alignements étrangers, généralement poussiéreux, semblant correspondre, pris individuellement, à une note. Pour peu que la maison soit un peu humide, que le piano soit quelque peu ancien, il s'en dégage de surcroît une vague odeur de renfermé ! Refermons le couvercle, remettons les photos encadrées, le métronome et les partitions sur le piano. Pour ce premier contact plus approfondi avec lui, avec ce piano, au-delà du clavier, un premier malentendu.

Un jour vient l'accordeur. S'il s'agit d'un piano à queue, peu de choses nouvelles à voir. Pour une fois le piano débarrassé de tous ses bibelots est ouvert. On voit les cordes, rien de bien explicite. S'il s'agit d'un piano droit, il y a plus à voir... Le prolongement du clavier, la mécanique, est visible. Mais, timidité et/ou absence de curiosité de l'un, manque de disponibilité et/ou de temps de l'autre, l'accordeur commence un travail long, apparemment fastidieux et répétitif; le pianiste se retire dans une autre pièce et laisse opérer l'homme de l'art. Pas de questions, pas de réponses : deuxième malentendu. Comment, me direz-vous, engager une conversation avec un homme qui a les oreilles prises ailleurs ? Certes, mais je me suis parfois demandé si au-delà de la monotonie apparente de l'accord pour celui qui en est spectateur, si au-delà de la peur de faire du bruit, de déranger l'accordeur, il n'y avait pas une sorte de gêne, de pudeur devant le piano ainsi démonté - déshabillé, dirais-je.

L'accordeur a fini, le piano est remonté, le pianiste peut revenir. "Combien vous dois-je ?". Et souvent un petit mot sur "comment va l'instrument ?". Un de mes clients qui a investi l'essentiel de ses économies dans un demi-queue Steinway me demande toujours à la fin de l'accord: "Alors, comment va mon bébé, docteur ?" Je réponds généralement: "Très bien, il a dû prendre froid quand vous avez aéré la pièce, il va mieux maintenant". Comme vous le savez, le pianiste à souvent un rapport très affectif à son piano. Ce n'est d'ailleurs pas un piano, mais "son piano"... Pour l'accordeur, il ne s'agit que d'un piano parmi les autres: nouveau malentendu.

Chaque accordeur a entendu de nombreuses fois le propos suivant: "C'était le piano de ma grand-mère, j'ai fait mes premières gammes dessus, il a un si beau son et un très beau meuble, j'y suis très attaché". L'accordeur, lui, ne voit généralement qu'un instrument ancien, mal entretenu, dans un état déplorable, d'une sonorité épouvantable. Il se retrouve devant le dilemme suivant: comment parler de la réalité de l'état de l'instrument, sans que le propos fasse violence, comment ôter à la conversation une part de sa charge affective ? Comment instaurer une relation de confiance, alors que les protagonistes de la conversation parlent de deux choses différentes. L'un parle d'un piano, l'autre de "son piano".

Pour complexifier la situation, chacun utilise un vocabulaire différent. Nous voici au cœur du problème, semble-t-il: la relation de confiance entre le pianiste (le client) et le technicien (souvent artisan). Car cette relation est aussi, ne l'oublions et ne l'occultons pas, une relation marchande. A notre sens, le seul moyen d'instaurer une relation de confiance entre les deux protagonistes est de dépasser la relation de dépendance qui existe du fait de la méconnaissance de son instrument par le pianiste. L'accordeur technicien doit se faire pédagogue, expliquer l'instrument, expliquer son travail, son vocabulaire, expliciter ses devis, ses tarifs, faire oeuvre de vulgarisation. Ce n'est pas toujours le cas... Combien d'accordeurs bougons ou timides, maladroits dans leurs propos, susceptibles, voire parfois devenus quelque peu acariâtres avec le temps ! Ces mêmes accordeurs peuvent par ailleurs être de très bons techniciens. Toutefois, avoir un accordeur au caractère difficile n'est pas, pour le pianiste, une garantie de la qualité de son travail.

