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Portail sur la musique et les claviers modernes : piano, synthétiseur et orgue.

MATÉRIEL DE MUSIQUE



POLYPHONIE ET MULTITIMBRALITÉ DU SYNTHÉTISEUR

Voici quelques observations et conseils utiles qu’un vendeur de magasin ne prendra peut-être pas le temps de vous expliquer en détail. Si vous avez consulté la page ACHETER UN SYNTHÉTISEUR, les quelques termes présents dans cet article vous seront déjà familiers.

L’enjeu : déjouer les pièges cachés par une nomenclature technique abondante en répondant aux questions suivantes…

  • 1 – Quelle est la réelle polyphonie de mon appareil ?
  • 2 - La multitimbralité, mais pour quoi faire ?
  • 3 – Quel type de synthèse vaut-il mieux utiliser ?

LA POLYPHONIE MEURTRIÈRE


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La polyphonie correspond aux nombres de notes pouvant être générées simultanément par l’appareil.

Pour vérifier la capacité réelle en polyphonie, il suffit de poser son avant-bras sur le clavier. Le nombre de notes entendues égale la polyphonie… mais attention pas forcément celle de l’appareil !

'Comment ça ?'

Certains sons et combinaisons sonores sont gourmands et demandent plusieurs ‘voix’ ou échantillons pour créer un son… donc, une polyphonie de 32 ‘voix’ ne produira pas forcément 32 notes différentes en simultané.

Un son entendu peut être constitué d’une ou de plusieurs ‘voix’ combinées ensembles. Cette polyphonie ‘modulable’ dépend de l’architecture et du mode de fonctionnement de l’appareil. Ainsi, si un son est constitué de 2 ‘voix’, la polyphonie est divisée par deux. Cela peut aller parfois jusqu’à 4 ‘voix’ par notes. Autant dire, tout de suite, que la polyphonie fond comme neige au soleil… Votre polyphonie à 64 voix passe à 16 voix et si, dans votre jeu, vous utilisez une pédale sustain (ou forte) qui a pour but de maintenir le son des notes, vous avez toutes les chances pour que votre phrase soit très écornée aux entournures ! N’imaginez pas non plus produire une orchestration de cette façon là, sauf si celle-ci consiste à un duo combatif entre deux flûtes !

'Mais pourquoi utilise-t-on plusieurs ‘voix’ pour faire un son ?'

Pour obtenir des sons plus riches harmoniquement ou pour produire des sons originaux en combinant plusieurs ondes ou échantillons différents.

Les vieux synthétiseurs analogiques à 4, 8 ou 16 voix de polyphonie offraient souvent deux oscillateurs ou si vous préférez deux générateurs de son par voix. Par exemple, pour réaliser un gros son dans le style Memorymoog sur un M1 de Korg (équipé de 16 voix de polyphonies en données constructeur), il fallait passer en mode ‘combi’, ce qui faisait chuter la polyphonie à cinq voix réelles… c’est-à-dire moins que le Memorymoog d’origine !

Mais ce n’est pas tout !

Il a existé (c’est moins le cas maintenant) des synthétiseurs dont la polyphonie de chaque partie devait être attribuée par avance. Pour le musicien, il fallait donc prévoir une distribution ‘intelligente’ de la polyphonie en fonction des sons utilisés. Si, généralement, pour la basse une seule ‘voix’ suffit, un son de piano ou de guitare, voire de batterie en réclament davantage. Il ne fallait donc pas gaspiller la polyphonie inutilement pour ne pas voir disparaître comme par enchantement une ou plusieurs notes de l’orchestration.


LA PARADE… LA POLYPHONIE FLOTTANTE

Elle correspond à l’assignation dynamique des voix.

Dans les synthétiseurs et expandeurs à polyphonie flottante, les voix se présentent comme dans un réservoir où elles viennent se servir en fonction de leurs besoins.

La vigilance s’impose donc quand on évoque la polyphonie d’un synthétiseur ou de tout autre clavier polyphonique.



LES PIÈGES DE LA MULTITIMBRALITÉ

La multitimbralité est la possibilité de produire simultanément des sons différents.

Elle est utile à celui qui compte utiliser son appareil à des fins orchestrales (bien que la multitimbralité puisse servir également en ‘live’ pour le jeu sur scène).

Prenons un exemple très parlant : le piano. Si l’instrument est complètement polyphonique, il n’est pas, par contre, multitimbral, puisqu’il n’autorise qu’une seule sonorité (veuillez remarquer que je n’ai pas employé le mot nuance !). Un clavier multitimbral aura sous le capot plusieurs sonorités exploitables en sortie et en même temps… pas l’une après l’autre !


QUAND LA MULTITIMBRALITÉ RENCONTRE LA POLYPHONIE

La polyphonie et la multitimbralité sont liées. La polyphonie est divisée entre plusieurs ‘voix’ chargées de créer un son (comme je l’ai précisé plus haut), et il va de soi que le nombre de notes produites simultanément ne peut dépasser la polyphonie que le gentil constructeur vous a offerte avec l’appareil. Voici donc le ‘MAIS’ qui se profile à l’horizon… Mais la multitimbralité est également extrêmement gourmande en polyphonie, étant donné que chaque partie réclame un certain nombre de notes.

