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HISTOIRE DE LA MUSIQUE : LES PIANISTES DE ROCK



BILLY JOEL, INTERVIEW AUTOUR D'UN MÉTIER ET D'UNE PASSION

LORS DE CET ENTRETIEN, BILLY JOEL NOUS PARLE DE SA FAMILLE,
DE SON MÉTIER ET DE SA PASSION POUR LE JAZZ


Sur le bonus de l'un de vos DVD, vous parler brièvement de la chanson 'Vienna' et de votre visite chez votre père que vous n'aviez pas vu depuis de nombreuses années. Pouvez-vous nous parler de ce voyage et de votre relation avec lui ?

Billy Joel : mon père et ma mère se sont séparés quand j'étais assez jeune. Mon père retourna en Europe et je n'ai jamais plus entendu parler de lui. Je ne savais pas s'il était mort ou vivant. Quand j'avais autour des 20 ans et que j'étais en Europe pour ma première tournée, je l'ai recherché activement. Alors, j'ai appris qu'il occupait un emploi dans une société travaillant pour l'État, à Vienne. Je me suis dit: 'Oh mon Dieu, il est vivant !'. Je suis allé lui rendre visite. Je voulais savoir comment il vivait, ce qu'il pensait. Mon père était devenu un véritable européen qui n'avait pas la vie aussi facile qu'en Amérique... Nous marchions dans la ville et je me souviens avoir vu une vieille dame balayant dans la rue et j'ai dit à mon père : 'Papa c'est un peu triste que cette pauvre vieille femme fasse ce genre de travail.', et il m'a répondu : 'Non, elle a un emploi, elle se sent utile, elle a sa place dans notre société.' J'ai réalisé à ce moment-là, que les gens d'ici ne rejetaient pas les personnes âgées comme nous avons trop tendance à le faire aux Etats-Unis. Ils permettent aux personnes d'un certain âge d'avoir une place utile dans la société. J'ai en quelque sorte utilisé la chanson Vienna comme une métaphore. Il y avait une raison d'être vieux, un but.

Est-ce que votre père est encore en vie ?


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Billy Joel : à ce jour, il est toujours à Vienne. J'ai un frère qui est conducteur. C'est mon demi-frère Alexander Joel. A Vienne, j'ai découvert toute une famille que je ne connaissais pas.

Quand on est un artiste célèbre, cela n'est-il pas difficile d'assumer son rôle de père quand sa fille veut suivre le même cheminement artistique ? Quels conseils donnez-vous à votre fille Alexa Ray concernant la musique et son business ? Essayez-vous de ne pas trop l'influencer ?

Billy Joel : j'ai essayé de ne pas être un père fermé. Je savais qu'elle allait vouloir être une musicienne. Déjà, elle chantait depuis qu'elle était un bébé et avait l'oreille absolue. Je pensais à l'époque qu'elle avait déjà des prédispositions. Sa mère est une véritable 'pom-pom girl' pour elle. Elle la soutient. Je pense que je ne dois pas trop m'impliquer parce que les gens vont penser 'Oh, c'est une gosse de riche, son père va ouvrir toutes les portes devant elle.'… Contrairement aux enfants d'acteurs, chez les enfants de musiciens, il doit exister un facteur de crédibilité. Je lui donne des conseils à chaque fois qu'elle me les demande. Elle va m'appeler sur la route pour me demander 'Hey papa, je suis à Omaha, où dois-je manger ?' (rires). Elle demande bien sûr des conseils, comme quand elle coince sur un problème musical, un arrangement ou une question rythmique. Je n'écris pas ses chansons. C'est elle qui écrit tout. Elle me demande parfois ce que j'en pense, et je lui dit 'Eh bien, j'aime bien.' ou 'Quelque chose me tracasse ici ou là.'… Elle apprend de la bonne façon en jouant un peu partout dans tous les Etats, en jouant dans les collèges, les clubs. Voilà comment apprendre le métier. Cela vous rend meilleur.