Comment, pour le pianiste, s'y retrouver ? Doit-on se résigner à cette difficulté de communication, peut-on se résoudre à ce malentendu, parfois à cette méfiance, ou peut-il en être autrement ?

Modestement, lors de cette communication, nous allons essayer de vous apporter une approche différente, une connaissance, un vocabulaire qui, nous l'espérons, vous permettra un autre regard sur les pianos, une compréhension du fonctionnement et une relation un peu différente à votre piano…


ACCORDS, RÉGLAGES ET HARMONISATION

Nous avons souvent entendu dire par les compositeurs qu'ils retrouvaient dans le piano le son de l'orchestre, d'autres fois ils évoquent le côté choral de l'instrument. Un peu de pédale forte et la richesse harmonique déferle comme des vagues de sons. Cette richesse est due à l'importante tessiture de l'instrument et au nombre de cordes par note. On parle d'ailleurs de chœur pour désigner les trois cordes d'une note. Ce chœur a une autre caractéristique : libre mais non jouée, une corde à la quinte, la quarte ou l'octave d'une autre corde jouée va se mettre à résonner par sympathie avec cette dernière.

Ce phénomène, a priori mystérieux, est simple. Les vibrations se propageant dans l'air, tout objet ayant la même fréquence se mettra à résonner par sympathie. Prolongeant des deux côtés la partie vibrante, nous avons deux parties de cordes normalement inertes. Certains constructeurs ont eu l'heureuse idée de faire résonner ces deux parties. Leur longueur est alors calculée pour entrer automatiquement en résonance, par sympathie, avec la partie vibrante. Chez Steinway, cette partie des notes vibrant par sympathie et créant des harmoniques s'appelle l'échelle Duplex.

Si nous attirons votre attention sur cette richesse harmonique du piano, c'est que toutes ses qualités acoustiques ne sont mises en valeur que si l'instrument est juste. D'où l'importance de l'accord, de l'entretien.

L'accord est une opération complexe qui demande un long apprentissage. L'accordeur débutant va travailler l'accord 10 minutes à un quart d'heure, puis progressivement il passera à une demi-heure, une heure.

Le premier apprentissage est celui de l'oreille ; très rapidement l'accordeur débutant n'entend plus, l'oreille est saturée. La difficulté d'entendre va de pair avec la difficulté de la maîtrise de la main. La symbiose des deux, cette maîtrise de la main et de l'oreille, prendra plusieurs années. Votre accordeur est généralement un professionnel très qualifié. On ne s'improvise pas accordeur, on apprend à le devenir.

En accord, le tempérament égal est un compromis sur les quartes, les quintes, les tierces, les sixtes. Seuls les unissons et les octaves sont justes. Le réglage de l'instrument a pour objet d'optimiser son fonctionnement.

Un piano mal réglé peut sembler fonctionner, mais si un mauvais technicien fait marcher le piano, un bon technicien le règle selon les normes, selon les cotes de réglage. Cette optimisation du fonctionnement a pour objet de donner au pianiste l'outil qui va lui permettre de progresser. Parmi les difficultés que peut rencontrer un jeune pianiste, certaines peuvent provenir d'un piano qui marche, mais qui fonctionne mal. Jouer pianissimo ou fortissimo, nuancer son jeu, interpréter une oeuvre, n'est possible que si l'on dispose d'un instrument, d'une mécanique fiable. Pour conclure, à chaque réglage correspond une sensation tactile au clavier.

Nous abordons avec l'harmonisation la partie la plus créative du métier de technicien-accordeur. Harmoniser, c'est construire le timbre de la note en jouant sur la densité des marteaux. Le percussionniste en orchestre peut disposer d'une dizaine de baguettes et mailloches différentes: dures, souples, fines, grosses, etc. Il va proposer un timbre différent selon le type de percuteurs qu'il va employer.

