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MATÉRIEL DE MUSIQUE



UTILISER UN SYNTHÉTISEUR - CONSEILS ET INFOS

Cette page vient en complément de ACHETER UN SYNTHÉTISEUR - CONSEILS UTILES


La vente de synthétiseur est devenue un marché florissant, un enjeu économique mais également un danger pour tous ceux qui jouent, travaillent sur et dans un piano. Pourtant, il n’existe pas grand chose en commun entre les deux instruments, si ce n’est d’être pourvus d’un clavier avec des touches noires et blanches… et encore pas toujours !


LE SYNTHÉTISEUR, UN INSTRUMENT DIFFICILE À MAITRISER

De nos jours, peu de personnes sont capables de définir avec précision ce qu’est un synthétiseur. Ils concluent, le plus souvent, que l’instrument est doté d’un clavier capable de produire des sons de piano, d’orgue, de flûte ou de trompette, avec une boîte à rythmes, à l’occasion. Cette définition imprécise correspond davantage à un “portasound”, selon Yamaha, qu’à un véritable synthétiseur.


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VCS3 EMS

Le synthétiseur (le “synthé” pour les intimes), trouve à sa racine le mot synthèse. Une façon de nous faire comprendre que l’instrument est capable de rassembler plusieurs informations en une seule. Les paramètres de données, la synthèse utilisée, le mode de fonctionnement sont des informations suffisantes à déterminer la qualité de l’appareil, son âge et ses capacités sonores.

Pour évaluer cette nomenclature technique, seul un musicien averti est capable de l’estimer au plus juste. Quant au novice, sans consulter en profondeur la “doc” de service, il lui est impossible de faire ses premiers pas, comme il lui est impossible d’appréhender réellement la conception technologique de l’appareil sans le secours d’un spécialiste.

Si vous souhaitez utiliser un jour un véritable synthétiseur, vous serez dans l’obligation de pénétrer au cœur d’un univers technique. Il vous faudra faire preuve de patience si vous souhaitez diriger la machine et non pas que celle-ci prenne les commandes à votre place. En retour, au bout de quelque temps, votre regard sur les sons et la musique ne seront plus les mêmes. La création sonore est un univers particulier aussi fascinant que désarmant, un univers qui ne se laisse jamais dompter facilement et c’est peut-être là qu’il faut chercher la grande mutation des synthétiseurs d’aujourd’hui.


LE SYNTHÉTISEUR… UN ENJEU COMMERCIAL

Le synthétiseur est donc un appareil technique qui ne se laisse pas posséder facilement, contrairement à ce que pourraient laisser entendre d’habiles vendeurs. Les constructeurs participent également à “l’effort de guerre” en donnant une apparence conviviale, pour donner l’impression d’une utilisation facile.

Grâce à une politique commerciale, justifiée par l’abaissement global des coûts de production, les “pseudo synthétiseurs” de bas de gamme sont devenus, en quelques années, les outils par excellence des pianistes débutants. En inondant le marché de tels claviers, les constructeurs ont précipité le déclin de l’orgue et mis en péril l’avenir économique du piano. En se vulgarisant, le synthétiseur a sacrifié sur sa qualité et ses performances pour finalement perdre ses lettres de noblesses. Hier, l’instrument qui a révolutionné la vision musicale de nombreux musiciens, n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même !


LE SYNTHÉTISEUR VERSION COMBO

Korg M3 worstation sampleur

Le synthétiseur est un instrument qui sert à fabriquer des sons en partant de rien ou presque. Le plus souvent, il s’accompagne d’un clavier identique à celui du piano, mais parfois un ruban tactile remplace le clavier traditionnel (synthé AKS). Parfois, seul le mouvement des mains dans un espace défini suffit à engendrer des sons. Tout le reste, boîte à rythmes, séquenceur, arpégiateur, sont des outils périphériques, des accessoires utiles mais n’appartenant pas au monde de la synthèse pure. Ils sont parfois intégrés dans le synthé et on parle alors de “claviers arrangeur” ou de synthétiseur workstation.

Sur ce genre d’instrument la part de recherche est souvent limitée, car ce n’est pas leur but premier. Le clavier arrangeur est un appareil du style “combo”, le tout en un, pratique, mais se révélant souvent complexe à l’utilisation. Il est donc conseillé, si l’on a peu d’expérience en la matière, d’utiliser les différents éléments (boîte à rythme, séquenceur, etc.) de façon séparée, soit sous forme d’expandeurs, soit intégrés dans un ordinateur (si vos connaissances en informatique sont suffisantes). Le rapport qualité-prix est moins bon (pas si bête les constructeurs !), mais à l’usage, les performances, l’évolutivité et la maniabilité sont accrus.


QUAND LE COURANT ANALOGIQUE DEVIENT NUMÉRIQUE

Hier, avec les synthétiseurs analogiques et tous leurs boutons (c’était beau, diraient des nostalgiques !) vous vous sentiez un commandant de bord aux commandes d’un appareil futuriste. Après une période à boutons tactiles ou à effleurement dans les années 1980, les constructeurs de la décennie suivante sont revenus à une prise en main plus intuitive, en admettant l’utilité des boutons rotatifs... Enfin ! s'écrièrent de nombreux utilisateurs.


En matière de synthèse sonore, il existe trois principales technologies : la synthèse analogique soustractive et additive que l’on rencontre sur les synthétiseurs des années 70. La synthèse FM est celle qui concrétise le basculement vers le monde numérique et digital.

A part la synthèse FM, complexe, mais tellement révolutionnaire pour l’époque, les synthèses analogiques soustractives et additives ont été appréciées pour leur relative simplicité de leur manipulation, souvent intuitive. Les constructeurs l’ont compris et ont adopté la synthèse analogique en l’incorporant dans leurs appareils numériques quand la musique electro est apparue.

