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KEITH JARRETT COMEBACK INTERVIEW

En 2020, le pianiste de jazz Keith Jarrett annonçait qu’il se retirait de la scène après avoir été victime de deux AVC. Tous les amateurs de jazz s’étaient tellement habitués à sa présence sur les scènes internationales depuis tant d’années que personne n’imaginait un seul instant un tel scénario. Jarrett, qui n’appréciait guère l’exercice de l’interview, avait cependant consenti en 1974 de répondre aux questions posées par le journaliste et photographe Gérard Rouy. Il nous a paru intéressant de rapporter les propos du pianiste à travers quelques extraits choisis et triés par thématique.


La découverte de la musique



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J'ai appris la musique en même temps que j'ai appris à parler. Mes parents ne sont pas musiciens mais, pour plusieurs raisons, j'ai commencé très tôt. Apprenant ces deux langages en même temps, j'ai réalisé à quel point la musique permettait de s'exprimer davantage que les mots. Tous mes amis n'apprenaient qu'un langage — les mots, l'anglais — et je me rendais compte qu'ils n'acquéraient absolument pas les choses que j'acquérais en étudiant la musique. Ça fait donc pas mal de temps que je joue maintenant, et il n'y a qu'une chose qui pourrait me faire arrêter la musique : quelque chose qui me serait plus nécessaire que la musique, je ne sais pas exactement quoi, mais je sais que c'est possible — je dois me nourrir et la musique m'a toujours nourri, mais il s'agit d'une musique jouée avec des notes concrètes, physiques, sur un instrument qui appartient à cette planète Terre, et je ne pense pas qu'il soit impossible que l'on ait besoin un jour d'une nourriture plus consistante, moins matérielle.

© Jean-Pierre Roche (wikipedia) - Keith Jarrett du temps où il jouait dans l'orchestre de Miles Davis en novembre 1971.

Le piano solo

Le piano solo est une expérience unique. Si un pianiste qui joue habituellement en trio se met à jouer en solo réellement de la même façon, alors ce n'est pas la peine, il n'a aucune raison de jouer en solo. Mais si le piano solo est pour lui un monde complètement différent, alors il doit le faire. Je pense que les planistes qui ne peuvent pas jouer en solo ne sont pas des pianistes. La section rythmique n'est qu'un groupe d'instruments que la tradition du jazz a perpétué — je suis en train d'écrire des pièces pour cordes où il n'y aura pas de section rythmique. On me demandera peut-être : « Pourquoi n'y a-t-il pas de section rythmique ? » Mais pourquoi doit-il y en avoir une ? Je n'ai jamais compris.

Les mouvements du corps et le déroulement de la musique

C'est la seule chose que j'aie qui puisse donner à la musique la force dont elle a besoin, qui puisse traduire la force de la musique. Mon corps est engagé dans la musique. Il ne faut pas oublier que le piano, instrument de tradition occidentale, exige beaucoup de force. Il y a des instruments qui n'en exigent pas autant, le sitar par exemple : vous pouvez utiliser chaque muscle de votre corps, vous ne tirerez pas plus de son des cordes. Il faut bien avoir présent à l'esprit, en fonction de ce que vous jouez, qu'il y a des instruments qui ne réclament pas ça — vous pouvez sauter en jouant du violon, ça ne vous aidera pas à le faire sonner.