C'est un travail de cette nature que va exécuter le technicien, construire le timbre de l'instrument. Un très bon harmoniste peut obtenir des résultats remarquables. Il va chercher la couleur la plus chantante de l'instrument, le meilleur résultat possible en fonction de la qualité de l'ensemble d'harmonie. C'est un travail très personnel, très artistique. Pour le même instrument, des couleurs très différentes peuvent être obtenues selon le technicien. En fabrication, certaines manufactures span appel à plusieurs techniciens les uns après les autres, de façon à standardiser le son de leur production. C'est le cas notamment chez Steinway.

En parallèle à l'harmonisation, nous avons l'égalisation. C'est la même opération, mais le but est moins de construire un son, il est plus d'homogénéiser l'ensemble du clavier, d'écrêter les notes les plus puissantes et de faire sonner les notes les plus douces. On parle souvent indifféremment d'harmonisation ou d'égalisation, voire d'intonation lorsqu'il s'agit de rendre plus rond un piano qui a beaucoup été utilisé et qui est devenu métallique.

Cette partie de notre exposé, consacrée aux rythmes d'entretien, va essayer de faire un lien entre rythme d'entretien et difficulté de communication.
A ce titre, présenter le parc d'instruments du conservatoire de Paris ne m'apparaît pas comme un exercice obligé qui serait lié à la fonction que j'occupe au conservatoire, mais plutôt comme un exemple réussi d'un dépassement de la problématique de communication. Je m'explique...

Le conservatoire dispose d'un parc assez important de pianos. Environ 80 pianos droits et 150 pianos à queue. Ces instruments ont différents usages. Pour simplifier, les pianos droits équipent les studios de travail des étudiants, les queues de concert les salles publiques, les trois-quarts les salles de concours ou de musique de chambre, les demis les classes instrumentales ou théoriques. Dans les classes, nous avons les classes piano bien sûr et d'accompagnement, les classes instrumentales ou les classes théoriques.

Pour des raisons de temps cette présentation reste schématique, la variété des espaces au conservatoire est bien évidemment plus complexe, elle est à mettre en relation avec la diversité des disciplines enseignées et les 1250 étudiants du conservatoire. Chaque type d'espace a un rythme et type d'entretien différent.

Le conservatoire travaille pour l'accord avec neuf artisans-accordeurs différents. C'est-à-dire neuf entreprises. Chaque accordeur travaille un certain nombre d'heures par semaine. Cela va de cinq à vingt et une heures par semaine. Chaque accordeur est responsable de différents espaces et pianos, dans lesquels il est seul à intervenir en accord. Il est responsable de l'accord des instruments qui lui sont confiés. Cette variable d'heures est liée à la fonction des espaces. Classes piano, salles de concert, salles de concours, classes de cordes ou théoriques, classes de danse, de jazz, etc. Le total hebdomadaire est de 92 heures, soit une moyenne de dix heures par entreprise.

Les professeurs et étudiants trouvant des instruments en état, bien accordés, bien réglés, harmonisés régulièrement, n'ont pas ou plus de demande particulière. Les deux points essentiels qui ont permis ce résultat sont la création d'un poste de responsable du parc instrumental clavier au conservatoire, et la mise à disposition de crédits suffisants pour permettre ce niveau d'entretien.

Si les crédits sont essentiels, la création du poste de responsable clavier est l'élément le plus important en terme de communication. Car il se trouve à l'interface de l'administration, dont il est partie prenante, et de la profession d'accordeur réparateur dont il est issu.

Il faut rajouter à cela un artisan venant 15 heures par semaine uniquement en entretien, hors accord, ainsi que des révisions ponctuelles de réglage et d'harmonisation pendant les périodes de vacances. La charge de travail de chaque accordeur est liée à la nature des espaces qu'il gère. Le nombre de pianos qui lui sont confiés est différent selon qu'il s'agit de classes piano, de salles de concert, de musique de chambre, de studios de travail ou de répétition.

Cette organisation a pour objectif de proposer à chaque catégorie d'utilisateur un instrument dont l'entretien est adapté à son niveau d'exigence légitime. Le niveau général d'entretien étant, en tout état de cause, assez élevé. Le niveau d'exigence pour les salles de concert est la perfection. Tolérance zéro. Pour les classes de piano l'objectif est élevé mais inférieur. En outre l'usage intensif des instruments amène obligatoirement à un niveau de tolérance légèrement plus souple.