Pour l'album 'The Stranger', vous vous êtes associé au producteur Phil Ramone. Quatre titres de ce disque sont apparus dans le Top 40 aux Etats-Unis, dépassant même la vente de l'album 'Bridge Over Troubled Water', de Simon and Garfunkel. En quoi cet album vous a aidé dans votre carrière ?

Billy Joel : 'The Stranger' m'a permis de remporter deux Grammy Awards, dont le premier pour la chanson Just the Way You Are. C'était une chanson écrite pour ma femme. 'The Stranger' a été vraiment un album important. Mon précédent album à succès, 'Piano Man', pourrait être qualifié de 'Hit de circonstance'. La chanson éponyme ne se vendait pas très bien. Elle a juste eu l'opportunité d'avoir beaucoup de temps d'antenne. Dans les radios, les auditeurs pouvaient appeler pour demander sa diffusion. C'est comme ça que 'Piano Man' s'est fait connaître, juste à cause du temps d'antenne, pas de la vente.

Phil Ramone est un sacré personnage. Comment avez-vous fini par travailler avec lui sur l'album 'The Stranger' ?

Billy Joel : au moment où j'ai rencontré Phil, je ne savais pas ce qu'il avait fait exactement. Toutefois, je savais qu'il avait été ingénieur du son pendant une longue période avant de devenir producteur. Tout ce que je savais, c'est qu'il était impliqué dans des albums qui me plaisaient. Son nom apparaissait sur les pochettes des albums de cette façon-là : 'Conçu par Phil Ramone' ou 'Co-produit par Phil Ramone'. Je me suis dit : 'Ce gars-là connaît son affaire.'. Avant de travailler avec Phil, j'avais souvent été en lutte avec les producteurs. Ils tenaient à ce que je fasse appel à des musiciens de studio. Il y en avait eu un qui voulait que je travaille avec le groupe d'Elton John ! J'avais déjà eu des comparaisons de style avec lui... Je suis même allé parler à George Martin, le producteur des Beatles. Il voulait produire l'album 'The Strangler', mais il refusait de travailler avec mon groupe. Il voulait lui aussi utiliser des musiciens de studio. Alors, je lui ai dit : 'Non, je souhaite jouer avec mes musiciens.'. Vous pouvez imaginer la suite à 'Columbia Records' : 'Maintenant, il ne veut même pas de travailler avec George Martin !'.

Personne ne refuse George Martin, non ?

Billy Joel : je dois reconnaître sa politesse. Il m'a écrit une lettre après que l'album 'The Stranger' soit sorti et disant : 'Vous aviez raison, je me suis trompé, j'aurai dû envisager de travailler avec votre groupe. Félicitations.". C'est un homme très gentil. Pour le dernier album des Beatles, 'Abbey Road', c'est lui qui les a aidés à terminer leurs titres. Les chansons n'étaient alors que des fragments. Au départ, 'Abbey Road' n'était pas un album concept, mais grâce à lui, c'est devenu une œuvre de génie.

La chanson 'Only The Good Die Young' a suscité une certaine controverse. Saviez-vous que qui allait se passer quand vous l'avez écrite ?

Billy Joel : il y a eu des romans écrits et des films réalisés sur la culpabilité juive, mais il n'y avait rien sur la culpabilité catholique qui, pour moi, était le ying du yang de la culpabilité juive. J'ai demandé à des catholiques que je connaissais s'ils avaient rencontré un problème avec le texte et ils ont dit : 'Non, c'est exact.' La chanson a tout de même été bannie de l'Université de Seton Hall, qui était un collège catholique. Le diocèse a déclaré : 'N 'achetez pas ce disque'. Mais dès que vous dites à des enfants qu'ils ne peuvent pas avoir quelque chose, ils le veulent.

Une question que l'on vous a certainement posé plusieurs fois… Avec quels musiciens avez-vous aimé jouer ou aimeriez-vous jouer ?