Jarrett et le piano électrique chez Miles Davis

Je ne me suis pas mis à apprendre le piano électrique. J'en jouais avec Miles, c'est tout. Comme il voulait un piano électrique, je n'allais pas pleurnicher auprès de lui et lui dire : « Miles, si tu n'as pas de piano acoustique, je ne jouerai pas avec toi ! », d'autant plus qu'un piano acoustique dans son groupe à cette époque serait tombé à côté — c'était sa musique et il jouait encore de la trompette, tout ce qu'il en faisait restait quand même de la trompette. J'ai fait partie de cet orchestre pour deux raisons : je détestais l'orchestre juste avant d'y entrer, je le trouvais terriblement mauvais, mais je connaissais Jack Dejohnette (le batteur de l’orchestre de Miles Davis, ndlr), qui jouait très, très bien, et je voulais jouer avec lui. J'aimais aussi la façon dont Miles jouait tout en détestant la façon dont tous les autres jouaient. C'était comme si chacun jouait dans un placard : je joue et je ferme ma porte. Il joue et il ferme sa porte. Je me disais : « Ce n'est pas possible que Miles aime vraiment cet orchestre. Mais s'il l'aime, c'est moi qui ai tort et je n'ai qu'à partir ! » Je pensais en entrant dans l'orchestre que quelque chose changerait peut-être et que Miles en serait heureux. De fait, je crois qu'il était heureux quand Jack, Gary Bartz, moi et d'autres jouions dans l'orchestre. Ce fut une période pleine de santé.

Le rapport à la composition

Je ne travaille tous les jours que lorsqu'il s'agit de pièces symphoniques qui réclament beaucoup de temps, comme pour écrire un livre — on ne peut pas se dire : « L'enregistrement a lieu dans six mois, j'attendrai le cinquième mois pour commencer d'écrire ». Avec le quartette, en revanche, c'est une chose que je peux faire — je peux écrire tout un disque en une semaine, trois jours, peut-être même deux heures. Tandis que si j'écris pour de plus grands orchestres, nécessitant des arrangements précis, je peux y passer un an.

Il n'y a pas beaucoup de compositeurs dans le jazz, je veux dire de vrais compositeurs. Il y a des gens qui écrivent, mais composer est autre chose, c'est comme peindre une toile, ça ne peut pas prendre deux minutes. C'est un travail lent, élaboré, difficile, qui se fait avec beaucoup de peine et très peu de sécurité. Aussi, quand je parle de « compositeur », je pense à quelqu'un qui ne fait qu'écrire de la musique et qui n'est pas un musicien de jazz.

(source : Jazz Magazine n°700 - 11/2017)

KEITH HARRETT : IMPROVISATION EN PIANO SOLO
Keith Jarrett magnifie l'improvisation en étant tout seul sur scène. Ce n’est là qu’une des facettes de cet immense pianiste qui a marqué par son toucher et sa technique tout un pan de l’histoire du piano jazz moderne, capable à la fois d’offrir une musique recueillie pour l’instant suivant, s’aventurer dans des chemins extrêmement libres.

À PROPOS DE KEITH JARRETT

Né le 8 mai 1945 à Allentown (Pennsylvanie), Keith Jarrett n'a que trois ans lorsqu'il prend ses premières leçons de piano. Il joue ensuite du vibraphone, de la batterie et du saxophone soprano. À 17 ans, il donne un récital de ses propres œuvres. Après avoir passé trois ans à la 'Berklee School of Music' (où, entre les cours, il dirige un trio), il va à New York. Il y joue avec, notamment, Roland Kirk et Tony Scott. Remarqué par Art Blakey, il devient un des « Jazz Messengers » en décembre 1965.

En février 1966, il est engagé par le saxophoniste Charles Lloyd avec qui il jouera aux États-Unis, de New York à Los Angeles, et en Europe, de Paris à Moscou en passant par le Festival d’Antibes. En 1968, le quartette est dissous. Le saxophoniste ayant décidé d’interrompre ses activités professionnelles pour méditer. Jarrett forme alors un trio et commence à enregistrer en tant que leader. 1969 : il joue en Europe. Puis, il est engagé par Miles Davis.

Après avoir quitté le trompettiste, Jarrett s’imposera dans l’exercice du piano solo, mais aussi en trio comme en quartette (avec le saxophoniste Dewey Redman, le contrebassiste Charlie Haden et le batteur Paul Motian) et avec le saxophoniste norvégien Jan Garbarek.

Piano Web (12/2021)

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