Nous retrouvons cette différence sur le ratio nombre d'instruments/nombre d'heures de travail hebdomadaire:

  • Niveau concert: 11 instruments, nombre d'heures allouées 15;
  • Classes piano et apparentées: 12 instruments, nombre d'heures allouées 7,5;
  • Autres classes instrumentales: 22 instruments, nombre d'heures 12,5.

Il est à noter que les quinze heures pour les salles de concert intègrent du temps d'harmonisation en plus de l'accord.

CHARGE DE TRAVAIL D'UN PARC DE PIANO EN CONSERVATOIRE

Nous pourrions continuer cette information de manière plus approfondie, mais là n'est point l'objet de cette communication. Si j'ai voulu vous donner un aperçu de ce mode d'organisation, c'est qu'à l'objectif premier d'apporter aux musiciens du conservatoire un parc d'instruments en bon état de fonctionnement, s'est ajouté comme résultat un dépassement des problèmes de communication.

La méconnaissance du savoir-faire professionnel des uns, et la méconnaissance de la réalité, et souvent de la justesse des contraintes administratives par les autres, conduisent souvent à une grande difficulté dans la mise en place d'un protocole d'entretien des parcs instrumentaux. Je pense personnellement que de nombreux conservatoires ou institutions musicales gagneraient à salarier un accordeur-réparateur dès lors que leur parc d'instruments devient conséquent. Outre le travail d'entretien au quotidien, ce technicien servirait d'interlocuteur, de médiateur entre les professeurs, l'administration et la profession.

La principale difficulté de communication que j'ai pu constater entre institutions et techniciens tient plus à la difficulté de la relation marchande qu'à une incompréhension autour de l'instrument. Généralement, le gestionnaire d'institution n'a pas les outils ou connaissances nécessaires lui permettant de faire des choix en toute clarté. Un exemple: la Cité des Arts.

Cela m'amène à vous parler d'un outil d'évaluation, mis en place par l'association américaine des accordeurs réparateurs de pianos, qui permet de prendre conscience que la charge ou le temps de travail nécessaire à l'entretien d'un parc instrumental, peut s'avérer comporter des différences significatives.

Cet outil se compose de six variables, elles-mêmes divisées en quatre niveaux. Ces six variables sont:

  • L'état de l'instrument;
  • La qualité de l'instrument;
  • Le contrôle de l'hygrométrie;
  • L'âge de l'instrument;
  • Le nombre d'heures d'utilisation journalière;
  • Le niveau d'acceptabilité.

Le principe d'utilisation est d'attribuer un niveau sur les quatre, pour chaque variable, et à chaque piano. Le modèle mis en place permet de calculer le nombre de techniciens à employer ou une équivalence en nombre d'heures, pour l'entretien du parc de pianos. Toutefois, l'intérêt essentiel de ce modèle est moins de calculer le nombre de techniciens nécessaires ou la quantité d'heures nécessaires à l'entretien d'un parc de pianos, que de voir que la modification des valeurs du modèle (âge du piano, hygrométrie, qualité, etc.) va induire d'importantes variations sur le temps d'entretien à prévoir et donc sur les budgets. En cela, et à travers la prise de conscience qu'il peut provoquer, ce modèle est un outil d'aide à la communication tout à fait intéressant.


ENTRETIEN DES PIANOS CHEZ LE PARTICULIER

Qu'en est-il du particulier?

Sur le rythme d'entretien, tout un chacun a généralement entendu la recommandation de faire accorder son piano une fois par an. Pourquoi une fois par an ? à mon sens, c'est un bon compromis qui permet de maintenir un instrument juste, et au diapason. Ce rythme annuel doit être respecté, même si cet instrument est peu utilisé, sinon le diapason d'accord de l'instrument va baisser.