Billy Joel : sur une chanson intitulée Getting Closer, je garde un très bon souvenir de Steve Winwood. C'est un grand musicien. Il est naturellement doué et sa voix est aujourd'hui aussi bonne qu'à ses débuts, quand il avait 16 ans. C'est une sorte de Ray Charles, ce gars-là ! Eric Clapton serait quelqu'un avec qui je serais ravi de retravailler un jour. Je garde également un bon souvenir de Paul McCartney. Sa voix n'a pas du tout changé. Il hurlait aussi fort que Little Richard… J'ai même eu l'occasion de travailler avec deux pointures de jazz, les trompettistes Freddie Hubbard et Jon Faddis, lors de l'enregistrement de '52nd Street'. Cela n'arrive pas tous les jours !

Justement, en dehors de la musique classique, je sais que vous avez une passion pour la musique de jazz. D'après vous, pourquoi les musiciens de rock ou de pop ont tant de difficultés à interpréter cette musique ?

Billy Joel : le jazz demande des études et de la discipline. De nombreux musiciens de rock et de pop n'abordent pas la musique ainsi. Le rock'n'roll et la musique populaire viennent de l'innocence et de la naïveté. Dans le jazz, vous devez savoir comment improviser à la façon des grands. Ils ont une connaissance approfondie des songs. Un grand musicien de jazz est capable de prendre une chanson bien connue, de la retourner dans tous les sens et d'explorer ainsi les différentes façons de l'interpréter. De réinventer sa mélodie et de créer des variations sur les thèmes et les rythmes. Les musiciens de jazz sont aussi accomplis que les musiciens classiques. J'ai un énorme respect pour eux. J'ai souvent admiré Bill Evans, Art Tatum et Oscar Peterson, sans oublier les organistes comme Jimmy McGriff et Jimmy Smith.

Pourquoi avez-vous alors choisi le rock plutôt que le jazz ?

Billy Joel : quand je suis devenu adolescent, dans les années 60, le rock'n'roll m'a sorti de ma coquille. J'ai adoré le jazz, j'avais même l'habitude de jouer sur un orgue Hammond. C'est d'ailleurs toujours mon instrument favori. Jouer à l'orgue du blues et du jazz, vous savez, c'est beaucoup mieux que le piano. Mais j'ai réalisé très tôt que cela allait prendre des années pour jouer comme Jimmy McGriff ou d'autres organistes célèbres.

Qu'est-ce qui vous surprend chez les musiciens de jazz ?

Billy Joel : leur dévouement total. Pour devenir un excellent musicien de jazz, vous devez rejoindre le monastère du jazz et renoncer à beaucoup d'autres choses dans la vie… Il existe un cercle restreint de personnes qui apprécient le jazz d'aujourd'hui, mais malheureusement ce cercle se rétrécit. J'ai du mal à trouver des stations de radio de jazz, ici, à Miami. Je n'aimerais pas les voir disparaître. Ce genre de musique devrait être diffusé davantage...

Vous avez évoqué tout à l'heure le pianiste Bill Evans. Quel est votre album préféré ?

Billy Joel : L'album du festival de jazz de Montreux, en 1968, avec Jack DeJohnette à la batterie et Eddie Gomez à la contrebasse. J'ai encore du mal aujourd'hui à comprendre sa façon d'harmoniser. Il montre une musicalité extraordinaire.

Et Art Tatum ?

Billy Joel : Pour la même raison, sauf qu'avec lui, son jeu de main gauche est évidemment différent.

N'avez-vous jamais tenté d'approcher techniquement le pianiste ?

Billy Joel : Oui, mais des gars comme Art Tatum ou Oscar Peterson font tellement de choses en lançant leurs basses dans un geste de défi ou pour s'amuser, c'est comme s'ils disaient : 'Avez-vous saisi cela ?'... Mais je pense qu'ils le font pour les musiciens qui les accompagnent. (rires)

propos traduits par Patrick Martial