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KEITH JARRETT - THE CARNEGIE HALL CONCERT

Keith Jarrett, qui souffre du syndrome de fatigue chronique, ne se sentait pas particulièrement en forme lorsqu'il s'est rendu au Carnegie Hall, par un pluvieux après-midi de septembre, il y a un an. Mais il a eu un regain d'énergie quand il s'est assis au piano à queue Steinway devant une salle comble qui attendait avec fébrilité son premier concert solo nord-américain en dix ans.



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Ce soir-là, M. Jarrett, qui est rarement satisfait de ses performances, a vécu une interaction spéciale avec son public, le genre d'interaction qu'il n'avait ressentie qu'une seule fois auparavant — en 1975, dans une salle d'opéra en Allemagne, lorsqu'il a donné ce qui deviendrait The Köln Concert, qui, à trois millions d'exemplaires, est devenu l'album de piano solo le plus vendu de l'histoire.

A Carnegie Hall, quand je suis entré sur scène, il n'y avait aucun doute dans mon esprit que ces gens-là étaient prêts pour tout, et je ne peux pas en dire autant de tous les endroits où je joue, a expliqué le pianiste jazz de 61 ans. Carnegie Hall n'aurait pu se produire sans ce public. Ce n'était pas comme si je lançais des trucs et qu'ils les attrapaient. ça coulait dans les deux sens en tout temps... Je n'étais pas préparé pour une telle interaction entre le public et la scène. J'avait déjà eu de bons publics, mais là, c'était presque un petit miracle. J'ai seulement vécu ça deux fois, une fois à Koln et l'autre à New York.

Les auditoires de Keith Jarrett ont toujours eu un impact sur ses performances solos improvisées, mais de s'exécuter chez lui devant 3000 amateurs enthousiastes l'a poussé à créer ce qui est devenu son autobiographie musicale, « une vue à grand angle de ce que je fais quand je joue seul ».

La performance de Keith Jarrett peut être entendue en entier sur le nouveau CD double, The Carnegie Hall Concert, le premier concert solo américain qu'il ait endisqué. Le pianiste offre à ses auditeurs une balade musicale qui touche le blues, le gospel, le boogie-woogie endiablé, les balades jazz, la musique contemporaine dissonante, les classiques romantiques et la musique folk typiquement américaine. Et au travers de cinq rappels, Keith Jarrett interprète deux de ses compositions classiques des années 1970, Paint My Heart Red et My Song, en plus de la ballade de jazz Time on My Hands.

« Ce soir-là, j'ai pu me permettre d'être moi-même », a-t-il expliqué.

La performance de Keith Jarrett à Carnegie Hall est d'autant plus remarquable qu'au cours des dernières années, il a été forcé de revoir complètement son approche des concerts solos, en raison du syndrome de fatigue chronique dont il souffre depuis 1996.

Au début des années 1970, Keith Jarrett a fait figure de pionnier quand, lors de ses concerts solos, il a laissé de côté les classiques du jazz pour plutôt se perdre dans des improvisations qui, parfois, pouvaient durer plus d'une heure. Ces concerts le laissaient toutefois complètement épuisé, aussi bien physiquement que mentalement.
Keith Jarrett est tombé malade en 1996, pendant une tournée en Italie. Après son diagnostic, il est disparu de la scène pendant près de 18 mois, avant de tenter un retour en novembre 1998.

En 1999, Keith Jarrett donne deux concerts solos au Japon, se livrant à quelques improvisations courtes, mais le résultat ne le satisfait pas. Il avait alors dit douter qu'il reviendrait jamais au format improvisé, qu'il trouvait trop épuisant physiquement.

Le temps d'arrêt imposé par sa maladie lui permet toutefois d'analyser ses performances antérieures, de les peaufiner, et éventuellement d'ébaucher un nouveau concept de concerts solos. « Je savais que si j'étais pour y revenir, j'allais devoir défaire tout ce que j'avais fait précédemment, aussi bien psychologiquement qu'émotionnellement », a-t-il dit. Keith Jarrett a ainsi profité de son expérience de l'interprétation de la musique classique pour donner plus de liberté à sa main gauche, en plus de mettre de côté les improvisations interminables. « J'ai réalisé qu'il serait peut-être préférable de commencer et d'arrêter plutôt que de jouer sans fin, a-t-il expliqué. ça peut être long si c'est nécessaire... mais si je peux, j'arrête quand c'est complet plutôt que de l'étirer indéfiniment. »

Keith Jarrett a mis ces nouvelles idées à l'essai quand il est retourné au Japon en 2002 pour deux nouveaux concerts solos, qui ont donné le CD Radiance l'an dernier, son premier enregistrement solo en direct depuis sa maladie, et le DVD Tokyo Solo, lancé plus tôt cette année.