La hauteur du diapason est une convention. Actuellement le diapason est fixé à 440 Hz. Toutefois la tendance est plutôt à une montée de la hauteur du diapason, 442, 444, voire 445 Hz. Le "La" qui sert de référence a souvent varié en hauteur dans le temps. En musique ancienne, le diapason est à 415 Hz, ce qui nous fait un demi-ton de différence avec le "La" 440. Le "La" du début du pianoforte est à 430, ce qui nous fait un quart de ton de différence avec le diapason 442. Sont utilisés également des diapasons à 462 ou 392.

Pourquoi donc dans ces conditions maintenir un diapason précis sur votre piano ?

Tout d'abord, dans un but de formation ou plus modestement d'habitude de travail de l'oreille. L'oreille absolue est rare et elle l'est toujours en référence ou en opposition à une convention. Le La 440 est un si bémol à 415, le mi est un fa. Nous descendons encore d'un demi-ton: à 392 le La 440 devient un si. La même fréquence n'a plus la même valeur. C'est donc en référence à une convention que se fait la formation de l'oreille. La convention en cours officiellement étant le "La" à 440 Hz, l'apprentissage de l'oreille a tout intérêt à se faire sur un piano accordé au diapason. Dans le cas contraire, le risque est important de fausser ou de mal former l'oreille.

Ce rythme d'accord annuel est conseillé ou convient à un usage de l'instrument par un musicien amateur ou par un enfant qui travaille une demi-heure à une heure par jour. Le piano d'un professionnel nécessite un entretien plus important. Le professeur de piano devrait faire œuvre de pédagogie en ayant toujours un piano bien accordé. Deux, trois, voire quatre accords peuvent se justifier pour un professionnel. Le répertoire travaillé peut avoir une incidence sur la tenue d'accord de l'instrument. Tout un courant de l'écriture contemporaine, beaucoup plus "percussif" dans l'attaque du clavier, va mettre à mal l'accord du piano. également, le pianiste qui fait de la musique de chambre aura intérêt à faire accorder son piano plus souvent. Car, si le pianiste travaille sa technique, son clavier, en se souciant parfois peu de l'accord, les musiciens des instruments à cordes, par exemple, travaillent, outre leur technique, de manière quasi automatique leur justesse.

Enfin, l'entretien de votre instrument ne se limite pas uniquement à l'accord. Il est souhaitable, tous les quatre ou cinq ans, de faire nettoyer et régler l'ensemble mécanique clavier, de faire poncer les marteaux, de faire réaliser une harmonisation.

Et cet entretien, ces accords, n'ont pas pour but de faire plaisir à votre accordeur. Le but de ce travail est votre plaisir à faire de la musique. Dans la très grande majorité des cas, votre piano en vaut la peine. Vous ne devez pas hésiter à prendre conseil auprès de votre accordeur, à lui poser des questions, à lui demander des informations sur votre piano ou sur les pianos en général. Et si votre accordeur a une journée de travail très chargée quand il vient chez vous, je vous encourage à passer le voir à son magasin ou son atelier pour prendre le temps de parler de votre piano.

Vous ne devez pas hésiter, non plus, à lui demander de vous appeler tous les ans pour prendre rendez-vous pour l'accord de votre piano. Je sais par expérience que très souvent le temps passe vite et que l'on oublie de faire accorder son piano, ce n'est la volonté d'espacer les accords qui nuit à une régularité, mais simplement l'enchaînement des mois qui se succèdent. Si vous demandez à votre accordeur de vous rappeler qu'un an vient déjà de passer, il le fera et ce simple échange créera une complicité entre lui et vous autour de votre instrument.

Votre accordeur est, et doit être, votre interlocuteur privilégié en matière de piano. Et c'est votre intérêt pour votre instrument, votre curiosité, votre soif de savoir qui impulsera un échange, une meilleure communication avec notre profession qui, elle, doit être à votre écoute et à votre service.

Source : "Musique et Technique" - 2004 - ITEMM. Avec l'aimable autorisation de "Paris Accord.org" et de Jean Morfin.