Donc, si vous destinez principalement votre appareil à la réalisation d’orchestrations, la polyphonie de l’appareil doit être importante. En dessous de 64 ‘voix’, il va vous falloir apprendre à jongler avec la polyphonie et prévoir des orchestrations limitées et ciblées.


QUAND LA MULTITIMBRALITÉ UTILISE LES CANAUX MIDI…

Si vous disposez de 16 canaux MIDI, rien ne vous oblige à les exploiter tous, sauf si vous souhaitez utiliser 16 instruments différents comme un piano, une basse, une batterie et le ‘Royal Philharmonic Orchestra’ au grand complet… Généralement une rythmique bien agencée comprendra les quatre instruments accompagnateurs de base, à savoir : le piano, la basse, la guitare et la batterie. Donc, quatre canaux MIDI sont suffisants. Un canal par instrument. J’attire votre attention sur le fait que l’utilisation des canaux MIDI est indépendante de la polyphonie et n’aura aucune incidence sur elle…

Exemple de répartition de la polyphonie pour une rythmique classique : 1 voix pour la basse, entre 4 et 6 voix pour la guitare, autant pour la batterie et ne parlons pas du piano qui est capable de manger et de manger beaucoup de notes, sauf si son jeu se limite à deux accords. C’est donc toujours la polyphonie qui doit être au centre de vos préoccupations, pas le nombre de canaux MIDI !



SYNTHÈSE ET PIÈGES

Les synthèses sont aujourd’hui nombreuses : la synthèse soustractive (synthèse analogique), la synthèse FM, la synthèse par modélisation, sans oublier l’échantillonnage.

Dans les faits, la majorité des synthétiseurs reposent sur les mêmes principes qui peuvent être isolés ou combinés. Cependant, si un vendeur vous dit que les sons entendus par l’appareil sont des sonorités PCM et non de l’échantillonnage, qu’il vous explique alors où se situe la différence !

Certains claviers numériques ou synthétiseurs utilisent une combinaison de procédés techniques pour produire leurs sons : par exemple, des sons échantillonnés combinés avec de la synthèse FM. Le choc de ces ‘cultures techniques’ permet de générer souvent des sonorités passionnantes. D’un côté, le temps présent avec le numérique et l’échantillonnage, et de l’autre, le temps passé, celui de l’analogique et de ses mots magiques ou barbares suivant sa propre sensibilité : filtres, ondes, LFO, enveloppes, etc.


PETIT RAPPEL HISTORIQUE

Il fut un temps où par soucis d’économie mémoire et de coût, certains constructeurs utilisaient seulement l’attaque de l’enveloppe des sons échantillonnés, tel le MT32 de Roland (partials). Pratiquement à la même époque, Yamaha, alors développeur de la synthèse FM, introduisait dans ses appareils de la série SY, l’échantillonnage en plus de la FM. Autant dire que si les sons étaient novateurs, il fallait retrousser ses manches lorsqu’on partait à la conquête du ‘Graal’ sonore !

Dans les années 80, une parade technologique voit le jour : l’arrivée massive de lecteurs d’échantillons (ou boîtes à sons). Si ce genre d’appareil résout le problème de la recherche sonore (surtout chez ceux qui étaient et qui sont toujours aujourd’hui pressés d’aboutir !), leur inconvénient majeur est de reproduire les mêmes sonorités à grande échelle. Conséquence : tout le monde ou presque produit une musique à l’univers sonore confiné et réducteur. La création sonore devient le témoin de phénomènes de ‘mode sonore mimétique’ s’étalant, ici ou là, dans les productions discographiques.

Face à la démocratisation du sample et de son puissant outil producteur, l’échantillonneur, la musique est enfin sauvée de tout ce mimétisme sonore envahissant ! Néanmoins, l’emploi des samples préétablis (CD-ROM) aurait été capable de produire les mêmes effets si leur multiplication ne s’était pas imposée. En effet, il existe aujourd’hui des milliers et des milliers de samples qui évitent les ‘sons à la mode’ et donc, par voie de conséquence, toute duplication sonore à grande échelle.


JE RÉSUME POUR VOUS…

  • Primo : la polyphonie aussi généreuse que possible (64 voix, c’est déjà confortable).
  • Secundo : une multitimbralité étendue (8 canaux, c’est déjà bien pour construire une orchestration).
  • Tertio : un maximum de sons différents (si c’est un lecteur d’échantillons).
  • Quarto : des sorties séparées si vous souhaitez traiter les sons différemment par une table de mixage.
  • Quinto : deux appareils valant mieux qu’un, achetez des appareils de marque différente. Ce n’est pas pour faire marcher la concurrence (quoique !)… mais pour une question de grain sonore, chaque marque ayant en plus de sa spécificité technique, des spécificités sonores (chaleur, réalisme, par exemple).

par Elian Jougla (Piano Web - 10/2010)