Mais la politesse presque excessive du public japonais empêche ces concerts d'être aussi magiques que celui de Carnegie Hall, où le public en est venu à faire partie intégrale de la musique. En tant que réalisateur du CD, Jarrett a décidé de préserver l'intégrité des applaudissements, plutôt que de baisser le volume ou de tronquer les ovations, pour préserver « le sentiment unique ». « J'ai commencé à réaliser que les cris et les bruits de pieds qui tapent... le bruit que fait le public... ressemblent à de la musique moderne, a-t-il dit. J'ai réalisé que ce n'était pas seulement des applaudissements, ça avait autant des passion et de couleur que la musique. »

Pour Keith Jarrett, le moment ultime du concert survient pendant le premier rappel, quand il improvise une pièce quasi-religieuse qui sera éventuellement baptisée The Good America.« En termes très larges, ça demandait au monde de ne pas être ce qu'il est en train de devenir, a-t-il expliqué. J'ai des larmes aux yeux chaque fois que je l'écoute... Il y a dans ce pays une conscience et une inconscience, et la “bonne Amérique” est l'Amérique éveillée que nous ne voyons pas aux nouvelles ou rarement ailleurs. »

Keith Jarrett affirme que la musique prouve qu'il est complètement remis de sa maladie. Depuis Carnegie Hall, Keith Jarrett se concentre de nouveau sur ses concerts solos. Il donnera deux autres concerts solos à la salle Pleyel de Paris, à compter du 31 octobre, avant de se produire en novembre au Portugal et en Espagne en compagnie de son trio.

un article de Charles J. Gans (2007).

AUTRES LIENS SUR KEITH JARRETT :

Portrait de Keith Jarrett

Vidéo Keith Jarrett - Improvisations

Leçon gratuite : Keith Jarrett & the Köln concert


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L'AVIS DES INTERNAUTES

Anton Z : Après avoir écouté l’essentiel de la contribution musicale et artistique de Keith Jarrett depuis une trentaine d'années, du solo au “Standards Trio”, formation dont je me suis inspiré en tant qu’artiste, mon sentiment se confirme depuis une décennie: La musique et l'exigence de Keith Jarrett se desséchent musicalement, concert après concert. Le drame de ce remarquable musicien est malheureusement commun à beaucoup de grands artistes; plus le temps passe et plus prétention et égocentricité finissent par avoir raison de la fraîcheur et de la lucidité.

Je suis enclin à penser que le facteur essentiel de cet état de fait provient avant tout de notre système, de notre societé de consommation, perverse et cruelle et dans laquelle un grand artiste, ayant jadis bataillé dur pour conquérir gloire et renommée, finit presque systématiquement, tôt ou tard, par devenir prisonnier de sa propre marque de fabrique, une licence que la patine du temps a rendu fade, répétitive et laborieuse. Il fut une époque , heureuse, où l’on pouvait se réjouir des avancées considérables de Jarrett dans l’exercice de ce triangle qu’est le trio piano/contrebasse/batterie. C’était au milieu des années 80…

Bill Evans, vingt ans plus tôt, avait fait de cet exercice chose presque équilatérale. Avec le trio de Jarrett, illustré par des albums tels “Still Live” ou “Tribute” comment ne pas admirer la perfection du prolongement evansien! Je ne peux pas me retenir d’une pointe de pathos mais ces albums là respiraient un air et une conviction totalement inédits. La beauté des introductions du pianiste, issus de la miraculeuse synthèse des differents courants musicaux étudiés depuis de longues années se diluaient merveilleusement avec les deux instruments d’accompagnement en laissant à ces derniers la latitude de pouvoir réagir et intervenir en toute liberté. Cette liberté, sans cesse contrôlée, on pouvait l’entendre au plus haut point dans le jeu de cymblales de DeJohnette, dans les contre-chants, tels sur un violoncelle, de Peacock enfin… dans toute la splendeur de ce trio, à propos duquel on ne cessait de disserter, et de s’enthousiasmer.

Le temps a passé. La science harmonique du pianiste est toujours présente, le métier et la maîtrise du batteur et du contrebassiste évidents. Pourtant quelque chose s’est cassé… on ne saurait dire exactement à quel moment. La fraîcheur du trio s’est désormais transmuée pour devenir la pulsation d’un organisme las, surmené, broyé au piège du concasseur commercial. Tout ce qui jadis a été novateur et sublime s’est progressivement transformé en clichés stylistiques dont la fréquence est désormais embarrassante. Aujourd’hui, sans producteur pour l’encadrer et en absence de cette dimension critique qui est essentielle pour un artiste vis à vis de son évolution, en trio ou en solo, Keith Jarrett semble être devenu la victime du conformisme abrutissant imposé par le célébrité. (posté le 27/11/2012)