Synthétiseur Kobol

PUIS VIENT LE SYNTHÉ POLYPHONIQUE…

Le synthétiseur se prête, en principe, à un usage professionnel, pourtant, l’instrument est resté pendant de très nombreuses années un instrument simplement monophonique, seulement capable de jouer une note à la fois. Avant les années 1970, les modèles duophoniques étaient très rares et au début des années 1980, de nombreux synthétiseurs n’étaient toujours pas capables de dépasser les 8 notes en polyphonie. Ensuite, avec l’arrivée du numérique, tout s’est accéléré et aujourd’hui 64 voies de polyphonies est devenu la norme standard.

Si, autrefois, le synthétiseur était considéré comme un instrument de curiosité ou comme un gadget cantonné à produire des “bip, bip” ou d’étranges sons, la présence de la polyphonie comme la stabilité des composants et un encombrement réduit l’ont conduit à se projeter sur le devant de la scène. Le synthétiseur devient dans les années 1970 un instrument d’envergure, capable de reproduire et de créer des œuvres musicales plus « matures » (B.O d’Orange mécanique, de Stanley Kubrick).

Rapidement, le synthétiseur s’installe dans la musique rock et devient en quelques années sa carte maîtresse, traitant d’égal à égal avec la guitare électrique qui, hier encore, dominait de ses sons saturés la scène rock. Chez certains artistes aux allures “popisantes”, le synthétiseur arrivera même à éclipser totalement la guitare pour régner en maître (Tangerine Dream, Jean-Michel Jarre ou Vangelis, par exemple).



COMMENT FONCTIONNE LA POLYPHONIE ?

Il est toujours utile de rappeler comment fonctionne la polyphonie sur un synthétiseur. Concrètement, sur un clavier à 32 notes de polyphonie, si l’on essaie de jouer trente-trois notes en même temps, la première note ne sera pas entendue (priorité à la dernière note jouée). On pourrait penser que les trente-deux voies de polyphonie sont suffisantes pour jouer n’importe quelle œuvre… après tout, nous n’avons que dix doigts ! Hélas, ce sens du raccourci nous fait oublier l’utilisation de la pédale forte qui additionne les notes tant qu’elle reste appuyée. A cela s’ajoute le layer, sorte de combinaison sonore qui permet d’épaissir le timbre en superposant plusieurs sons et qui fait fondre, comme neige au soleil, la capacité polyphonique de l’instrument. Aujourd’hui la présence de 64 ou 128 notes de polyphonies permettent de jouer la plupart des œuvres musicales sans sacrifier, ne serait-ce qu’une seule note. Le musicien n’est plus obligé de jongler sur les capacités polyphoniques de l’appareil pour s’exprimer totalement.


JEU DE PIANO ET JEU DE SYNTHÉ

Une règle d’or à ne pas oublier : le jeu technique d’un synthétiste n’est pas celui d’un pianiste. Appliquer la technique du jeu pianiste sur un synthétiseur peut se révéler une véritable catastrophe… sonore ! C’est un peu comme si un violoniste souhaitait jouer de son instrument à la façon d’un violoncelliste. Tant que le piano et le synthétiseur marchent côte à côte, en instruments complémentaires, tout va bien, mais si l’un veut se substituer à l’autre, alors tout va mal !

Aujourd’hui encore, afin de se rapprocher des sensations de toucher du piano, les constructeurs proposent toujours la même alternative : modifier par une simple manipulation technique, la sensibilité dynamique à l’enfoncement des touches. Cette simple manipulation est bien sûr insuffisante.

Autre différence majeure : sur un synthétiseur, la présence du clavier nous fait penser au piano, mais la ressemblance visuelle s’arrête là. Comme expliqué dans la page “LE SENS DU TOUCHER“, l’approche technique du jeu sur un synthétiseur n’est pas aussi facile que ce que l’on croit. Des paramètres inconnus sur le piano sont présents sur le synthétiseur, comme le pitch bend, l’aftertouch ou le breath control qui influent directement sur la sonorité des touches enfoncées. Sans oublier, non plus, les nombreuses manipulations en jeu live (filtre, enveloppe, volume, etc.), qui se rapprochent, toutes proportions gardées, de celles de l’orgue électrique.

L'exemple vidéo ci-dessous illustre parfaitement la différence entre le jeu traditionnel du piano et celui du synthétiseur (analogique). Ce qui est remarquable, c'est la maîtrise du synthétiseur par Allan Zavod qui arrive à combiner en même temps l'improvisation et les effets sonores. Pitch, trémolo, ouverture de filtre se marient à un touché typiquement adapté au clavier ressort. Ici, tout est dans la délicatesse.


ALLAN ZAVOD - MIRAGE (Solo Synthé)
(J. L. Ponty - Montreux Jazz Festival 1982)


J’attire une fois de plus votre attention sur le fait que mettre en parallèle deux instruments dont le but n’est pas le même va contre toute logique, que celle-ci soit commerciale ou pas ! Chaque instrument, de par sa culture historique et sa conception technologique, s’inscrit en toute logique dans un cahier des charges précis. Le piano et le synthétiseur diffèrent totalement dans leur conception du traitement sonore et dans le développement de leur technique de jeu. Chaque instrument doit rester à sa place : le piano doit rester l’instrument acoustique que l’on connaît, et le synthé, un instrument de création sonore et si possible d’avant-garde technologique !

Pour souligner toute cette différence, d’autres détails auraient pu être évoqués comme la largeur du clavier et des touches, le poids, la solidité ou le futur technologique… le domaine est très vaste et en perpétuelle évolution. L’occasion pour moi de vous en reparler un jour ou l’autre.

Par Elian Jougla